WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Ils et elles feront le monde d'après - Roselyne Chambrier Chalobah

EXCLUSIF. Cette jeune femme de 35 ans franco-gabonaise est l'une de ces héroïnes de l'entrepreneuriat, qui déploie ses talents, son savoir et son énergie au développement de la région dont elle vient, l'Afrique de l'Ouest.

Après avoir effectué la majeure partie de sa scolarité au Gabon, Roselyne Chambrier Chalobah s'est envolée pour Londres où sous l'œil exigeant du directeur du lycée français de South Kensington, elle s'est préparée au meilleur. Son bac en poche à l'âge de 16 ans, elle intègre la prestigieuse classe préparatoire de Douai, de l'autre côté de la Manche. C'est là que, pendant deux années, la jeune fille se forme l'esprit, se forge le caractère, apprend l'ardeur au travail, et comme elle le dit "apprend à surmonter [ses] échecs". Son environnement familial porteur, y a aussi participé. Dans le cercle familial, "on m'a toujours appris que si j'avais l’ardeur au travail, la passion et de l'audace, j'accomplirai ce que je voudrai" affirme-t-elle. Issue d'une famille travailleuse, aînée d'une fratrie de cinq, elle grandit avec le désir d'être exemplaire pour montrer la voie aux autres. Et ce désir ne l'a jamais quitté.

Elle intègre, à l'issue de cette préparation, l'école de son choix, Sup de Co Paris, qui lui permet de sortir diplômée de l'école de Paris mais aussi de celle de Berlin et de Londres, au travers d'un programme international proposé par la grande école. De fait, elle peut sans difficulté intégrer des grandes banques d'affaires comme HSBC où elle travaille dans différentes parties du monde, à Paris, à Francfort, à Johannesburg. Puis elle travaille quelque mois à New York pour le groupe Capgemini.

Mais voilà. La fin de ces études coïncide avec la crise financière de 2009 et son employeur lui dit devoir repousser son embauche d'une année. Au même moment, une banque gabonaise BGFIBank se lance dans le métier de banque d'investissement pour gérer un portefeuille des 150 plus grandes entreprises du pays. Et la jeune et brillante diplômée de seulement vingt-trois ans, qui a toujours eu le désir "de [se] former pour se mettre au service de la transformation structurelle de [son] continent, de son pays et le hisser au concert des pays de la sous-région", saisit sa chance et se retrouve bras droit du directeur, plongée dans l'industrie de son pays. Si ce tour du sort ne correspondait pas à son plan initial - puisqu'elle souhaitait travailler à l'origine en banque d'affaires à Londres - elle y prend rapidement goût. Et les responsabilités qui lui sont confiées lui donnent raison. "Je me suis très vite retrouvée avec une exposition et des responsabilités bien supérieures à celles que j’aurais eues à Londres ou Paris dans une banque d’affaires. Je me sens vraiment chanceuse".

Elle est finalement débauchée en 2012 par l'un de ses clients, Olam Gabon, une entreprise d'agroalimentaire industrielle. Une fois de plus, son sort est lié à celui de son pays. Son arrivée dans le groupe coïncide avec l'interdiction au Gabon d'exporter des grumes de bois et donc la nécessité de développer une industrie de transformation du bois. Cela s'accorde parfaitement avec la conviction de la société gabonaise qui estime que le développement du pays passera par celui de l'industrie, soit d'infrastructures portuaires et de zones économiques pour permettre la transformation locale des matières premières.

La société se lance donc dans des projets d'infrastructures d'envergure "Je voyais le potentiel de création d’emplois, l’impact de ce que l’on faisait, en partant de rien nous arrivions à transformer des économies pays communautés" explique la jeune femme douée d'un enthousiasme contagieux. D'abord en charge de la recherche de financement puis de la stratégie du groupe, elle devient conseillère technique du directeur général puis en charge de la communication du groupe pour le Gabon.

En 2017, les deux ports de constructions terminés, se pose la question de la suite, pour le groupe et pour elle. Le succès du développement d'une zone économique au Gabon pousse finalement la société à créer Arise qui est en réalité la branche infrastructure de Olam. Arise a donc vocation à se développer, et c'est à Roselyne que l'on confie la mission de prospecter en Afrique pour développer des projets d'ampleur similaire à ceux du Gabon. C'est en Côte d'Ivoire qu'elle parvient à sécuriser sa première concession pour la construction d'un port à nouveau, à San Pedro. En parallèle, la société en vient à développer trois projets de zones industrielles dont elle a la responsabilité. Elle s'installe donc à Abidjan en 2017, pour diriger ces chantiers de taille (1,5 milliard d'euros annoncé par le gouvernement) en partenariat avec le gouvernement ivoirien, et est finalement nommée directrice du groupe Arise en Côte d'Ivoire en 2018.

Cela n'a pas été sans peine, "il a fallu s'adapter, savoir être quelqu'un de terrain et tout-terrain". Mais elle en avait la carrure. "Je suis aussi à l'aise dans une négociation avec des avocats que sur mes chantiers car j'ai appris les aspects techniques pour pouvoir les maîtriser", dans un domaine qui lui était totalement étranger explique la jeune femme passionnée. Cela la place en outre à la direction de près de 700 hommes peu habitués à se référer à une femme dans un environnement - celui de la construction - particulièrement masculin.

L'avenir maintenant. Pour les années qui viennent, elle continuera de déployer son ingéniosité pour faire émerger, par le biais du développement d'infrastructures, des champions nationaux sur certains pans de la filière agricole en Côte d'Ivoire. Il lui faudra cependant concilier vie professionnelle et vie de famille. Car la jeune femme souhaite un jour avoir des enfants et leur transmettre sa passion pour son pays, son continent."Au niveau personnel, je ne crois pas au stéréotype de l’équilibre vie professionnelle - vie personnelle. Il y a toujours un aspect qui est prioritaire sur l’autre". "Je pense qu'à un moment donné, ayant accompli plusieurs projets professionnels, je devrais ralentir un peu mon rythme pour me concentrer sur ma famille qui reste ma priorité la plus importante ; c’est essentiel" ajoute-t-elle.

À plus long terme, elle devra certainement quitter le terrain pour se concentrer sur le conseil de dirigeants, ainsi que sur son désir de promouvoir la formation des femmes. "Ma forte conviction c’est que plus on verra des femmes leaders s’exprimer sur des places publiques plus cela contribuera à changer la perception que la société a des femmes dans ce domaine et à réécrire les règles du succès". Elle renchérit, "quand on investit dans une femme en Afrique, on fait avancer son pays, [...] elles veulent changer les choses et ce sont les plus entreprenantes". La leader engagée est aussi l'un des membres du Think tank A new ROAD récemment créé afin de réfléchir aux problématiques d’endettement et de financement des économies des pays d’Afrique.

 


 

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article