Les ex-commissaires sous Barroso continuent de percevoir des indemnités astronomiques de l'UE
Voilà qui devrait encore abîmer l'image des hauts fonctionnaires européens en pleine montée de l'euroscepticisme et alors que les salaires colossaux payés par l'UE faisaient partie des arguments des partisans d'une sortie de la Grande-Bretagne de l'Union. Ainsi, selon une enquête dévoilée par le quotidien allemand Die Zeit, l'UE verse des montants astronomiques aux anciens commissaires de la promotion Barroso. Ce dernier, dont le départ chez Goldman Sachs a fait scandale, perçoit encore au moins 99 996 euros par mois de l'Europe, selon les calculs de Die Zeit. L'enquête du quotidien concerne 16 ex-commissaires, dont l'ancienne commissaire au climat Connie Hodegarrd et celui en charge de l'agriculture et désormais Premier ministre roumain, Dacian Ciolos.
Rien d'illégal cependant puisqu'une loi européenne de 1967 stipule que les commissaires sortants peuvent toucher entre 40% et 65% de leur ancien salaire de base, ce pourcentage dépendant de la durée de leur mandat : ainsi un commissaire qui aurait exercé moins de deux ans percevra 40% de son ancien salaire pendant trois ans, tandis qu'un fonctionnaire de l'exécutif européen qui serait resté 15 ans ou plus en poste, recevra plus de 65% de son ancienne rémunération. Preuve que cette mesure est tout de même assez choquante, la Commission a mis beaucoup de temps avant d'accepter de transmettre ces informations au Zeit, qui a dû menacer de traîner la Commission devant la Cour de justice de l'UE pour obtenir les données.
Ces indemnités transitoires avaient initialement pour but d'éviter que les commissaires commencent à postuler ailleurs avant la fin de leur mandat, et risquent ainsi d'être en conflit d'intérêts. Il reste que la durée du versement de l'indemnité et le montant en lui-même semblent disproportionnés au regard des nouveaux postes occupés par les anciens commissaires, qui ne mettent généralement que très peu de temps à se recycler. Même si le code de conduite européen prévoit une période de 18 mois durant laquelle les ex-hauts fonctionnaires doivent obtenir une autorisation s'ils souhaitent rejoindre le privé. Sachant que ces indemnités qui devraient permettre de rassurer les commissaires sur la suite de leur carrière, ne les empêchent généralement pas de postuler avant la fin de leur mandat : ainsi, Kristalina Georgieva, commissaire européenne à l'aide humanitaire entre 2010 et 2014, a fait campagne pour le poste de secrétaire général de l'ONU alors qu'elle était encore en fonction en Europe. Elle a finalement démissionné pour rejoindre la Banque mondiale, suscitant alors de vives critiques puisqu'il est officiellement interdit de postuler quelque part avant la fin d'un mandat de commissaire.
Les révélations du Zeit sont d'autant plus choquantes que la plupart des ex-commissaires continuent de toucher des indemnités alors qu'ils perçoivent par ailleurs d'importantes rémunérations au sein de leurs nouvelles fonctions. C'est le cas par exemple de Karel de Gucht, ancien commissaire au Commerce, qui perçoit encore 124 000 euros par an des caisses de la Commission, alors qu'il est depuis entré au sein du conseil d'administration d'Arcelor Mittal, et de celui de l'opérateur téléphonique belge Proximus, et travaille désormais pour le gestionnaire de patrimoine belge Merit Capital. Il est par ailleurs conseil pour le fonds de capital investissement CVC Capital. Le quotidien allemand estime ainsi que l'ex-haut fonctionnaire perçoit plusieurs centaines de milliers d'euros par an, sans compter donc ses indemnités de la Commission.
La situation de Connie Hedegaard, ex- commissaire européenne à l'Action pour le climat n'est pas très glorieuse non plus : son recrutement en avril dernier par l'entreprise danoise Danfoss, un groupe de solutions réfrigérantes dont l'action est clairement connue pour son impact néfaste sur l'environnement avait fait grand bruit. Elle a depuis rejoint le nouveau "conseil international de durabilité" de Volkswagen, et touche via ces deux fonctions plusieurs centaines de milliers d'euros par an, selon les calculs du Zeit. Enfin, Ferdinando Nelli Feroci, qui n'aura exercé que trois mois et demi en tant que commissaire aux industries et à entrepreneuriat, reçoit de son côté 99 996 euros par an !
Alors que le recrutement de José Manuel Barroso chez Goldman Sachs fait toujours grincer des dents, malgré sa validation par le comité d'éthique de l'UE, les révélations du quotidien allemand devraient être difficiles à encaisser pour la Commission. Qui pourrait devoir revoir la loi de 1967 afin d'éviter ce genre de situations et d'alimenter les critiques fréquentes sur les rémunérations des hauts fonctionnaires européens.
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