Entreprises / Actions / Vinci / Saint-Gobain / souveraineté
Entreprises / Actions
Vinci / Saint-Gobain / souveraineté
Ces offensives stratégiques des grands groupes français qui profitent à la souveraineté économique nationale / Saint-Gobain et Vinci en font la démonstration
La souveraineté économique, une formule galvaudée ? Il semblerait pourtant qu’elle puisse se mesurer précisément. Pour le cabinet Vélite, en tout cas, c’est en trois dimensions qu’elle se décompose. La capacité à être offensif, tout d’abord, grâce à la force d’innovation technologique et la contribution à la puissance économique et au rayonnement de la France (le "hard" et le "soft" power). Vient ensuite l’aspect défensif, se traduisant par l’indépendance des entreprises vis-à-vis des puissances étrangères. Et, enfin, la dimension contributive, correspondant aux créations d’emplois, à la solidarité avec les PME françaises ou encore grâce à l’action sociale.
Au travers de ces différents indicateurs, le cabinet dévoile tous les ans un palmarès de la souveraineté économique du CAC 40, combinant ses notations sur ces différents indicateurs. Et cette année, comme les précédentes, le "top 10" n’a pas connu de grands changements. Thales et Safran sont toujours respectivement installés à la première et deuxième place, suivis par Bouygues, Orange, Crédit Agricole, L’Oréal, LVMH et Hermès, et enfin TotalEnergies et Engie. Nouveauté cette année néanmoins : certaines entreprises se sont distinguées par leurs "remontadas", en grimpant respectivement de six places, pour se hisser dans les 20 premiers groupes du classement : Saint-Gobain et Vinci, "toutes deux en pleine offensive stratégique, tant sur le plan économique que symbolique", observe le cabinet d’études.
Plusieurs raisons expliquent cette remontée, explique Vélite. S’agissant du géant des matériaux de construction, tout d’abord, il profite cette année d’une évolution méthodologique de la part du cabinet. Il prend en effet désormais en compte les dépôts de brevets à l’Office européen des brevets. "Or, Saint-Gobain y est historiquement très actif, avec un volume équivalent à celui enregistré à l’INPI (Institut National de la Propriété Intellectuelle, ndlr)", indique Vélite. Une prise en compte qui a permis à Saint-Gobain de remonter sensiblement sur l’indicateur de force d’innovation technologique. "Mais c’est surtout par sa stratégie de conquête que Saint-Gobain s’impose", poursuit Vélite. Il faut dire, effectivement, que le groupe dirigé par Benoit Bazin n’a pas chômé en matière d’expansion internationale en 2024.
Feuille de route claire
Le résultat d’une feuille de route établie en matière de percée dans les secteurs porteurs et d’accélération dans les zones géographiques de forte croissance. De quoi étendre sa présence sur des marchés clés à l’échelle mondiale, en acquérant des entreprises étrangères grâce à des capacités d’investissement avérées. Ce qui constitue, pour Vélite, les ingrédients de la contribution à la puissance économique de la France. Parmi les grandes acquisitions clés réalisées par Saint-Gobain l’an passé, l’on citera notamment, entre autres, Fosroc, acteur de la chimie de la construction implanté en Inde et au Moyen-Orient et l’Australien CSR, qui lui a permis d’intégrer 30 usines et 2 500 salariés à ses actifs industriels et collaborateurs.
Vinci a, de son côté, suivi une trajectoire comparable, remarque Vélite. L’année 2024 a en effet été ponctuée par une série d’acquisitions ciblées, dont l’intégration du spécialiste des travaux publics au Royaume-Uni FM Conway, mais surtout la prise de participation majoritaire dans l’aéroport d’Édimbourg, pour plus d’un milliard d’euros. "Ce dernier, désormais détenu en pleine propriété par le groupe, rejoint les aéroports de Belfast et Gatwick dans le portefeuille de Vinci Airports, consolidant une présence stratégique dans les infrastructures critiques du Royaume-Uni", rappelle Vélite. Une logique de long terme sur la détention en "freehold", qui tranche avec les logiques purement concessives, et renforçant ainsi l’autonomie opérationnelle du géant du BTP, des concessions et de l’énergie.
En parallèle, Vinci gagne des points sur plusieurs autres aspects : on y retrouve le rayonnement de la culture tricolore, au travers du soutien de sa fondation à l’apprentissage du français, ou encore son partenariat avec le Festival du film francophone de Grèce. Reste enfin sa gouvernance, déjà très française, mais dont l’ancrage tricolore s’est encore renforcé, avec 90 % des membres de son comité exécutif de nationalité française, recense Vélite.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

