Sanctions AMF / AMF / acpr / DGCCRF / Fraude financière / Parquet de Paris
Sanctions AMF
AMF / acpr / DGCCRF / Fraude financière / Parquet de Paris
Le cri d’alerte des autorités financières et judiciaires face aux arnaques / Un préjudice global d’au moins 500 millions d’euros par an
La vigilance est de mise. Malgré l’action des autorités, et notamment de l’Autorité des marchés financiers (AMF) dotée pourtant d’un budget très contraint pour répondre à l’ensemble de ses missions, les arnaques financières ne cessent de prendre de l’ampleur.
Peut-être un milliard d’euros de préjudice
Selon une évaluation faite par le Parquet de Paris, le préjudice global s’élèverait à au moins 500 millions d’euros par an. Mais il pourrait atteindre en réalité le milliard. "Certains faits ne sont jamais portés à la connaissance de l’autorité judiciaire, par honte de la victime de s’être fait escroquer, par ignorance que les faits relèvent du droit pénal ou par décalage avec le préjudice ressenti. Derrière ces arnaques il y a pourtant des réseaux bien construits ", a alerté Laure Beccuau, procureure de la République de Paris à l’occasion d’une conférence de presse commune avec l’AMF, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), organisée au Tribunal judiciaire de Paris ce jeudi après-midi.
Une étude BVA Xsight pour l’AMF confirme d’ailleurs ce phénomène. La proportion des personnes apparaissant comme victimes probables a presque triplé en trois ans. "Des escrocs plus persuasifs et des épargnants encore trop peu méfiants : 3,2 % de la population française a probablement déjà été victime d’une arnaque à l’investissement (contre 1,2 % en 2021) soit plus d’1,5 million de Français ", a complété Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l’Autorité des marchés financiers, qui a reçu 12 000 demandes au 30 novembre dernier et plus de 18 000 signalements depuis le 1er janvier 2022.
Les faux comptes Facebook de Marie-Anne Barbat-Layani
Et certaines typologies d’arnaques seraient en forte hausse : l’investissement dans les cryptoactifs (forte concentration depuis le second semestre 2023), le Forex et le trading. "Des arnaques qui sont bien souvent complétées d’une seconde arnaque, que nous appelons les fraudes ‘au carré’ consistant à faire croire aux victimes à un potentiel remboursement de leurs pertes. Une pratique particulièrement identifiée dans le secteur des cryptoactifs", a prévenu Marie-Anne Barbat-Layani, évoquant aussi les usurpations d’identité en augmentation, certaines utilisant même le nom de l’AMF ou de ses salariés. "J’ai moi-même pu constater qu’il existait de faux comptes Facebook à mon nom. Par ailleurs, l’Intelligence artificielle est désormais capable d’imiter des visages ou des voix rendant ainsi les fraudes plus raffinées et plus difficiles à identifier", a-t-elle expliqué.
Des fraudes toujours plus sophistiquées qui s’adaptent à l’actualité – avec de fausses propositions de crédits immobiliers à taux bas par exemple - et qui se diffusent via les réseaux sociaux. Ceux-ci jouent un rôle croissant dans le phénomène avec des "followers" qui font confiance à tort à certains influenceurs relayant des publicités frauduleuses. "L’arnaque au faux conseiller bancaire se développe aussi fortement. Il va parfois jusqu’à utiliser un numéro de téléphone qui appartient à la banque. Et il existe une nouvelle variante : les escrocs appellent leur victime pour l’informer que sa carte de paiement est défectueuse ou a été compromise par une fraude et doit être remplacée. Ils envoient un prétendu coursier au domicile de la victime pour la récupérer et l’utilisent ensuite pour réaliser des paiements ", a ajouté Sarah Lacoche, directrice générale de la DGCCRF.
L’AMF fait tout ce qu’elle peut
Face à ce constat, les autorités judiciaires et financières ne restent pas les bras croisés et coopèrent entre elles, via des transmissions de signalements d’acteurs potentiellement frauduleux, de faits constitutifs d’un crime ou d’un délit. Ainsi, depuis le 1er janvier 2022, environ 350 sites internet d’acteurs non autorisés ont été bloqués par voie judiciaire. Par ailleurs, l’AMF et l’ACPR ont inscrit sur leurs listes noires, près de 5 000 acteurs ou offres, le gendarme boursier français coopérant aussi avec l’ESMA au niveau européen pour échanger des bonnes pratiques.
Un régulateur très actif puisque grâce à un signalement de l’AMF, dix influenceurs, spécialisés en trading et cryptomonnaies, mettant à disposition de leur communauté des liens de parrainage et d’affiliation à un prestataire de services sur actifs numériques non enregistré et non agrée, ont été poursuivis. "En matière de répression, la France est très en avance sur ses voisins européens grâce à la récente adoption de loi Influenceurs ", s’est félicitée Marie-Anne Barbat-Layani.
L’AMF sensibilise aussi les jeunes investisseurs en allant sur le terrain des fraudeurs, avec des campagnes dédiées sur Instagram et TikTok. "Nous essayons de nous adapter aux nouvelles façons de communiquer même si par nos moyens budgétaires limités, il nous est difficile de nous battre à armes égales ", a reconnu la présidente de l’Autorité des marchés financiers, insistant sur le combat permanent mené par l’autorité.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

