WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / Eutelsat / OneWeb

Entreprises / Actions
Eutelsat / OneWeb

L’orbite basse s’ancre dans la performance d’Eutelsat / La dynamique des services souverains conforte le soutien des Etats

Eutelsat a nommé Éric Labaye à la présidence de son conseil d’administration, à un moment où le groupe entre dans une phase d’accélération de son repositionnement stratégique. Porté par l’essor de l’orbite basse et des services gouvernementaux, l’opérateur satellitaire publie des résultats annuels supérieurs aux attentes. Il s’apprête désormais à franchir une étape cruciale avec une augmentation de capital de 1,5 milliard d’euros, destinée à restaurer ses marges de manœuvre financières et à consolider sa trajectoire de croissance.
Le Président français Emmanuel Macron et Jean-François Fallacher, le directeur général d'Eutelsat (au centre) au Salon du Bourget (Photo by Benoit Tessier / POOL / AFP)
Le Président français Emmanuel Macron et Jean-François Fallacher, le directeur général d'Eutelsat (au centre) au Salon du Bourget (Photo by Benoit Tessier / POOL / AFP)

Le principal opérateur satellitaire français a un nouveau président. Éric Labaye a été nommé président du conseil d’administration d’Eutelsat Communications et d’Eutelsat SA à l’issue de la réunion du conseil du 4 août. Ancien président de l’École Polytechnique et figure de premier plan du conseil en stratégie, passé par McKinsey & Company puis IDEL Partners, il succède à Dominique D’Hinnin, qui avait annoncé en février son départ.

Cette arrivée parachève le renouvellement de la gouvernance engagé avec la nomination de Jean-François Fallacher à la direction générale au printemps. Elle intervient à un moment charnière pour le groupe, qui entre dans une phase décisive de mise en œuvre de son nouveau modèle économique, centré sur la connectivité.

Portée par la montée en puissance de ses activités en orbite basse, Eutelsat a signé une performance légèrement supérieure aux attentes. Le chiffre d’affaires des activités opérationnelles, indicateur phare de performance commerciale, ressort à 1,23 milliard d’euros, en hausse de 0,8 % en données comparables. L’Ebitda ajusté, stable à changes constants, atteint 676 millions d’euros, soit une marge de 54,4 %.

 

Du broadcast au broadband, le virage est consommé

 

L’action Eutelsat signait mardi la plus forte hausse du SBF 120, avec un gain de 4,8 %, saluant des résultats supérieurs aux prévisions du consensus, qui anticipait 1,21 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 664 millions d’euros d’Ebitda.

Cette marge, qui frôle aujourd’hui les 54 %, donne surtout la mesure du changement de modèle à l’œuvre. Encore récemment, elle dépassait allègrement les 75 %, reflet d’une activité centrée sur la télédiffusion. Depuis, le basculement vers la connectivité - et plus encore vers l’orbite basse - a profondément redessiné l’équation économique du groupe.

Engagé avec l’acquisition de OneWeb en 2023, ce changement de modèle s’est accompagné de besoins de financement massifs, au point de mettre sous tension la structure financière d’Eutelsat. C’est dans ce contexte que l’État français, en première ligne, a récemment pris l’initiative d’une recapitalisation d’ampleur afin de consolider les fondamentaux financiers du groupe.

Une augmentation de capital de 1,5 milliard d’euros est ainsi prévue d’ici la fin de l’année, en deux volets : une première tranche réservée à plusieurs investisseurs de référence, dont l’État français (via l’APE), le gouvernement britannique, CMA CGM et Bharti, et une seconde avec maintien du droit préférentiel de souscription.

 

Objectif 2029 : s’appuyer sur la pleine montée du LEO

 

À court terme, Eutelsat confirme ses objectifs : chiffre d’affaires stable et nouvelle contraction de la marge d’Ebitda pour l’exercice 2025-2026. À horizon 2029, le groupe vise entre 1,5 et 1,7 milliard d’euros de revenus, contre 1,23 milliard d’euros en 2024-2025, soit une progression de plus de 35 %. L’ambition est aussi de restaurer une marge d’au moins 60 %, après 54,4 % cette année.

Cette trajectoire prend appui sur l’amplification, dans les comptes, de la dynamique LEO. " Notre segment LEO a enregistré une croissance de plus de 80 % sur un an ", a souligné Jean-François Fallacher lors de la conférence avec les analystes. Ces revenus représentent désormais 15 % du chiffre d’affaires total, illustrant le développement rapide d’une offre à faible latence et haut débit, sur fond de demande croissante dans tous les secteurs.

L’activité Services aux gouvernements en tire directement parti : les revenus progressent de 24 % sur un an, à 211 millions d’euros, dopés par les services fournis en Ukraine et plusieurs nouveaux contrats majeurs. Parmi eux, un accord-cadre de dix ans avec la Direction générale de l’armement (projet NEXUS), et un contrat avec le Royaume-Uni pour équiper ses ambassades et représentations diplomatiques. Au quatrième trimestre, cette activité affiche une croissance de 41 % sur un an.

À l’inverse, la Vidéo, segment historique, continue de s’effriter. Le chiffre d’affaires recule de 6,5 % sur l’année, à 608 millions d’euros, affecté par une érosion structurelle du marché. " Les principaux hotspots vidéo continuent néanmoins d'attirer les diffuseurs, notamment Hotbird ", note Jean-François Fallacher.

 

Face à Starlink, l’alternative européenne

 

Sur les autres segments d’usage, la connectivité mobile reste stable sur l’exercice, à 160 millions d’euros. Ce segment, qui couvre les applications aéronautiques, maritimes et terrestres, commence à bénéficier de la montée en puissance du LEO, notamment dans l’aérien : plus de 100 avions sont désormais équipés, et un carnet de commandes de près de 1 000 appareils est en cours de déploiement. " Nous comptons parmi nos clients de grandes compagnies comme Air Canada ou Delta Airlines ", a précisé Jean-François Fallacher. La connectivité fixe, en revanche, recule de 14,5 % au quatrième trimestre, pénalisée par un effet de base défavorable.

Mais la vague d’adoption de l’orbite basse ne fait que commencer. " La quasi-totalité de la croissance du marché de la connectivité sera tirée par l’orbite basse, avec un taux annuel moyen de 28 % d’ici à 2029 ", a souligné le directeur général d'Eutelsat. Avec plus de 650 satellites en service, 39 stations au sol et des licences dans 180 pays, la constellation OneWeb est désormais pleinement opérationnelle. Le chiffre peut impressionner, mais reste encore loin du rythme de Starlink, qui s’apprête à franchir les 9 400 satellites lancés après un nouveau tir prévu en août. La taille du marché mondial laisse néanmoins de la place pour plusieurs acteurs, et l’enjeu de souveraineté donne un poids particulier à l’alternative européenne portée par Eutelsat.

 

Retrouver un profil de crédit solide

 

C’est tout le sens de l’augmentation de capital prévue d’ici la fin de l’année. Au-delà du redressement des équilibres financiers, il s’agit d’un signal politique et stratégique fort : celui d’un soutien clair à un acteur central dans un secteur d’avenir, où les usages gouvernementaux et souverains occupent une place croissante.

La recapitalisation permettra de ramener les fondamentaux financiers à des niveaux plus soutenables, avec un ratio dette nette/Ebitda attendu autour de 2,5 fois en 2026. Moody’s a d’ailleurs laissé entendre qu’un relèvement de deux crans pourrait suivre en cas de succès de l’opération. " Notre profil de notation s'améliore significativement grâce à cette augmentation de capital. Sur cette base, cela nous permet évidemment d’intervenir sur les marchés financiers ", a fait valoir le directeur financier Christophe Caudrelier devant les analystes. Et de rappeler: " La deuxième étape consiste évidemment à refinancer nos obligations actuelles", avec une première échéance fixée à 2027.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article