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Quel avenir pour la profession d’avocat ?

Maître Kami Haeri a rendu le 2 février son rapport sur le sujet au garde des Sceaux. Le document, qui s’appuie sur moult données chiffrées et 130 auditions, propose plusieurs pistes pour relever les défis de demain. Son auteur nous en parle.
Ministère de la Justice - Paris
Ministère de la Justice - Paris

Tout a commencé lors d’un dîner à la Chancellerie au cours duquel se sont rencontrés Kami Haeri, associé chez August & Debouzy, et Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice. De leurs discussions, notamment sur la situation des jeunes avocats, est née l’idée de la rédaction d’un rapport sur l’avenir de la profession. Kami Haeri pose alors ses conditions : il veut une liberté totale sur les thèmes abordés, que la commission soit paritaire et représente diverses activités que ce soit à Paris ou en Province. Après quatre mois de travail intense, le document a été remis le 2 février au ministre de la Justice. Surtout pas dogmatique, l’ouvrage se veut d’abord source de réflexion. Il propose diverses solutions pour répondre aux défis de demain. De par la diversité de leur nature et de leur niveau de complexité, ces propositions peuvent aussi bien être mises en place facilement dans le quotidien de chacun, que par l’Etat ou par les Ordres.

La commission s’est d’abord attachée à réunir le plus de données possible pour dresser un état des lieux chiffré et tordre le coup ou non aux idées reçues. Parmi les constats heureux : la profession d’avocats est attractive et productive. Alors que le nombre de défenseurs a presque doublé en 20 ans (passant de 29 368 avocats en 1995 à 58 596 avocats en 2014), les bénéfices générés collectivement par la profession sur la même période ont triplé (1,5 milliard d’euros à 4,4 milliards d’euros), souligne le rapport. Ainsi, même s’il y a plus d’acteurs qu’auparavant, la source de dossiers ne se tarit pas, au contraire.

Néanmoins, toutes les données recueillies ne permettent pas d’expliquer de manière précise pourquoi les experts quittent parfois la robe (opportunités professionnelles, volonté de se dégager du temps etc.). On sait en revanche que 76% d’hommes ayant prêté serment en 1996 sont toujours avocats 20 ans plus tard, contre seulement 63% des femmes. « Nous avons un vrai problème de connaissance de nous-mêmes. Il faut que nous ayons notre propre INSEE. On ne peut pas prendre de décision sans savoir de quel constat on part », insiste Kami Haeri.

En revanche, d’autres observations sont beaucoup moins agréables : les inégalités sont nombreuses, notamment entre les hommes et les femmes. Il ressort du rapport d’activité 2015 de la CNBF (Caisse nationale des Barreaux français) que le revenu moyen des avocates sur toute leur carrière, en France, « est de 51% celui des hommes ». Or le sexe dit faible est représenté dans tous les secteurs d’activités. « L’inégalité entre les hommes et les femmes est un signal très préoccupant et une situation aussi injuste qu'inacceptable. D'ailleurs, la féminisation de notre profession n’a pas réglé le problème », commente Kami Haeri, qui prône également la diversité de manière globale.

Pour nourrir leurs travaux, les experts ont aussi conduit 130 auditions. Ils ont interrogé aussi bien des chercheurs, que des jeunes avocats ou des représentants de syndicats. Parmi les sujets à prendre à bras le corps, celui de l’enseignement. Kami Haeri défend notamment la fin des cours en amphithéâtre. « Il faut que les enseignants apprennent à enseigner. Le meilleur remède est de créer des petits groupes qui permettent de meilleurs échanges », explique-t-il. Il pense également qu’il faut faire comprendre aux jeunes ce que l’on attend d’eux dès leurs études, à savoir une appétence pour le développement, le management etc. En outre, « il faut que les universités, mais surtout la profession, les apaisent sur leurs choix académiques. Les jeunes pensent que s’ils y choisissent une voie, ils devront rester dans cette activité. On a trop développé en France une forme de déterminisme des parcours alors qu’il y a une flexibilité à l’intérieur de la profession ».

Toujours sur la formation, le document propose un « parcours du jeune avocat » entre la première et la cinquième année, permettant à celui-ci d’acquérir les savoir-faire les plus utiles en matière de développement personnel et de gestion de la carrière. Le rapport n’a pas non plus fait l’impasse sur les nouvelles technologies. Il propose de créer dans les Barreaux des espaces de travail collaboratifs s’inspirant des aménagements et de l’ergonomie rencontrés dans les jeunes entreprises innovantes (espaces de co-working, forte connectivité etc.).

Pour terminer sur le digital, Kami Haeri pointe du doigt les opportunités offertes par cette nouvelle ère, dorénavant numérique. « Nous devons accepter l'idée que désormais une partie de notre travail soit standardisée et que les clients ne veuillent plus payer autant qu’avant pour ce qu’ils considèrent aujourd’hui comme une information accessible ou des prestations ayant une valeur ajoutée moindre. On peut parfaitement développer ce type d'offres à destination de celles et ceux qui ont des ressources limitées, et qui n’auraient de toute façon pas consommé de droit autrement ».

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