Evenements / Eutelsat
Evenements
Eutelsat
Eutelsat avance dans sa recomposition financière / Gouvernance et stratégie orbitale : l’assemblée générale confirme la transition du groupe
Semaine dense pour Eutelsat. Le groupe tenait jeudi son assemblée générale en plein milieu du processus d’augmentation de capital décidé fin septembre, censé ramener la société à un niveau d’endettement compatible avec son ambition de long terme : s’imposer dans la connectivité en orbite basse et tenir son rôle de garant de la souveraineté spatiale européenne. Une opération en deux temps dont le premier jalon a été franchi le 18 novembre, avec le feu vert du conseil à une augmentation de capital réservée de 828 millions d’euros souscrite par l’État français, le Royaume-Uni, Bharti, CMA-CGM et le Fonds Stratégique de Participations.
Sur le plan formel, l’assemblée visait d’abord à sécuriser cette architecture de financement. Outre l’approbation des comptes, les actionnaires étaient appelés à valider les engagements de souscription de l’État, de Bharti Space, du Royaume-Uni, de CMA-CGM Participations, du FSP, ainsi que le nouveau pacte d’actionnaires associé à l’augmentation de capital. Une étape indispensable pour verrouiller juridiquement un dispositif où les principaux partenaires sont des parties liées. Le renouvellement des mandats de Bharti Space Limited, de Florence Parly et d’Éric Labaye participe de la même logique : assurer une continuité de gouvernance au moment où l’actionnariat se recompose autour de blocs souverains et industriels.
La transition LEO s’opère à grande vitesse
Mais au-delà de ces votes techniques, l’intérêt de cette assemblée résidait surtout dans la prise de parole d’une direction aux commandes depuis juin et déterminée à clarifier la trajectoire industrielle et financière du groupe. Jean-François Fallacher a placé au premier plan la transformation rapide du profil d’Eutelsat, portée par une accélération visible du mix. À la clôture de l’exercice au 30 juin 2025, la vidéo représentait encore 50 % du chiffre d’affaires, tandis que la connectivité fixe progressait de 4,4 %, les services gouvernementaux de 24 %, et le segment LEO – OneWeb – bondissait de 84 % à 187 millions d’euros, soit 15 % du chiffre d’affaires. Cette dynamique s’est prolongée au premier trimestre 2025-2026 : "La vidéo représente maintenant 47 % du chiffre d’affaires ; nous sommes passés sous la barre de la moitié", a souligné Jean-François Fallacher.
Cette mutation repose sur des contrats qui structurent déjà la trajectoire de long terme, tous adossés aux services en orbite basse de OneWeb. Fallacher a mis en avant la capacité LEO fournie en Ukraine, les accords européens et surtout Nexus, l’accord-cadre conclu avec le ministère français des Armées. "En juin 2025, nous avons signé un accord cadre extrêmement clé, phare et important avec le ministère de la Défense, pour 1 milliard d’euros sur 10 ans", a-t-il rappelé, soulignant le rôle croissant du groupe dans les infrastructures souveraines. L’accord avec le Foreign, Commonwealth and Development Office britannique et la prolongation du partenariat avec MBS complètent cet ensemble, notamment pour les usages critiques.
Le dividende renvoyé à un horizon lointain
Alors que l’exercice 2024-2025 s’est soldé par une perte nette de 1,08 milliard d’euros, la direction s’est surtout attachée à clarifier la trajectoire financière des prochaines années : désendettement progressif, montée en puissance du LEO et capex concentrés sur le renouvellement de la constellation. Christophe Caudrelier, directeur financier, a rappelé les jalons fixés : des investissements de 1 à 1,1 milliard d’euros concentrés sur la flotte LEO et une amélioration continue du cash-flow portée par la croissance des revenus en orbite basse. C’est tout le sens de la séquence en cours de refinancement, pierre angulaire d’un plan visant à soutenir l’effort d’investissement tout en ramenant l’endettement sur une trajectoire soutenable. Cette amélioration du profil financier doit d’ailleurs "faciliter l’accès à des sources de financement additionnelles, telles que les marchés obligataires et, bien sûr, les financements de crédit à l’export", a souligné Jean-François Fallacher.
Car la pression d’investissement va demeurer considérable. "Les dépenses d’investissement devraient s’élever à un niveau de 1 à 1,1 milliard d’euros pour l’exercice 2025-2026", a indiqué Christophe Caudrelier, en détaillant "la commande d’un premier lot de 100 satellites supplémentaires en décembre 2024" et "la commande prochaine de 340 satellites supplémentaires". Dans ce contexte, la direction rappelle que la rentabilité du LEO dépend directement de la montée en charge de ces infrastructures. "Nos satellites volent au moment où l’on se parle, on a 650 satellites en orbite […] cette croissance de revenus va permettre de rentabiliser les coûts fixes qu’on a sur cette constellation", a expliqué Jean-François Fallacher.
Ce cadre posé, la question du dividende a naturellement surgi. Interrogé sur le calendrier d’un éventuel retour du dividende, le directeur général a assumé une ligne de prudence : "Bien sûr que comme toute société, nous aspirons un jour à reverser un dividende […] mais aujourd’hui, nous ne souhaitons pas donner de visibilité sur un horizon où nous reverserions un dividende."
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

