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Eutelsat enclenche la phase décisive de sa recapitalisation / 670 millions d’euros pour compléter le plan global de 1,5 milliard

Eutelsat entre dans la phase la plus large de sa recapitalisation. Le lancement de l’augmentation de capital avec droit préférentiel de souscription parachève un dispositif pensé pour alléger le levier, sécuriser les financements export à venir et accompagner la montée en puissance du LEO. Une séquence qui conditionne autant la trajectoire industrielle que la crédibilité du groupe sur les marchés.
Eutelsat a ouvert la dernière tranche de sa recapitalisation ( (Photo by Martin LELIEVRE / AFP)
Eutelsat a ouvert la dernière tranche de sa recapitalisation ( (Photo by Martin LELIEVRE / AFP)

L’annonce d’Eutelsat marque l’ultime séquence d’un chantier de recapitalisation conçu pour remettre le groupe sur une trajectoire financière compatible avec ses ambitions industrielles. Une semaine après avoir sécurisé 828 millions d’euros auprès de l’État français, de Bharti, du Royaume-Uni, de CMA-CGM et du FSP, le groupe ouvre la phase la plus large du dispositif : une augmentation de capital avec maintien du droit préférentiel de souscription, portant sur environ 670 millions d’euros. Cette seconde étape parachève la levée totale de 1,5 milliard d’euros annoncée cet été, pierre angulaire d’une stratégie centrée sur la montée en puissance du LEO et sur l’investissement massif dans la future constellation IRIS².

 

Un actionnariat recomposé autour de blocs stratégiques

 

L’opération, proposée à 1,35 euro par action, intervient après une préparation soigneusement orchestrée par le groupe. L’assemblée générale du 20 novembre a validé l’architecture financière et les engagements de souscription des partenaires souverains, scellant un cadre de gouvernance pensé pour stabiliser un actionnariat désormais structuré autour de blocs étatiques et industriels. Les engagements annoncés ce matin en sont la traduction directe : près de 71 % de l’opération est d’ores et déjà couverte, l’État y contribuant à hauteur d’environ 199 millions d’euros, Bharti à 120 millions, le Royaume-Uni à 73 millions, CMA-CGM à 50 millions et le FSP à 33 millions. Pour les actionnaires existants, cette étape maintient le principe d’un accès proportionnel, tout en laissant la garantie bancaire prendre le relais en cas de résidu non souscrit.

Cette mécanique financière vise, on le sait, à aligner la structure financière avec un modèle économique en train de changer profondément. Le LEO, la connectivité en orbite basse, représente désormais l’axe principal de croissance, tiré par l’extension de la constellation OneWeb, les contrats gouvernementaux structurants et les futurs usages critiques. La direction a notamment rappelé, lors de l’AG, le rôle clé de la capacité LEO fournie en Ukraine, l’importance des accords européens et le caractère stratégique du contrat Nexus avec le ministère français des Armées. Cette dynamique exige une accélération du cycle d’investissement : entre 2026 et 2029, environ quatre milliards d’euros de capex seront nécessaires, incluant la commande de plusieurs centaines de satellites additionnels.

 

Le refinancement de la dette bancaire, autre pilier du plan

 

La recapitalisation constitue l’un des piliers d’un plan de financement plus large. Le groupe a déjà engagé le refinancement de sa dette bancaire à travers une nouvelle ligne revolving de 500 millions d’euros et un prêt à terme de 400 millions, qui devront être finalisés après une émission obligataire à venir. Parallèlement, Eutelsat travaille avec les acteurs publics européens pour sécuriser les financements export nécessaires à la prochaine phase de construction de la constellation. Il s’agit de reconstituer une flexibilité financière suffisante pour soutenir le programme LEO et ramener le levier autour de 2,5 fois l’EBITDA ajusté à l’issue de l’exercice 2025-2026, une cible confirmée après la cession partielle des infrastructures au sol.

L’opération intervient alors que la trajectoire opérationnelle reste conforme aux attentes. Le groupe maintient pour 2025-2026 un chiffre d’affaires stable et une marge d’EBITDA ajusté légèrement inférieure, mais surtout une croissance de 50 % des revenus LEO. À horizon 2028-2029, l’activité consolidée devrait atteindre 1,5 à 1,7 milliard d’euros, portée par un LEO structurellement plus dynamique que l’ensemble du marché B2B. L’effet de levier opérationnel attendu doit progressivement hisser la marge au-delà de 60 %.

La réussite de cette opération dira beaucoup de la capacité du groupe à restaurer la confiance du marché, condition essentielle pour accéder demain aux financements obligataires et aux crédits export qui soutiendront la prochaine phase du programme LEO.

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