Private Equity / Siparex / Bertrand Rambaud
Private Equity
Siparex / Bertrand Rambaud
Dans un private equity en mutation, Siparex affirme sa singularité / Bertrand Rambaud défend un modèle indépendant et agile
À la tête de Siparex depuis 2009, Bertrand Rambaud a trouvé dans ses deux années de présidence de France Invest une caisse de résonance précieuse. L’expérience l’a conforté dans certains choix stratégiques et l’incite à en pousser d’autres plus loin. "Les deux expériences se sont enrichies mutuellement", confie-t-il à WanSquare. Et l’héritage de cette parenthèse collective irrigue désormais le quotidien d’un groupe qui gère près de 4 milliards d’euros d’actifs.
La première conviction tient à l’indépendance. Face à la vague de consolidation et aux changements d’actionnariat dans la profession, Siparex s’appuie sur une structure singulière. "Nous avons fait évoluer notre capital en 2021 : 60 % est détenu par l’équipe de gestion, 40 % par un holding regroupant Michelin, Mérieux, Seb, Dassault, Edify, mais aussi de grands financiers tels que Crédit Agricole, Desjardins ou la MACSF...", rappelle-t-il. Des actionnaires dont le rôle s’exprime autant dans l’actionnariat que dans le financement des véhicules. "Ils sponsorisent aussi nos fonds, en investissant des montant importants. Dans un environnement de levée de capitaux difficile, savoir que 10 à 20 % d’un véhicule peut être garanti dès le premier jour, c’est un avantage décisif." Un atout d’autant plus déterminant dans une phase de marché où la levée de capitaux se durcit.
Quand la pédagogie devient un enjeu stratégique
Un autre enseignement a marqué son passage à la tête de la profession : l’importance de la pédagogie. "Tout le monde sait ce que fait une banque. Peu savent expliquer simplement ce qu’est un fonds", résume-t-il. Pour y répondre, Siparex mise sur la voix de ses dirigeants partenaires, considérée comme la plus convaincante. "Le meilleur relais de parole, c’est le patron qui raconte comment il a vécu l’ouverture de son capital, comment on l’a aidé à se développer, comment la liquidité s’est organisée en alignant l’intérêt de chacun." Dans une profession qui s’ouvre timidement à l’épargne individuelle, cette pédagogie devient stratégique. Bertrand Rambaud rappelle d’ailleurs que si en Amérique du Nord 50 % des capitaux proviennent des particuliers, la proportion n’est que de 5 % en France, un gisement de croissance et de notoriété encore largement inexploité. "C’est un bouleversement profond, qui rend notre métier plus accessible et crée un effet d’entraînement sur l’écosystème", souligne-t-il.
À la tête de France Invest, il a beaucoup entendu les LPs marteler deux exigences : performance et liquidité. Des attentes qu’il continue évidemment de retrouver chez Siparex. "J’ai pris mes fonctions à un moment où le marché commençait à se retourner. Beaucoup de dirigeants étaient confrontés à des vents contraires. Ils attendaient de nous des solutions. Ce n’est pas une fatalité : il faut réagir avec agilité et volontarisme." Chez Siparex, cela s’est traduit par une discipline renforcée : près de 900 millions d’euros de cessions entre 2024 et 2025, soit près d’un quart des encours gérés. Rambaud insiste : "Un actif abîmé, c’est sa valeur qui s’évapore." Pour éviter cet écueil, chaque process est préparé en amont, testé sur le marché et calibré avec soin. Les solutions sur mesure prennent du temps, mais elles restent la meilleure voie pour sécuriser la liquidité des investisseurs. Et au moment décisif, "le coup de rein final devient essentiel".
Une stratégie de toile d’araignée
"Le juge de paix reste la performance financière", rappelle-t-il. La discipline de création de valeur reste au centre, et l’internationalisation en est l’une des conditions. "On ne peut pas rester domestique, au risque de disparaître. Mais si le monde se démondialise, il faut redistribuer nos cartes. Pour un acteur de notre taille, c’est l’Europe." D’où la "stratégie de toile d’araignée" qui a conduit Siparex à Milan, en Belgique et bientôt en Allemagne. "Ces implantations bilatérales permettent à nos entreprises de se développer concrètement dans des zones voisines."
Comme dans l’ensemble de la profession, l’accompagnement opérationnel a pris une importance nouvelle chez Siparex. Le groupe est passé d’une logique minoritaire à une posture plus majoritaire, engageant davantage ses équipes dans la transformation des participations : croissance externe, RH, performance industrielle. "Nos investisseurs n’attendent plus seulement qu’on choisisse les bons dossiers, mais qu’on accélère la création de valeur", souligne Rambaud. Et d'ajouter : "Ce métier financier devient de plus en plus opérationnel. Nos équipes sont devenues de véritables accélérateurs de transformation."
De l’industrie à l’IA
Cette orientation trouve un écho particulier dans l’ancrage industriel du groupe : 40 % de ses investissements concernent ce secteur, contre 25 % pour la profession. "C’est notre culture, nos gènes. Nous avons toujours aimé les actifs tangibles." Un choix qui colle aux priorités de souveraineté et de réindustrialisation mises en avant par France Invest, et que Siparex revendique comme un marqueur différenciant.
Autre chantier majeur : l’intelligence artificielle, dont il est "intimement convaincu" qu’elle bouleversera le deal flow et l’analyse concurrentielle, reste à intégrer plus largement dans les process. "C’est un enjeu sur lequel il faut agir très vite." Aujourd’hui utilisée pour l’analyse de données et l’automatisation de certains process, elle pourrait transformer rapidement le sourcing et l’évaluation des dossiers. "Dans deux ans, le paysage sera transformé. Certains fonds investiront massivement, d’autres pas. Or nous faisons un métier de rapidité : gagner un deal, c’est souvent être le plus réactif." Siparex s’appuie déjà sur XAnge, sa filiale venture au cœur de l’innovation, et sur son équipe de support digital pour expérimenter les cas d’usage et préparer cette mutation.
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