Entreprises / Actions / Eutelsat
Entreprises / Actions
Eutelsat
La descente continue pour Eutelsat / Les agences de notation s’inquiètent de difficultés financières croissantes
Jusqu’où ira la descente aux enfers d’Eutelsat en Bourse ? Après avoir vu sa capitalisation fondre de moitié en 2024, l’opérateur satellitaire parisien accuse déjà un recul de 10 % en 2025, tombant sous le seuil symbolique du milliard d’euros. À 2 euros par action, le cours s’éloigne toujours davantage des sommets atteints en 2015 (32,71 euros) et même du prix d’introduction en Bourse de 2005 (12 euros). Cette lente érosion a d’ailleurs coûté à Eutelsat sa place dans le SBF 120, qu’il a quittée en décembre 2024.
La situation financière de l’entreprise suscite des inquiétudes croissantes. Un mois après S&P Global, Moody’s vient à son tour d’abaisser sa notation du groupe, qui se situait déjà en catégorie spéculative dans les deux cas. Sa "note de famille à long terme" est passée de "Ba3" à "B2", l’agence pointant les difficultés financières persistantes auxquelles le groupe fait face. En cause, la montée en charge plus lente qu'anticipée des services de OneWeb, doublée d'une pression croissante sur le flux de trésorerie libre, miné par des investissements lourds et des coûts de financement en hausse.
Personne ne nie l’intérêt stratégique majeur qu’a représenté le rachat en 2022 de OneWeb. L’opération a permis de regrouper la flotte de satellites géostationnaires (GEO) du groupe français et la constellation de satellites en basse orbite (LEO) du britannique, l’ambition de devenir un acteur hybride GEO-LEO devant permettre à Eutelsat de capter une part plus importante du marché de la connectivité satellitaire mondiale.
Concurrence accrue
Cependant, l'intégration de OneWeb se révèle bien plus complexe que prévu. Eutelsat se heurte à des retards dans le déploiement des services OneWeb, dont l’achèvement de la couverture globale de la constellation LEO, désormais attendu fin 2025, est encore source d'incertitudes. En conséquence, "les perspectives de résultats au-delà de 2025 restent modestes, reflétant la montée en puissance plus lente de la constellation LEO", explique Moody’s. La faute aussi à des prix plus faibles en raison de pressions concurrentielles.
En abaissant sa notation d'Eutelsat à "B-" en décembre, S&P Global avait déjà cité un "environnement concurrentiel de plus en plus difficile" marqué par l'expansion rapide du grand concurrent Starlink sur les marchés professionnels (maritime, aérien, et gouvernemental). Après un nouveau lancement réalisé par SpaceX le 21 janvier, Starlink, propriété d’Elon Musk, vient de porter sa constellation à 7 740 satellites, quand OneWeb en dispose d’un peu plus de 600.
S'ajoute à cela l'arrivée imminente d'Amazon Kuiper, prévue pour 2025. Doté comme Starlink de ressources financières considérables, le nouvel entrant risque de fragiliser davantage Eutelsat, qui peine déjà à rentabiliser OneWeb.
Cash-flow négatif
Dans le même temps, le secteur vidéo d'Eutelsat, le plus rentable, qui représente encore la moitié du chiffre d'affaires, connaît une baisse continue de ses revenus du fait de la substitution des services traditionnels de télévision par satellite par des alternatives comme la vidéo à la demande (VOD), les plateformes de streaming, et d'autres formes de médias en ligne. Une tendance séculaire, structurelle qui exerce donc une pression continue sur les résultats.
En conséquence, le ratio d’endettement du groupe (dette brute sur EBITDA ajusté) devrait rester durablement élevé. Il avoisinera encore les 5 fois, pour l’exercice 2025-2026 selon Moody’s. Parallèlement, l'augmentation des charges d'intérêts et des investissements continuera de peser sur le flux de trésorerie disponible, qui devrait demeurer négatif. "Le segment LEO déficitaire et les investissements importants nécessaires à l'expansion de la constellation LEO pèseront sur le cash-flow au cours des trois à cinq prochaines années", estime même S&P Global.
IRIS²
Tout n’est pas noir cependant. Le groupe dispose d'une position de liquidité confortable pour les 12 prochains mois, soutenue par un solde de trésorerie important de plus de 700 millions d'euros, une facilité de crédit renouvelable (RCF) de 550 millions d'euros non utilisée, une rigoureuse politique financière, ainsi qu'une approche relativement prudente des dépenses d'investissement. Eutelsat n'avait pas hésité à revoir à la baisse il y a un an son enveloppe d’investissements pour les six prochains exercices.
D’autre part, le programme IRIS² (Infrastructure for Resilience, Interconnectivity, and Security by Satellite), lancé par l'Union européenne (UE) en décembre 2024 aura nécessairement des effets positifs pour Eutelsat, notamment parce qu'il prévoit des financements publics pour soutenir les constellations de satellites en orbite terrestre basse (LEO). Un soutien perçu comme un signal politique fort, montrant l'engagement de l'UE envers le secteur spatial européen face à une concurrence exacerbée.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

