Private Equity / capital investissement / France Invest / Bertrand Rambaud
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Frémissement dans le capital-investissement français / Cessions en hausse, et regain d'intérêt des institutionnels
Comment qualifier l’environnement du capital investissement français en ce début 2025 ? "S’il fallait retenir un mot, ce serait frémissement", selon Bertrand Rambaud, le président de France Invest, qui s’exprimait mercredi à l’occasion de la publication de l’étude annuelle d’activité de l’association, réalisée en partenariat avec Grant Thornton. Un frémissement de l’activité économique qui intervient alors que "nous sommes sortis d’une période particulièrement anxiogène après la dissolution en France". Et tandis que le contexte géopolitique reste lourd, "des signes de reprise s’observent, avec certaines activités qui retrouvent des niveaux plus normaux", observe-t-il.
Exemple avec l’immobilier. S’il est encore prématuré de parler d’un véritable redémarrage, "des signaux d’inversion commencent à émerger", ce qui constitue un indicateur d’autant plus encourageant que "l’immobilier est une chaîne de valeur économique extrêmement large". Même si, tempère le président de France Invest, "les entreprises déjà en difficulté en 2024 le restent en 2025. Les problématiques de financement, notamment liées aux PGE, persistent, tout comme les enjeux de productivité dans certains secteurs industriels."
Mais le fait est que la France n’est pas en récession, et alors que l’activité frémit, un élément clé reste sous surveillance : l’évolution des taux d’intérêt. "Ceux-ci demeurent un baromètre essentiel pour l’économie et notre industrie. Une remontée pourrait freiner cette dynamique naissante", met-il en garde.
Un enjeu clé : le retour des liquidités
Dans ce contexte à la fois encourageant et fragile, le principal défi pour le capital-investissement reste le retour des liquidités aux investisseurs. "L’attente est forte, notamment via les cessions. La quantité de liquidités à récupérer en 2025, issue des stocks accumulés en 2023 et 2024, sera déterminante.", souligne Bertrand Rambaud. Sur ce point, la tendance semble positive, avec un redémarrage progressif des cessions. "Les taux d’intérêt plus bas favorisent la réémergence des opérations corporate, tandis que les acheteurs américains, soutenus par un dollar fort et une économie solide, continuent de multiplier les opportunités en Europe. Les choses bougent, même si le redémarrage ne sera pas instantané", précise-t-il.
Concernant les investissements, " nous avons échangé avec plusieurs grandes institutions françaises en ce début d’année, et nous observons une volonté claire d'augmenter leurs allocations dans cette classe d’actifs, particulièrement dans l'infrastructure, où la France dispose d'un savoir-faire reconnu. Les ressources restent abondantes après plusieurs années de collecte positives, renforçant ainsi l’attractivité du private equity", ajoute Bertrand Rambaud.
Par ailleurs, une constante demeure : "la transmission d’entreprises reste un axe clé. La France compte un grand nombre d’entreprises à transmettre, et le capital-investissement joue un rôle majeur pour assurer leur pérennité", rappelle le président de France Invest, soulignant l’importance de préserver un tissu économique français solide.
36,9 milliards d’euros investis en 2024
Des propos prudemment optimistes qui interviennent après une année 2024 marquée par une évolution favorable des levées de fonds, des investissements et, dans une moindre mesure des cessions, malgré un contexte incertain.
Selon l’étude annuelle de France Invest et Grant Thornton, 36,9 milliards d’euros ont été investis dans le capital-investissement en France l’an dernier, en hausse de 13% par rapport à 2023, au bénéfice de 2 881 entreprises et projets d’infrastructure. Si le marché reste sélectif, les fonds ont concentré leurs efforts sur l’accompagnement des sociétés déjà en portefeuille, réduisant la part des transactions primaires à 34 %, contre 38 % un an plus tôt. Cette tendance s’est traduite par une montée en puissance des opérations secondaires et des investissements de croissance externe.
L’industrie reste le premier secteur d’investissement, captant 26 % des montants engagés et 24 % des opérations. Les fonds d’infrastructure, en légère progression, ont mobilisé 10,9 milliards d’euros sur 189 projets, avec une prédominance confirmée des énergies renouvelables (4,3 milliards d’euros investis dans 120 projets).
Des levées en hausse, portées par le retour des institutionnels
En dépit d'un environnement politico-économique empreint d'incertitudes, les levées de fonds ont poursuivi leur croissance en 2024, progressant de 9 % pour atteindre 38,9 milliards d’euros. Cette dynamique a été largement portée par les véhicules de taille intermédiaire (100 millions à 1 milliard d’euros), ainsi que par le retour des investisseurs institutionnels, qui avaient marqué le pas en 2023 sous l’effet de la remontée des taux d’intérêt.
Les entrepreneurs, les family offices et les grandes fortunes (HNWI) se sont maintenus comme deuxième catégorie de souscripteurs des fonds de private equity (hors infrastructure). L’attractivité internationale du marché français s’est également confirmée, avec 56 % des fonds levés à l’étranger, dont 36 % en Europe.
Toutefois, des incertitudes persistent, en témoigne l’allongement des délais de levée : il a fallu 20,9 mois en moyenne pour boucler un fonds en 2024, contre des durées plus courtes les années précédentes. Certains segments, comme le growth et le capital-développement, ont été plus contrastés.
Les durées de détention s’allongent encore
Après un exercice 2023 atone, les cessions ont enregistré un rebond de 42 % en montants, atteignant 12,8 milliards d’euros (au coût historique). Cette reprise a été portée par une accélération des transactions de grande envergure, avec 40 % des opérations dépassant les 100 millions d’euros, contre 25 % un an plus tôt.
En revanche, le nombre d’entreprises cédées est resté stable. Les sorties vers d’autres fonds de private equity se sont intensifiées, tandis que celles impliquant des acquéreurs industriels ont marqué le pas. Malgré cette amélioration, le marché des cessions reste en deçà des attentes, freiné par l’allongement des durées de détention des participations.
"Le second semestre a toutefois été plus actif, grâce à l’amélioration des conditions de financement pour les entreprises", observe France Invest. Une dynamique qui pourrait se renforcer en 2025, à condition que l’environnement de taux reste favorable.
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