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Renault tient sa marge à coups d'économies / Un soulagement pour les investisseurs

Renault n'échappe ni au recul des volumes ni à la hausse des coûts de production. Mais ses efforts d'économies lui permettent de maintenir ses ambitions de rentabilité, contrairement à plusieurs concurrents contraints de revoir leurs prévisions.
30/10/2026 - 11:15
Duncan Minto, directeur financier de Renault Group, jeudi, lors de la présentation des résultats trimestriels.
Duncan Minto, directeur financier de Renault Group, jeudi, lors de la présentation des résultats trimestriels.

Les investisseurs ne demandaient pas à Renault de faire des étincelles. Ils voulaient surtout éviter une mauvaise surprise. Et cela leur a suffi pour faire bondir son action de 6,9 % jeudi à la Bourse de Paris, une hausse à peine entamée vendredi matin. Un soulagement davantage qu'un enthousiasme, après les avertissements de plusieurs constructeurs sur l'accélération des pressions sur les coûts en fin d'année, souligne vendredi Deutsche Bank dans une note. La confirmation des objectifs annuels, déjà réitérés au Mondial de l'Automobile deux semaines plus tôt, était attendue. C'est surtout la confiance affichée par la direction dans sa capacité à maîtriser ses coûts qui a rassuré.

Car les performances du troisième trimestre n'ont rien de spectaculaire. Les ventes du groupe ont reculé de 6 %, à 497 799 véhicules. Le chiffre d'affaires a pourtant augmenté de 1,5 %, à 11,6 milliards d'euros, dépassant légèrement les attentes. Celui de l'activité automobile s'est maintenu à 9,8 milliards : l'effet négatif de la baisse des volumes, de 5,9 points, a notamment été contrebalancé par les ventes aux partenaires, l'amélioration du mix produit et les prix. Les revenus de Mobilize Financial Services ont, eux, progressé de 11 %, à 1,8 milliard. « Malgré des volumes plus faibles et sans forcer les ventes, nous avons maintenu le chiffre d'affaires automobile stable et fait progresser celui du groupe », résume Duncan Minto, directeur financier du groupe.

Une partie de ce recul est voulue. En Europe, les ventes aux particuliers ont progressé de 5 %, tandis que celles aux loueurs de courte durée et les véhicules de démonstration ont chuté de 18 %, alors que ce débouché progressait de 3 % sur le marché. Renault entend ainsi préserver les prix de revente de ses véhicules, qui restent de 5 à 13 points supérieurs à la moyenne du marché. « Nous estimons qu’un point de valeur résiduelle équivaut à environ un point de remise », rappelle le directeur financier. Mais cette stratégie ne suffit pas à expliquer le recul des volumes, également affectés par les difficultés de Dacia et la faiblesse de plusieurs marchés internationaux.


La bataille des marges


Mais alors, comment Renault peut-il maintenir ses marges face à l'accumulation des difficultés ? C'est la question qu'a posée jeudi Thomas Besson, analyste chez Kepler Cheuvreux, en dressant la liste des obstacles : baisse des volumes, concurrence chinoise, hausse des coûts de production et accélération de la demande électrique.

Renault vise pourtant toujours une marge opérationnelle d'environ 5,5 %, contre 5,1 % attendu par le consensus. « Le changement d'environnement a été plus spectaculaire entre le premier et le deuxième trimestre qu'au troisième », lui a répondu Duncan Minto. Les 600 millions d'euros de surcoûts liés aux matières premières et à l'inflation, dont 400 millions au second semestre, avaient déjà été intégrés aux prévisions dès février. L'effort n'en est pas moins réel : « Nous avons dû accélérer nos efforts sur les coûts variables comme sur les coûts fixes », reconnaît le directeur financier. Renault vise ainsi plus de 400 euros d'économies par véhicule et par an sur les coûts variables. Quant à la marge annuelle, elle devrait se situer « plutôt dans la moitié basse » de la fourchette de 5,3 % à 5,7 %.


L’électrique pèse, Dacia patine


La montée en puissance de l'électrique complique justement l'équation. Les ventes de véhicules électriques ont bondi de 84,7 %, pour atteindre 25,8 % des ventes de voitures particulières, mais leur rentabilité, bien que positive, reste inférieure à la moyenne du groupe. « À court terme, oui, elle restera dilutive, mais à mesure que nous avancerons sur les réductions de coûts et l’introduction de la nouvelle plateforme, cela s’inversera avec le temps », reconnaît Duncan Minto. À l'inverse, Dacia, dont la rentabilité est supérieure à la moyenne du groupe, souffre de son retard dans l'électrique. Ses ventes ont chuté de 12,8 % au troisième trimestre, faute d’offre suffisante au moment où le marché basculait. La marque compte sur la Sandero hybride, la nouvelle Spring et le Striker pour retrouver au quatrième trimestre des volumes légèrement supérieurs à ceux de la même période de 2025.


2027, le vrai test des coûts


C’est surtout 2027 qui concentre les interrogations. Les prix des matières premières, des mémoires et des composants électroniques devraient continuer de grimper, et Renault ne chiffrera leur impact qu’en février. La difficulté à absorber la hausse des coûts « persiste clairement dans les trimestres à venir », prévient Deutsche Bank. Oddo BHF se montre moins inquiet : avec une marge de 4,7 % attendue en 2027, le consensus anticipe déjà une dégradation de la rentabilité, ce qui « offre un certain coussin » face aux difficultés. Reste la concurrence chinoise, dont la pression sur les prix européens serait structurelle plutôt que conjoncturelle, estime le cabinet de recherche AlphaValue. Pour préserver sa rentabilité, Renault devra donc continuer à réduire ses coûts, tout en tirant parti du renouvellement de ses modèles et de ses partenariats industriels.

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