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Une année solide en apparence pour le capital-investissement français / Les fonds de continuation au cœur du millésime

Le capital-investissement français a affiché des niveaux d’activité solides en 2025, avec une collecte en progression et des investissements élevés. Mais cette stabilité masque des déséquilibres persistants, entre dépendance croissante aux fonds de continuation et marché des sorties toujours grippé.
(Photo by Ale Ventura / AltoPress / PhotoAlto via AFP)
(Photo by Ale Ventura / AltoPress / PhotoAlto via AFP)

À première vue, le capital-investissement français a traversé 2025 sans véritable heurt. Les montants levés progressent, les investissements se maintiennent à des niveaux élevés et l’activité continue d’irriguer l’économie réelle, selon la 41e édition de l’étude conjointe de France Invest et Grant Thornton sur l’activité du secteur. Il n’en demeure pas moins que le marché n’a toujours pas retrouvé ses équilibres d’avant le choc inflationniste de 2021-2022 et la remontée brutale des taux qui a suivi.

Avec 42,9 milliards d’euros collectés en 2025, en hausse de 10 %, et 36,4 milliards investis, quasiment stables sur un an, l’industrie confirme sa capacité à mobiliser des capitaux dans un environnement pourtant incertain. À y regarder de plus près, ce chiffre doit beaucoup cependant à un instrument dont la montée en puissance constitue sans doute la transformation la plus significative du millésime : les fonds de continuation.

 

Une collecte plus concentrée

 

Ces véhicules, qui permettent à un gestionnaire de transférer des participations arrivées à maturité vers un nouveau fonds plutôt que de les céder sur un marché peu liquide, concentrent désormais 5,9 milliards d'euros de levées pour 23 véhicules. Sans eux, la collecte en capital-investissement (hors infrastructure) reculerait de 2 %, avec l'absence notable de tout closing supérieur à 1 milliard d'euros hors de cette catégorie.

Une évolution qui se reflète aussi dans la structure des souscripteurs, les fonds de continuation étant principalement souscrits par des investisseurs institutionnels, au premier rang desquels les fonds de fonds. Ces derniers restent ainsi le premier pourvoyeur de capitaux, en hausse de 45 % à 10,2 milliards d'euros, soit 35 % du total levé.

Deuxième évolution notable : la montée en puissance du secteur public, dont les engagements bondissent de 68 % à 4,2 milliards, concentrés pour l'essentiel sur des investissements en gestion pour compte propre. À l'inverse, les personnes physiques et family offices reculent pour la deuxième année consécutive (-10 %), signe que le segment retail, dont la démocratisation doit constituer un relais de croissance structurel, marque le pas dans un environnement économique et politique instable. La durée moyenne des levées atteint désormais 23,6 mois contre 12,9 mois en 2019 : la patience des investisseurs institutionnels se négocie de plus en plus cher.

 

Le growth en vedette

 

Sur les investissements, le growth est le segment vedette de l'année : les montants investis bondissent de 60 % à 3,6 milliards d'euros, portés par quelques opérations de grande taille à l'international, avec une envolée de 119 % des montants déployés hors des frontières françaises. Les fonds de growth s'internationalisent résolument, les tickets supérieurs à 50 millions d'euros représentant désormais près de la moitié des montants déployés sur ce segment.

À l'opposé, le capital-développement recule de 24 % en montants à 2,98 milliards, pénalisé par la baisse du nombre de transactions primaires, c'est-à-dire des premières ouvertures de capital à un membre de France Invest, un segment clé pour le financement des ETI françaises en croissance organique. Le capital-transmission, lui, se maintient à un niveau élevé à 19,6 milliards grâce à l'activité des fonds de continuation, qui y ont investi à eux seuls 4,1 milliards d'euros dans 17 entreprises via des tickets supérieurs à 50 millions.

 

Des cessions toujours insuffisantes

 

C’est du côté des cessions que le marché montre donc ses fragilités. Le nombre d’entreprises cédées recule de 6 % à 1 232, un plus bas depuis 2015. En valeur, en revanche, les cessions progressent de 9 % à 14 milliards d’euros au coût historique, tirées par les fonds de continuation et quelques opérations de grande taille. Hors ces dernières, les montants désinvestis sont en recul. « Les cessions restent insuffisantes même si elles progressent grâce au développement de nouveaux moyens pour y répondre », souligne Sophie Paturle, présidente de France Invest.

Ces nouveaux moyens, ce sont précisément les fonds de continuation. Cet instrument résout une équation de court terme, celle de la liquidité dans un marché de sorties atone. Il déplace aussi la question : les actifs transférés restent dans l'orbite du private equity, sans véritable confrontation aux conditions de marché, mais avec un horizon rallongé. La convergence des prix entre cédants et acquéreurs, régulièrement citée comme le principal obstacle aux cessions, ne s'est pas produite en 2025. « Le retour à un rythme plus régulier de sortie permettra de fluidifier le marché », veut croire Nicolas Tixier, Head of Deal Advisory chez Grant Thornton.

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