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Feuilleton de l'été

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PROMOTION SENGHOR DE L'ENA: Cornelia Findeisen : une énarque allemande à la mairie de Bayrou

Naturalisée française quelques années après sa sortie de l'ENA, cette originaire de la Rhur, passée par le ministère de l'Environnement et la communauté urbaine de Dunkerque, oeuvre désormais à la mairie de Pau, en tant que directeur général adjoint de la politique et des services publics de proximité.
Cornelia Findeisen
Cornelia Findeisen

En 2004, alors qu'Emmanuel Macron est encore inconnu des médias et du grand public, Cornelia Findeisen fait l'objet d'une pleine page dans Libération. Motif ? Cette allemande, âgée de 29 ans et fraîchement diplômée de la promotion Senghor à l'ENA, a obtenu une dérogation de l'Etat pour rester travailler au service de l'administration française. Si de nombreux étrangers suivent la scolarité de la prestigieuse école, le cas de figure ne s'était jusque-là jamais présenté. Cornelia n'a depuis plus quitté l'Hexagone, devenu son pays d'adoption, qu'elle a d'ailleurs parcouru du Nord au Sud au gré de ses différents postes dans le public.

Le parcours de cette femme native de Bochum, en plein coeur de la Rhénanie, n'est pas classique. Cornelia arrive à Paris à 18 ans pour faire un DEUG d'arabe à la Sorbonne après avoir découvert et appris le Français lors de chantiers d'été de l'UNESCO en Algérie et au Maroc. La jeune allemande obtient ensuite un DESS en commerce international et devient consultante pour la filiale française d'un groupe allemand. C'est un peu par hasard, en tombant sur un appel à candidature publié dans die Zeit, qu'elle décide de tenter sa chance à l'ENA, sans vraiment penser que cela aboutirait. Lorsqu'elle apprend qu'elle est admise, elle démissionne, à la grande surprise de son patron de l'époque, qui ne comprend pas vraiment sa démarche. "Je suis entrée plus par curiosité intellectuelle, en me disant qu'on verrait bien ce que cela donnerait. Et je ne prenais pas beaucoup de risque puisque l'Etat allemand me finançait pendant deux ans l'équivalent d'un bon salaire", explique Cornelia. A l'ENA, elle est déléguée de la promo des étudiants étrangers et sympathise notamment avec Stéphanie Seydoux, également déléguée de promo et aujourd'hui cheffe du service des droits des femmes. Cornelia avoue en revanche ne pas avoir un souvenir très précis d'Emmanuel Macron. "Je connais mieux Emmanuel depuis qu'il est Président par ce qu'en disent les journaux, qu'à l'époque de l'ENA", plaisante son ancienne camarade de promo.

Des ministères à la ville de Dunkerque

En 2004, elle obtient donc le droit d'intégrer l'administration française et entre au ministère de l'Environnement, où elle est initialement embauchée pour s'occuper des relations avec l'Allemagne, avant de devenir chef de la délégation au comité allemand de la commission alpine. Un poste qui lui sied à merveille, où sa nationalité germanique lui permet de mener des négociations de couloir avec l'Allemagne pour le compte de la France et où elle travaille en direct avec le ministre de l'époque, Serge Lepeltier. Cornelia Findeisen se souvient de situations cocasses où elle négocie au nom de l’Etat et parfois contre son propre pays d’origine, alors qu'elle n'a pas la nationalité française. La demander finit par lui apparaître comme une évidence, après déjà plus de huit ans dans l’Hexagone et alors que la jeune femme a épousé un informaticien lorrain à sa sortie de l'ENA. "Je ne voulais pas être naturalisée par mariage mais pour moi-même, par décret et que l'Etat français décide que 'Cornelia méritait la nationalité'", se rappelle cette désormais quadra franco-allemande.

Cornelia Findeisen intègre ensuite le ministère de l'Equipement, et retourne à cette occasion sur les bancs de l'ENA pour un cycle de formation continue. Elle y rencontre le sénateur et maire de Dunkerque de l'époque Michel Delabarre, qui lui propose un poste à la communauté urbaine de la ville pour s'occuper de l'international et des partenariats. L'énarque, qui n'a visiblement pas peur de prendre des chemins de traverse, accepte, après avoir passé un week-end à Dunkerque en famille pour découvrir un peu la région. "Je n'y connaissais rien aux collectivités mais je me suis dit 'pourquoi pas'", explique-t-elle. Elle déménage alors de Paris avec ses deux filles et son mari, et part pour la ville du Nord, dont elle vante les villas malouines, les plages de sable fin et les 100 heures d'ensoleillement par an, "plus qu'à Paris", plaisante-t-elle. Après s'être occupée de grosses réformes internes et avoir développé de nombreux partenariats, la jeune femme quitte le Nord quatre ans plus tard, juste avant la débâcle aux législatives du maire PS. Elle déménage pour Saint-Etienne où elle rejoint le conseil départemental de la Loire, alors aux mains de l'UMP. "ll est possible de faire dans les couleurs politiques différentes, même si les emplois fonctionnels rendent ce type de changement de postes plus difficile. Pour ma part, je n'ai pas d'église de rattachement", explique la franco-allemande, dont la famille est plutôt de culture et de tradition de gauche.

Un incubateur de start-up pour la ville de Pau

Depuis 2015, elle a d'ailleurs rejoint une ville d'un autre bord politique, puisqu'elle oeuvre désormais pour le célèbre fief de François Bayrou, à Pau, comme directeur général adjoint de la politique et des services publics de proximité. "J’ai pris mes fonctions au moment où François Bayrou s'est installé. L'arrivée d'un nouvel exécutif est très appréciable parce qu'il n'y a pas de problème de copinage : tout est refait à neuf et les choses bougent très vite", raconte Cornelia Findeisen. Qui dit avoir toujours vu d'un bon oeil les ambitions politiques nationales de François Bayrou, estimant que la ville de Pau serait pour lui une carte de visite à faire valoir. "En deux ans à Pau, j'ai pu faire des choses que je n'aurais pas eu la liberté de faire en cinq six ans dans une autre ville". Celle qui est désormais responsable de 1300 agents en direct, a trouvé là un poste à sa mesure, qui lui permet de façonner véritablement sur le territoire et d'avoir une influence directe sur la vie des palois et des habitants de la région. Depuis six mois, la franco-allemande est sur un nouveau gros chantier pour la ville de Bayrou: un incubateur de start-up basé à Pau et destiné à développer la digitalisation de l'offre des services publics à la personne, cofinancé par le groupe La Poste  et la ville de Pau. A la différence des autres énarques de la filière classique, Cornelia n'est pas titularisée et n'a donc pas la garantie de la fonction publique à vie. Une liberté que cette femme qui a la bougeotte apprécie, même si cela lui demande de toujours bien anticiper la suite de sa carrière. Elle se dit prête à déménager pour une autre région, même si elle aimerait voir aboutir son projet de start-up studio palois !

A lire aussi, les précédents portraits de notre série d'été:

Aurélia Lecourtier-Gégout, une femme au service de la société

Sébastien Veil, un passionné d'action publique passé dans le private equity


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