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Renault et le fardeau Nissan / Une contrepartie stratégique en Inde
Le pragmatisme s'est imposé comme le principe directeur des relations entre Renault et Nissan, depuis que leur alliance a été réajustée et transformée progressivement en un partenariat aux ambitions mesurées. D’un côté, le constructeur français a dû renoncer malgré lui à toute velléité de contrôle d’une entreprise qu’il détenait pourtant à 43,4%, avec laquelle il formait l’un des premiers groupes automobiles mondiaux. De l’autre, le groupe japonais est si bien géré depuis qu’il s’est affranchi de l'influence de son partenaire, que la dégradation rapide de sa situation financière a récemment fait capoter un projet de fusion avec Honda à des termes acceptables.
Faute de pouvoir céder ses parts restantes dans Nissan en les cédant immédiatement à un tiers à un prix satisfaisant, c’est donc à Renault qu’incombe la tâche de venir en aide à ce qui constitue toujours son allié. Cela se fait de deux manières. D’une part, les deux groupes ont convenu d’abaisser de 15 % à 10 % le seuil de participation croisée dans leur alliance. Ce réajustement permettra à Nissan de céder 5 % de ses actions Renault, pour un montant qui avoisine 700 millions d’euros au prix actuel des actions du constructeur français, dont la valeur a rebondi depuis les plus bas de la pandémie, sous l’effet du plan Renaulution mis en œuvre par Luca de Meo.
D’autre part, Nissan est libéré de son engagement à investir dans Ampère, la filiale électrique de Renault. Sans que cela ne constitue une grande surprise. Le groupe japonais s’était engagé, à l’été 2023, à investir 600 millions d’euros dans l’entité, un montant déjà jugé modeste à l’époque, dont la confirmation ne s’est jamais concrétisée, tandis que la rapide dégradation de la situation financière de Nissan rendait cet investissement de plus en plus incertain.
Il convient de rappeler qu’à l’époque, cet engagement représentait un maigre compromis, obtenu en contrepartie de la renonciation de Renault à sa participation majoritaire dans Nissan. En ce sens, l’abandon de cette promesse d’investissement marque, deux ans plus tard, la disparition de toute forme de compensation pour le constructeur français.
Mais comme le dit Luca de Meo, "Renault Group a un fort intérêt à voir Nissan redresser sa performance le plus rapidement possible". Ce n’est pas faux, car sa participation résiduelle de 35,71% du capital de Nissan (17,05% détenus en direct et 18,66% détenus via une fiducie) l’expose aux pertes futures de son partenaire. Ce dernier a vu ses résultats chuter dans le rouge depuis deux trimestres et prévoit une perte nette de 80 milliards de yens (environ 500 millions d'euros) pour l’exercice 2024-2025, qui s’achève fin mars.
Or son redressement paraît à ce stade bien aléatoire, quand bien même Nissan s’est lancé dans d’importantes réductions de coûts illustrées par la suppression de 9 000 postes à l'échelle mondiale. Inquiète, l’agence de notation Moody's a dégradé en février la notation du groupe japonais en catégorie spéculative, pointant la faible rentabilité du constructeur, couplée au vieillissement de sa gamme, dont les modèles peinent à trouver preneur, notamment sur le marché américain. Et cela, avant même que les menaces de droits de douane de Donald Trump ne viennent exacerber ses difficultés.
Dans l’affaire, Renault n’a cependant pas tout perdu, et a su identifier un autre type de compensation stratégique à fort potentiel. Le groupe français va monter à 100% dans leur coentreprise indienne Renault Nissan Automotive India Private (RNAIPL) en rachetant les 51% détenus par Nissan. "L’Inde est un marché clé pour l’automobile et Renault Group va y déployer un écosystème et une organisation industrielle efficaces", a indiqué Luca de Meo. Si la part de marché de Renault en Inde reste marginale à 1 %, "une croissance de 30% y est attendue d'ici 2030", note le cabinet Oddo BHF. Le pari semble prometteur.
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