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Saint-Gobain/Sika : un jackpot très opportun
"On se sort bien du bourbier", concluait Pierre-André de Chalendar en mai 2018, lorsque Saint-Gobain et Sika avaient enterré la hache de guerre et trouvé un accord sur son entrée au capital. Ce bourbier s’est même transformé en fontaine d’or depuis, puisque juste après la fin de sa période de lock-up, Saint-Gobain a vendu ses 10,75% de Sika pour 2,41 milliards d’euros, soit un gain brut de 1,54 milliard d’euros et un multiple de sortie impressionnant, à 2,5 fois sa mise en l’espace de seulement deux ans. Il s’agit de la plus grosse cession de bloc en Europe de l’année, et pour laquelle la décote est de seulement 5% sur le cours de Sika, un véritable tour de force dans des marchés encore fragilisés par la crise du coronavirus.
Certes, le projet du patron de Saint-Gobain était au départ industriel : fin 2014, il avait réussi à racheter la part de la famille Burkard, fondatrice de Sika, soit 16% du capital pour un total de 2,1 milliards d’euros. Et surtout le contrôle de l’entreprise, avec 52% des droits de vote, avec lequel il comptait sur des synergies. Mais cette irruption surprise avait provoqué l’émoi de la direction de Sika et des actionnaires minoritaires, comme les caisses de pension suisses, Fidelity ou encore la fondation Bill Gates. Un bras de fer judiciaire de trois ans s’en était suivi, si bien que Saint-Gobain avait fini par renoncer à son ambition première en mai 2018. Il avait alors accepté de revendre 7% du capital à Sika avec une prime de contrôle de 57%, ce qui lui avait déjà permis d’empocher 600 millions d’euros dans son résultat net.
Si Pierre-André de Chalendar n’a pas réussi à mettre la main sur Sika à bon compte, il peut au moins se targuer d’avoir maximisé son rendement sur ce placement, dont il voit les fruits au meilleur moment. Car si Saint-Gobain avait commencé l’année sur le bon pied, avec une année 2019 très solide et une accélération de ses mesures d’économies et cessions d’actifs, mais aussi l’acquisition de l’américain Continental Building Products, la crise du coronavirus est passée par là. Le groupe a été directement et sévèrement impacté, et a dû s’adapter avec la réduction de ses équipes dans les usines, voire l’arrêt de certaines. Mais aussi la réduction drastique de ses investissements industriels, une gestion encore plus stricte des coûts et la suspension de son dividende.
Saint-Gobain pouvait certes compter sur une situation financière solide, avec 5 milliards d’euros de trésorerie et liquidités mais aussi 6,5 milliards d’euros de lignes de crédit syndiqué et une émission obligataire de 1,5 milliard d’euros. Il n’en reste pas moins qu’une enveloppe d’argent frais de 2,4 milliards d’euros est précieuse dans un contexte aussi incertain, où les économistes ne parient plus sur une reprise rapide, mais plutôt lente et poussive de l’activité mondiale. Si le PDG attend une amélioration de l’activité au second semestre, il a aussi reconnu qu’elle dépendrait du niveau de la demande. Si bien que ce chèque pourrait servir soit à son désendettement (et la rétribution des actionnaires faute de dividende), soit à une acquisition si le monde post-Covid 19 le permettait.
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