Macro-économie / Taux / Japon / adjudication / obligations
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Japon / adjudication / obligations
Révolution pour les taux longs au Japon / La dette japonaise n’a plus la cote et le rendement des obligations d’Etat s’envole
Contraction de l’économie au premier trimestre, propos polémique de son ministre de l’Agriculture et désormais une adjudication qui ne fait pas recette… Le moral est loin d’être au beau fixe pour Shigeru Ishiba. Le Premier ministre japonais, a en effet vu la vente aux enchères d’obligations d’Etat à 20 ans menée ce mardi rencontrer sa plus faible demande depuis des années.
Un mauvais signal quant à la confiance placée dans le Japon par les investisseurs, le rendement des obligations à échéance 40 ans a en a ainsi profité pour atteindre un niveau record de 3,61 %. John Plassard, analyste chez Mirabaud, rappelle que cet évènement survient alors que "la Banque du Japon a réduit ses achats de dettes de 172 milliards de dollars en un an ". Dans le même temps l’inflation flirte avec les 3,6 %, de quoi lui faire arguer que "même avec ces rendements en forte hausse, les investisseurs continuent d’acheter des obligations en taux réels négatifs".
Inquiétude
La situation est encore plus douloureuse pour les acteurs s’étant positionné il y a quelques années, avec un rendement proche des 0,5 %, et qui doivent aujourd’hui procéder à l’évaluation du prix de leur actif. La Banque du Japon détient pour le moment un peu plus de la moitié du marché obligataire, ce qui n’est pas pour rassurer concernant la capacité du marché à absorber une secousse.
La fin d’une ère est même actée par John Plassard, celui-ci considérant qu’il ne faut plus compter sur la Banque du Japon pour agir "comme acheteur en dernier ressort inconditionnel". Le Japon risque de devoir désormais concilier avec un coût de sa dette plus élevée et ce plus durablement. Les conséquences sont d’autant plus difficiles à appréhender, que comme le souligne l’analyste c’est "la première fois qu’une banque centrale majeure inverse réellement sa politique de contrôle de la courbe des taux". Un choix qui a été récemment commenté par Gita Gopinath, première directrice générale adjointe du FMI, laquelle considère que "la Banque du Japon a pris des mesures très importantes en mettant fin au contrôle de la courbe des taux, en abandonnant les taux d’intérêt négatifs et en adoptant un resserrement quantitatif, et tout cela s’est déroulé sans heurts. C’est donc pour nous un signe très positif quant à la gestion des marchés financiers par la Banque du Japon". Au début de l’année les équipes du FMI considéraient "que le secteur financier a bien géré la hausse des taux d’intérêt (au Japon ndlr), soutenu par de solides réserves de fonds propres et de liquidités ".
Pour autant la dirigeante a ensuite souligné qu’entre autres défis majeurs, la soutenabilité de la dette japonaise à moyen terme devait encore être assurée un cadre budgétaire clair à cet horizon. Au-delà d’éventuels chocs, il est en effet assené par ses soins qu’à "l’horizon 2030 et au-delà, les charges d’intérêts vont augmenter considérablement, tout comme les dépenses liées au vieillissement de la population. Le ratio dette/PIB japonais va donc s’accroître à partir de 2030".
Reste du monde
Au-delà du danger évident que représenterait un crack obligataire, chez John Plassard on s’inquiète d’une "sortie désordonnée des investisseurs étrangers, qui détiennent une petite part du marché mais jouent un rôle clé dans la liquidité ". Les équipes de JPMorgan expliquent quant à elles dans une note de recherche que "la demande des investisseurs nationaux pour les obligations à long terme ralentit structurellement. La réduction des achats d’obligations par la Banque du Japon progresse régulièrement, ce qui rend de plus en plus difficile l’absorption du risque de duration sur le marché".
Pour autant des taux à long terme plus conséquents pourraient arriver à réorienter des flux vers le marché domestique. Le spécialiste de chez Mirabaud estime qu’une telle situation "accentuerait la pression sur les actifs étrangers, notamment les Treasuries américains". Les investisseurs japonais seront donc scrutés de près dans les prochains mois et particulièrement les fonds de pension japonais, lesquels gèrent des milliers de milliards de dollars, et " pourraient réallouer une part de leurs portefeuilles vers les obligations domestiques". Pas forcément une bonne nouvelle pour l’Hexagone, François Robin, Global Head of Natixis CIB Research, confiait en fin d’année à WanSquare que "les Japonais qui étaient jusqu’à il y a peu de gros acheteurs d’OAT sont désormais plus prudents".
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