Macro-économie / Taux / Chine / inégalités / compétivité
Macro-économie / Taux
Chine / inégalités / compétivité
Ce changement majeur qui bouleverserait la Chine / Une urbanisation de la société loin d’être accomplie
Une Chine à deux vitesses. Véritable vestige du maoïsme, le hukou, caractérisé tel un document qui enregistre les Chinois en fonction de leur lieu de naissance ainsi que de leur statut agricole ou non, continue à perdurer dans l’Empire du Milieu. Censé permettre une bonne allocation de la main-d’œuvre et empêcher la paupérisation dans les grandes villes, il montre aujourd’hui largement ses limites. Pourtant, il demeure difficile à réformer en raison du coût que sa suppression représenterait pour les finances publiques et de son rôle central dans la compétitivité du modèle chinois.
Fer de lance
Près de 177 millions de Chinois qui sont bien utiles à la compétitivité coût de leur pays. Cette partie de la population ne disposent pas du hukou urbain conforme à leur situation effective est en effet sujette à occuper "majoritairement des emplois peu qualifiés et flexibles, plus faiblement rémunérés que ceux des travailleurs disposant d’un hukou urbain", selon un document élaboré sous la responsabilité de la direction générale du Trésor. Il est en effet argué que "le coût de cette main-d’œuvre pour les employeurs est faible, car les paiements de cotisations sociales sont quasiment inexistants " et qu’in fine ce marché du travail divisé contribue à modérer les salaires.
Migrants au sein de leur propre nation, ils en subissent effectivement les conséquences avec un salaire mensuel qui était près de 40 % inférieur au salaire brut moyen en 2023. L’explication tient notamment au fait que près de 65 % d’entre eux ne disposaient pas de contrat de travail en 2017, au sens du BIT. Il est également avancé que près de 80 % de leurs employeurs ne verseraient pas de cotisations pour ces employés-là, réduisant ainsi leur coût du travail. Ce qui leur permettrait également de "mettre en concurrence les travailleurs disposant d’un hukou avec les travailleurs migrants ". Combiné à une durée du travail plus élevé pour ces derniers, cela forme un ensemble de facteurs déflationnistes avantageant l’industrie chinoise en termes de compétitivité coût. Lors de la pandémie, il a ainsi été constaté que pas moins de 70 % de cette partie de la population avait alors connu une perte de ses revenus.
Nœud gordien
Au-delà des inégalités persistantes qu’entraîne la persistance de ce système, il s’avère qu’il se pourrait bien que la croissance chinoise fasse les frais des limites de ce mécanisme. Les migrants pouvant notamment faire le choix de ne pas contribuer au système de sécurité sociale, qui les couvre moins bien que la moyenne, afin d’épargner cette partie de leur salaire. Ce qui conduirait à un écart de 3 à 6 points de taux d’épargne et pour un "un effet agrégé important du maintien du hukou sur la consommation, estimé jusqu’à 2 000 milliards de renminbis soit 1,6 % du PIB".
Il ne demeure pas si simple de mettre fin à ce système étant donné que le gouvernement craint d’une part que les grandes villes soient surpeuplées et de l’autre le coût conséquent pour la sécurité sociale. Pour l’heure, seul un assouplissement pour les villes moyennes a été acté il y a quelques années, c’est davantage la crise immobilière qui a fait davantage sur ce plan-là facilitant l’accès à la propriété.
Les chiffres de migrations pourraient faire croire que le phénomène est en train de se tarir avec des flux annuels, depuis 2015, qui "ont nettement décru à environ 1 million par an, contre 4,9 millions par an entre 2003 et 2014 ". Néanmoins, la proportion de migrants ne reflue pas étant donné que cette dynamique s’opère alors que la population active ou non diminue et que le rythme de conversion de hukou est très faible.
S’y ajoute une autre problématique plus insidieuse, celle de 67 millions d’enfants qui n’ont pas migré avec leurs parents, près d’un quart de cette classe d’âge, pour des raisons de coût du logement ou d’accès à l’éducation plus compliqué en ville. Or les auteurs de l'étude considèrent qu’il s’agit d’un véritable risque pour l’accumulation de capital humain étant donné que leur situation nuit à leur réussite scolaire.
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