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Macro-économie / Taux / Japon / Nissan / Carlos Ghosn / démographie

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Japon / Nissan / Carlos Ghosn / démographie

Le Japon, otage du leadership étranger ?

Dans un pays qui perd chaque année plus de 500.000 individus, la probabilité pour trouver des grands dirigeants performants diminue, de sorte que malgré l'affaire Ghosn, le Japon reste dépendant de tous les travailleurs étrangers, toutes catégories confondues.
arbre / Japon / cerisier
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L'an dernier, le Japon a pleuré 1,37 million de décès - soit 14.000 de plus qu'en 2018 -, et accueilli 864.000 naissances, selon les dernières estimations du ministère de la Santé national. Ainsi, la balance démographique est déficitaire de 512.000 individus en 365 jours, une baisse plus rapide que celle anticipée par les statisticiens. Le rythme de travail effréné des Japonais, hautement valorisé par les entreprises, laisse moins de temps pour une vie privée épanouie aux individus, et c'est en partie pour cela que le nombre de mariages est à la baisse, dans ce pays où les naissances hors union sont rares.

Pour faire évoluer la situation, et maintenir à flot un taux de croissance déjà en berne - de 1,1% l'an dernier selon les dernières prévisions de la Banque mondiale -, le gouvernement a entrouvert au mois d'avril dernier la porte aux travailleurs étrangers, en réformant la loi sur l'immigration, autorisant pour la toute première fois la délivrance de visas pour les ouvriers. Dans un pays où l'espérance de vie est l'une des plus élevées au monde (83,98 ans en 2016 selon les données de la Banque mondiale), et où les naissances se font rares, il faut se rendre à l'évidence, le Japon est l'otage des travailleurs du Monde, et ce toutes catégories professionnelles confondues. C'est pourquoi l'affaire Ghosn ne devrait pas décourager le pays du Soleil Levant à aller faire passer des entretiens aux dirigeants expérimentés, aux quatre coins de la Planète, pour créer de la performance dans les méga entreprises.

Déjà, plusieurs PDG de nationalité étrangère sont aux manettes des grandes sociétés du pays. C'est le cas du Français Christophe Weber aux commandes de l'entreprise pharmaceutique Takeda depuis cinq ans, qui a eu bien raison de se risquer au rachat de Shire en 2018, faisant de son entreprise, l'un des plus grands laboratoires au monde. Il y avait aussi eu le Britannique Michael Woodfort au poste de directeur général d'Olympus, fabricant d'appareils médicaux, limogé en 2011 après qu'il a révélé un vaste scandale comptable, nié au début par les Japonais. Citons encore Howard Stringer, qui a dirigé Sony de 1998 à 2005, entreprise à l'intérieur de laquelle il a essayé de construire une culture de coopération, sans grand succès.

L'autre preuve de l'internationalisation nécessaire du Japon pour la survie de son économie sont les chiffres des fusions acquisitions entre les entreprises nationales et étrangères. Au-delà du simple rapprochement entre Nissan et Renault, récemment mis à mal par la fuite de Carlos Ghosn, d'autres sociétés choisissent l'union pour la croissance. L'an dernier, Yahoo Japon a annoncé une fusion avec le sud-coréen Line pour 27 milliards de dollars ; Asahi a racheté les brasseries australiennes Carlton & United pour 11 milliards de dollars, et un an auparavant, comme mentionné plus au dessus, Takeda a racheté l'irlandais Shire. Il y a aussi eu SoftBank, qui a misé sur l'entreprise américaine Sprint pour 36 milliards de dollars et Japan Tobacco qui a racheté Gallaher pour 19 milliards, pour ne citer que ces exemples.

Le mécontentement de l'opinion publique sur une politique d'immigration souple freine les autorités nippones à assumer franchement le déficit de travailleurs, qu'ils soient très qualifiés ou pas du tout. C'est ainsi que le gouvernement, qui espérait accorder 40.000 visas pour des personnes “semi-qualifiées” en un an à compter d’avril 2019, n'a alloué que 1.019 permis, au mois de novembre dernier. En tout cas, nul doute que le Japon reste l'otage du leadership international dans un contexte de pénurie chronique de main-d’œuvre, et c'est pourquoi l'affaire Carlos Ghosn ne découragera pas le pays à aller faire passer des entretiens aux grands dirigeants des quatre coins de la planète.

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