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Le nouveau cycle Renault s'engage bien / Le carnet de commandes se regarnit

Premier trimestre rassurant pour Renault. Les ventes dépassent nettement le consensus grâce à un mix produit solide, au rebond de mars et à la montée en puissance des modèles électrifiés, tandis que le carnet de commandes se redresse, confortant les ambitions du nouveau plan stratégique.
Duncan Minto, directeur financier de Renault Group, lors de la présentation aux analystes du chiffre d'affaires du premier trimestre 2026, le 23 avril 2026.
Duncan Minto, directeur financier de Renault Group, lors de la présentation aux analystes du chiffre d'affaires du premier trimestre 2026, le 23 avril 2026.

Quelques semaines après la présentation de futuREady, son nouveau plan stratégique dévoilé le 10 mars au Technocentre de Guyancourt, Renault Group entre dans le vif du sujet avec un premier trimestre qui dépasse nettement les attentes. Le constructeur a dévoilé jeudi des ventes de 12,5 milliards d'euros, en hausse de 7,3 % sur un an, soit environ 800 millions de plus que ce qu'anticipait le consensus. Et ce, alors même que les volumes globaux ont reculé de 3,3 % à 546 183 véhicules. Autrement dit, Renault vend un peu moins, mais vend mieux.

Avec une précision importante toutefois, le recul des volumes s’expliquent pour l’essentiel par un accident industriel chez Dacia : des conditions météorologiques exceptionnelles ont perturbé le trafic maritime dans le détroit de Gibraltar en janvier et février, désorganisant l'approvisionnement de l'usine de Tanger et entraînant plusieurs milliers d'unités de production perdues.

 

Mars change la donne

 

Une fois ce problème résolu, la véritable inflexion du trimestre s'est donc jouée en mars. Le mois dernier, « les ventes du groupe ont commencé à se redresser dans leur ensemble, avec une performance globale de 5,3 % sur un an, supérieure au marché », a indiqué jeudi Duncan Minto, directeur financier de Renault Group, lors de la présentation aux analystes.

Ce redressement s’appuie d’abord sur la stratégie dite à deux jambes, chère au management : électrique d’un côté, hybride de l’autre. Une stratégie duale qui « fonctionne très positivement », a insisté Duncan Minto. En Europe, les ventes électrifiées du groupe ont progressé de 12 %, représentant plus d’un véhicule sur deux. Les ventes 100 % électriques ont bondi de 20,9 %. Sous la marque Renault, la croissance dépasse 40 %, tirée par la Renault 5, numéro un des véhicules électriques du segment B dans la plupart des marchés européens. De l'autre côté, les hybrides représentent 35,3 % des ventes du groupe, en hausse de 5,1 points, Dacia enregistrant à elle seule une progression de 49 % sur ce segment grâce au Duster et au Bigster.

 

Le mix fait le travail

 

Des véhicules électriques qui ne riment pas nécessairement avec destruction de marge. « Je confirme que les ventes aux partenaires et les véhicules électriques sont rentables pour le groupe. C’est simplement qu’ils sont dilutifs par rapport à la moyenne du groupe », a précisé Duncan Minto face aux questions des analystes, reconnaissant que ces véhicules, bien que créateurs de valeur, pèsent mécaniquement sur la rentabilité à ce stade. La montée en charge des volumes électriques doit permettre d'élargir la base de réduction de coûts dans les trimestres à venir. En attendant, les hybrides, eux, demeurent un relais plus immédiatement rémunérateur.

Le mix produit joue d’ailleurs en faveur de Renault. Le cabinet d’analystes Oddo BHF évoque un « mix produit solide », qui aurait contribué à hauteur de +2,6 points à la croissance trimestrielle. Le bureau cite notamment le succès des véhicules électriques, la transition entre Clio 5 et Clio 6, la montée en puissance du Bigster, le nouveau SUV familial de Dacia, ainsi que la bonne tenue du Master, le grand utilitaire de Renault.

 

Toujours la valeur plutôt que les volumes

 

Sur le plan commercial, le groupe assume une doctrine claire. « Nous continuons à appliquer notre politique commerciale, qui privilégie la valeur résiduelle aux volumes », a souligné le directeur financier. Autrement dit, Renault privilégie la valeur future de revente de ses véhicules sur le marché de l’occasion, plutôt qu’une course aux volumes alimentée par les remises. Le mix de ventes aux clients particuliers atteint 57,7 %, soit 15,7 points au-dessus du marché. La marque Renault a réduit son exposition à la location courte durée et progressé de 8,5 % sur le canal des ventes directes aux particuliers dans ses cinq principaux marchés européens. Les valeurs résiduelles, c’est-à-dire la cote estimée des véhicules après plusieurs années d’usage, restent ainsi supérieures de quatre à treize points à la moyenne du marché.

Le trimestre rassure aussi sur un point scruté de près ces derniers mois : le carnet de commandes. Longtemps perçu comme une zone de fragilité, il ressort à deux mois de ventes futures, contre 1,5 mois fin décembre. Il est alimenté par « une croissance à deux chiffres des prises de commandes depuis le début de l’année », avec « une accélération significative sur les véhicules électriques », selon Duncan Minto. En avril, a-t-il ajouté, la dynamique restait solide.

 

Des risques identifiés

 

Tout n’est pas pour autant exempt de tensions. Renault reconnaît une pression tarifaire persistante en Europe, appelée à se prolonger cette année. Les activités partenaires, qu’il s’agisse de la production pour Nissan, de la coopération avec Geely au Brésil ou de la consolidation du site industriel commun en Inde, ont fortement soutenu le chiffre d’affaires ce trimestre, mais avec une rentabilité inférieure à la moyenne du groupe. Et le constructeur surveille les risques liés au Moyen-Orient sur les matières premières, l’énergie et la logistique. « À ce stade, nous ne voyons pas d’impact significatif, mais nous suivons la situation de très près », a prévenu Duncan Minto.

Dans ce contexte, Renault maintient ses objectifs annuels : une marge opérationnelle d’environ 5,5 % et un free cash-flow automobile d’environ 1 milliard d’euros. Le second semestre devrait se révéler plus solide que le premier, selon la saisonnalité habituelle.

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