Soupçons sur le directeur général de Barclays
Il ne fait pas bon de vouloir savoir qui se cache derrière un lanceur d’alerte. Barclays et son directeur général, Jes Staley, en savent quelque chose. La banque a en effet annoncé ce matin qu’ils étaient tous les deux sous le coup d’une enquête pour avoir tenté d’identifier un lanceur d’alerte. Ouverte conjointement par le régulateur financier du Royaume-Uni (Financial Conduct Authority) et par le régulateur bancaire (Prudential Regulation Authority), l’enquête serait aussi menée avec le département des services financiers de New York, selon Bloomberg. La banque est ainsi mise en responsabilité sur ses procédures de contrôle pour garder le secret de l'identité d'un lanceur d’alerte parmi ses employés. S’il est ainsi reconnu que l'établissement a violé la loi, des amendes pourront être prononcées à l'encontre de Barclays.
Jes Staley, lui, est suspecté d’avoir essayé d’identifier l’auteur d’une lettre envoyée en juin 2016, soulignant des inquiétudes « de nature personnelle », concernant un cadre qui venait d’être recruté. La banque, par la voix de son conseil d’administration, explique ainsi que le patron ignorait que le droit britannique ne l’autorisait pas à chercher et retrouver l’identité d’un lanceur d’alerte, qui d’ailleurs n’a pas été, à ce jour, identifié. Le cabinet d’avocats Simmons&Simmons, note ainsi que Jes Staley croyait « honnêtement mais par erreur » qu’il était possible d’identifier l’auteur de la lettre. Et pour montrer sa bonne volonté, Barclays indique dans son communiqué de presse, qu’elle va revoir la part variable de la rémunération de son directeur général, sans pour autant donner de montant précis avant la fin de l’enquête. En 2016, il avait touché au total 4,2 millions de livres dont 1,3 million de bonus.
De son côté, Jes Staley a présenté ses excuses au conseil d’administration, reconnaissant que ses "actions personnelles dans cette affaire constituaient des erreurs de (sa) part". Entré dans la banque fin 2015, Jes Staley est l’un des maillons forts de l'établissement qui, après avoir renouvelé le management et réorienté la banque sur ses métiers stratégiques, a redonné ses lettres de noblesses à l’institution britannique. Il est donc difficile d’imaginer une sanction plus expéditive qu’une revue à la baisse de son salaire.
En Grande-Bretagne, comme désormais en France, les lanceurs d’alerte sont très protégés par la loi. "Vous êtes un lanceur d’alerte si vous êtes un employé et que vous rapportez certains méfaits, qui portent atteinte à l’intérêt collectif", explique ainsi le site du gouvernement britannique. "En tant que lanceur d’alerte, vous êtes protégé par la loi -vous ne pouvez être traité injustement ou perdre votre emploi, parce que vous avez "donné le coup de sifflet"", continue le site. Il n’est pas indiqué noir sur blanc que l’employeur ne doit pas chercher à identifier le lanceur d’alerte, mais cela semble tomber sous les sens à partir du moment où rien ne peut être engagé contre cette personne. En France, la loi Sapin 2 de décembre 2016 instaure aussi un statut de lanceur d’alerte avec toutes les conditions nécessaires au secret de son identité et sa protection juridique. Un changement de paradigme qu'il faudra analyser une fois cette loi entrée dans les moeurs des entreprises.
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