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LSE/Deutsche Börse : la Commission européenne ouvre une enquête approfondie sur la fusion
La décision était attendue, le dossier étant quelque peu sensible. La fusion des activités de la Bourse de Londres, le LSE et de celles de la Bourse de Francfort, la Deutsche Börse est l’une des opérations les plus symboliques de ces derniers mois. Engagé avant le Brexit, le vote des britanniques n’a pas entamé la conviction des deux places financières dans leur volonté de fusionner. Ne restait plus que l’accord de la Commission européenne, pour que le processus soit lancé. Mais l’institution européenne a demandé des éléments supplémentaires aux deux acteurs dans le cadre de sa politique anticoncurrentielle. En réunissant les Bourses Allemande, Britannique et Italienne et plusieurs des plus grandes chambres de compensation européennes, la fusion créerait de loin le plus gros opérateur boursier européen. Margrethe Vestager, commissaire européen responsable de la politique de concurrence, a déclaré à ce propos: «Les marchés financiers jouent un rôle essentiel dans l'économie européenne. Nous devons veiller à ce que les acteurs du marché continuent d'avoir accès aux infrastructures des marchés financiers à des conditions concurrentielles. Aussi avons-nous ouvert une enquête approfondie afin d'examiner la concentration envisagée».
Dans son enquête préliminaire, la Commission européenne a relevé plusieurs points devant être absolument réglés avant de donner son quitus. Le plus important est la place prédominante des chambres de compensation si la fusion réussissait. L’entité issue de la concentration formerait la plus grande réserve de marges au monde avec un montant de 150 milliards d’euros. La Commission craint donc que ce nouvel ensemble supprime la concurrence notamment sur les obligations, les dérivés et les mises en pension ; qu’il ne porte atteinte à des plateformes de compensation travaillant exclusivement avec la chambre de compensation du LSE (LCH-Clearnet) et que la création d’un tel mastodonte de la compensation ne porte préjudice aux acteurs du marché de la post-négociation (services de gestion des garanties, de règlement et de dépositaire). Le LSE a déjà fait savoir que pour répondre à ces interrogations, elle confirmait "que le LSE et LCH Group Limited avaient l'intention d'explorer une vente potentielle de LCH SA", sa filiale française réglementée.
Vient ensuite le sujet des dérivés. Bruxelles rappelle la position de leader mondial d’Eurex (DB) sur les « futures » de taux et de SwapClear (LSE) sur la compensation des échanges de produits dérivés de taux d'intérêt de gré à gré. Or, les deux groupes ont annoncé ou lancé récemment des offres destinées à se faire concurrence l’une à l’autre. « La Commission craint à titre préliminaire que leur développement ne soit compromis par l'opération envisagée », explique Bruxelles. Autrement dit, la nouvelle Bourse de dérivés du LSE, baptisée CurveGlobal, lancée lundi et qui permettra d'échanger des « futures » de taux cotés risque de ne pas faire long feu.
Par ailleurs, Bruxelles s'inquiète que l'opération ne débouche sur la création d'un quasi-monopole sur le marché des options et contrats à terme sur actions individuelles reposant sur des instruments sous-jacents italiens (valeurs mobilières), où les parties sont, de fait, les seules concurrentes. L'institution européenne craint tout autant une diminution de la concurrence sur les marchés des opérations de pension, les actions allemandes et les produits négociés en Bourse, notamment les fonds cotés.
Autant dire que ce n’est pas encore totalement gagné pour cette opération à 24 milliards d’euros qui ferait de ce nouvel ensemble un ovni alors que l’avenir de la place de Londres dans le monde financier européen est encore incertain. D’ailleurs, les modalités d’organisation du nouvel ensemble seront scrutées de près, Francfort souhaitant rester en Europe continentale. La Commission européenne a jusqu’au 13 février 2017 pour rendre une décision.
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