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Renault / Nissan / Luca de Meo

Renault en route vers son partenariat d’égal à égal avec Nissan / Au prix d’importantes concessions contre des compensations incertaines

La refonte de son alliance avec Nissan passera bien pour Renault par la baisse de sa participation de 43% à 15%, une perte de contrôle visant à donner naissance à un nouveau partenariat entre égaux. En échange de quoi le constructeur japonais investira dans Ampere, l’entité du Français dédiée aux véhicules électriques, mais dans des proportions et pour une valorisation encore inconnues.
Luca De Meo, PDG de Renault avec Jean Dominique Sénard, Président du conseil d'administration - Eric TSCHAEN/REA
Luca De Meo, PDG de Renault avec Jean Dominique Sénard, Président du conseil d'administration - Eric TSCHAEN/REA

Tout vient à point à qui sait attendre. Entamées au printemps 2022, les négociations entre Renault et Nissan sur la refonte de leur alliance s’approchent de l’épilogue, sans y être tout à fait, nécessitant encore l’approbation du conseil d’administration du groupe français. "Une étape majeure sur la définition des nouvelles bases" du partenariat entre les deux protagonistes a été franchie, a annoncé lundi le groupe dirigé par Luca de Meo.

Pierre angulaire de ces nouvelles fondations : la redéfinition du schéma capitalistique de l’alliance entre les deux constructeurs, vieille de plus de deux décennies. Comme déjà révélé dans la presse depuis plusieurs mois, Renault va réduire sa participation dans Nissan à 15%, contre 43,4% aujourd’hui, la ramenant à la même taille que la participation de Nissan dans son homologue français. Au passage, Nissan va récupérer les droits de vote dont il était privé jusqu’à présent. Un rééquilibrage visant à favoriser "l'accélération des gains d'efficacité opérationnelle " selon Renault. Façon optimiste de décrire ce qui constitue tout de même une perte de contrôle sur une entreprise que le constructeur hexagonal avait sauvé de la faillite en 1999. Mais une issue devenue inéluctable tant le sujet empoisonnait les échanges entre les directions des deux groupes depuis plusieurs années, la partie japonaise ne supportant plus la mainmise de son partenaire tricolore. Depuis en particulier que l’Etat français, à l’initiative du ministre de l'Économie de l'époque, Emmanuel Macron, s’était arrogé en 2015 des droits de vote doubles chez Renault, déséquilibrant l’alliance et alimentant un fort ressentiment chez le constructeur japonais. L’affaire avait déjà débouché à l’époque sur huit mois d’intenses débats pour trouver un accord dans lequel Nissan avait obtenu que Renault s’engage à ne pas interférer dans ses affaires.

A l’issue de tractations tout aussi difficiles, le constructeur français concède à présent bien davantage, faisant une croix sur sa participation majoritaire. L’accord annoncé prévoit que Renault et Nissan conserveraient donc une participation croisée de 15%, mais avec une obligation de conservation, cette contrainte étant censée inscrire ce nouveau partenariat entre égaux dans la durée.

Comme déjà dévoilé dans la presse également, Renault Group transférerait 28,4% de ses actions Nissan dans une fiducie française, où les droits de vote seraient "neutralisés" pour la plupart des décisions. Mais "la principale information nouvelle concerne la possibilité pour Renault de continuer à percevoir des dividendes sur ces 28,4%", notent les analystes d’UBS. Autre élément, Renault n'aurait aucune obligation de vendre ses actions dans un délai spécifique prédéterminé, se réservant le choix de donner instruction au fiduciaire de vendre ces actions uniquement si les conditions économiques lui paraissent "raisonnables". Au moins, " Renault a résisté à la pression de vendre aux niveaux actuels", relève ainsi Jefferies, le groupe se gardant la possibilité d’allouer ce capital de façon optimale, sans contrainte de calendrier.

En échange de ces importantes concessions, "Nissan va investir dans Ampere ", l’entité de Renault dédiée aux véhicules électriques. Le communiqué n’en révèle pas davantage, sans mentionner de valorisation, alors que la presse avait évoqué que Nissan pourrait envisager une participation d'environ 10 à 15%. Outre la question de la participation et de sa valorisation, le bras de fer entre les deux parties a largement concerné aussi la propriété intellectuelle des technologies de Nissan que Renault souhaite utiliser. Aucune information n’a encore filtré sur ce point, alors que Nissan a largement utilisé ce levier pour s'assurer que ses demandes pour une structure d'alliance plus équilibrée soient satisfaites.

Malgré le manque de précision, "nous restons convaincus que l'alliance peut fonctionner beaucoup mieux avec Renault détenant "seulement" 15% de Nissan qu'avec une participation de 43%", estime le cabinet Oddo-BHF. Ce dont les investisseurs ne semblent pas convaincus pour l’instant, l’action Renault chutant lundi de plus de 4%, à 36,6 euros.

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