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France Invest / Sophie Paturle / Private equity
Le capital-investissement français à l'épreuve du calendrier politique / France Invest plaide la stabilité fiscale et la confiance faite aux entreprises
« La durée des périodes de fundraising reste longue, voire s'allonge » : Sophie Paturle, présidente de France Invest, n'a pas cherché à enjoliver la rentrée du capital-investissement français, jeudi 3 septembre, lors du petit déjeuner organisé par l'association. L'exercice tenait de la tendance plus que du bilan chiffré, les dirigeants ayant renvoyé au 15 octobre la publication détaillée des chiffres semestriels de la profession. L'activité s'inscrit selon elle dans la continuité de ce qui avait été observé en 2025, dans un environnement géopolitique et économique qui reste complexe.
Un marché des levées à deux vitesses
Le mécanisme est désormais bien identifié. Les investisseurs institutionnels prennent davantage de temps à matérialiser leurs décisions et resserrent le nombre de sociétés de gestion avec lesquelles ils travaillent, préférant approfondir un petit nombre de relations. Les engagements se concentrent, ce qui produit « une polarisation assez marquée dans notre profession, entre les plus gros et les plus petits », a expliqué la présidente. Certains véhicules bouclent leur levée à peu près dans les délais prévus, d'autres peinent nettement davantage, en particulier sur les segments du venture et du growth.
Deux éléments nourrissent malgré tout la confiance affichée par Sophie Paturle. L'appétit des institutionnels pour la classe d'actifs ne se dément pas : selon le dernier baromètre de Coller Capital qu'elle a cité, un tiers des investisseurs interrogés au niveau international prévoient d'accélérer leur rythme d'engagement au cours des deux prochaines années, 57 % anticipent une stabilité et seulement 10 % envisagent de limiter leurs engagements. À cela s'ajoute le déploiement du nouveau volet du dispositif Tibi, annoncé en juillet, dont le venture et le growth doivent être les premiers bénéficiaires. Interrogée sur la part de ces capitaux qui sera effectivement investie en France, la présidente a botté en touche : « Il est encore très tôt pour donner des indications là-dessus », renvoyant à la fin de l'année pour un premier bilan.
Le secondaire aide à débloquer la liquidité
Le point de blocage reste la liquidité, et donc les sorties, dont dépendent les distributions aux souscripteurs. Le marché secondaire s'est imposé comme le premier ressort de déblocage, les opérations menées à l'initiative des gérants comme des investisseurs devenant « un véritable composant structurel de la gestion de nos portefeuilles ». Le marché primaire, lui, redémarre à mesure que les attentes des acheteurs et des vendeurs convergent, avec des multiples encore bas mais orientés à la hausse. « La reprise est mesurée et sélective. Elle concerne des secteurs premium, des actifs de qualité qui évoluent dans des secteurs à potentiel », a nuancé Sophie Paturle. Du côté des investissements, la tendance est à des tickets de plus grande taille pour un nombre d'opérations un peu moindre, orientés vers la souveraineté, la réindustrialisation, la décarbonation et le déploiement de l'intelligence artificielle. S'y ajoute un chantier de long terme, la transmission, avec 370 000 TPE, PME et ETI susceptibles de changer de mains d'ici 2030.
La stabilité fiscale comme ligne rouge
À plus court terme, France Invest a déjà les yeux tournés vers le projet de loi de finances pour 2027. Les lignes rouges de la profession tiennent en une exigence, celle de ne pas modifier les dispositifs existants et qui fonctionnent, et de rester vigilante face à toute hausse de fiscalité qui nuirait à l'activité. Sur la fiscalité des management packages, dossier particulièrement sensible pour le secteur, France Invest ne veut surtout pas rouvrir un cadre refondu en 2025 puis finalisé et pérennisé en 2026 après de longs échanges, notamment avec la direction de la législation fiscale. « Nous avons aujourd'hui la possibilité d'avoir un cadre juridique précis et clair, qui s'inscrive dans la durée. C'est absolument essentiel, surtout dans la période actuelle, pour redonner confiance aux acteurs et leur permettre d'investir sur le long terme », a plaidé la présidente, pour qui toute réouverture serait « extrêmement dommageable ». Vincent Marinet, directeur général, a de son côté rappelé le contexte : « Ce sera un PLF difficile, comme l'ont été les deux précédents », la procédure même d'adoption restant incertaine. Le manifeste publié en juin posait déjà la règle : « aucune grande réforme fiscale touchant l'investissement ne doit avoir lieu, sans concertation préalable, sans étude d'impact contradictoire et préavis suffisant », y écrivait l'association.
Porter l’investissement de long terme dans la campagne
C'est ce même document, articulé autour de la souveraineté, de la prospérité et de l'attractivité, que France Invest promène aujourd'hui auprès des candidats. Sa publication précoce, très en amont par rapport aux habitudes de l'association, relève d'un calcul assumé par sa présidente : disposer de la bande passante des responsables politiques pour leur expliquer le métier et son poids économique avant que la campagne n'entre dans sa phase finale. L'association avance ses chiffres, environ 50 milliards d'euros investis chaque année, 8 500 entreprises accompagnées en France et 11 000 au total, 2,5 millions de salariés, plus de 50 000 emplois créés par an et une croissance supérieure de trois à quatre points à la moyenne. « Nous n'avons pas voulu entrer dans la campagne avec un cahier de doléances, mais plutôt montrer tout ce que nous apportons », a complété Vincent Marinet, qui voit dans la robustesse de ces données le moyen d'avoir « des discussions fondées sur des faits plutôt que de simples échanges d'opinions ».
L'exercice a pourtant montré ses limites. Auditionnée parmi les premières par la commission d'enquête parlementaire consacrée au secteur, l'association en garde un souvenir amer. « Nous n'avons pas du tout eu le sentiment d'être écoutés », a regretté Sophie Paturle, qui conteste jusqu'au périmètre de l'enquête : « la plupart des acteurs cités par cette commission d'enquête n'ont absolument rien à voir avec les membres de France Invest », des sociétés souvent étrangères et non soumises aux mêmes règles, une assimilation qui ne lui semble « pas acceptable ». La profession s'attend à voir le sujet ressurgir, au même titre que certains dossiers de cession à des acquéreurs étrangers, sur lesquels le directeur général rappelle que le dispositif français de contrôle des investissements étrangers figure parmi les plus protecteurs d'Europe et qu'une mission parlementaire a conclu à l'inutilité d'une réglementation supplémentaire.
Une bataille de pédagogie
France Invest entend donc poursuivre ce travail de pédagogie auprès des différentes forces politiques dans les prochains mois, avec l'espoir de faire entendre l'importance de l'investissement de long terme dans une économie où la croissance demeure « tout à fait modeste ». « Il y a de l'inquiétude, mais aussi de la mobilisation », a résumé la présidente à propos de l'état d'esprit de ses membres, décrivant des gérants attentifs et prudents mais convaincus qu'il existe des positions à prendre dans les secteurs porteurs. « Nous souhaitons avant tout que l'ensemble des responsables politiques prennent conscience du rôle majeur des acteurs économiques », a-t-elle poursuivi, alors que le déficit et la dette « commencent à nous rattraper sur le plan international ». Une conviction que l'association continuera de porter quelle que soit la configuration de la campagne. « On ne s'en sortira qu'avec les entreprises. C'est le seul moyen. »
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