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Le grand retour de Total en Iran

La compagnie pétrolière a confirmé ce matin les informations du ministère du pétrole iranien concernant la signature d'un accord de principe pour le développement d'un immense champ gazier dans le Golfe persique. Le pays de 80 millions d'habitants représente une aubaine pour les entreprises occidentales depuis la levée des sanctions, même si des obstacles gênent encore les relations commerciales.
Pétrole Iranien Iran
Pétrole Iranien Iran

Total a de nouveau franchi les frontières de l'Iran, six ans après son départ du pays, suite aux sanctions décidées par le Conseil de l'ONU en 2010. La compagnie pétrolière française a ainsi annoncé ce matin dans un communiqué, qu'elle avait signé un protocole d'accord avec Téhéran en vue de développer la phase 11 de South Pars (SP11), le plus grand gisement de gaz naturel au monde. Dans les années 2000 déjà, Total avait développé avec succès les phases 2 et 3 de ce champs gazier, situé à cheval entre les eaux territoriales du Qatar et de l'Iran, dans le Golfe persique. L'annonce de Total aujourd'hui marque en tout cas le retour de l'Iran sur la scène commerciale internationale, puisque c'est le premier accord conclu par le pays avec une entreprise occidentale depuis la levée des sanctions en janvier 2016.

Selon Total, la capacité de production du projet sera de 1,8 milliard de pieds cube de gaz par jour, soit 370 000 barils équivalent pétrole par jour et sera destinée à alimenter le réseau iranien. Ce projet titanesque sera partagé par la compagnie nationale chinoise CNPC, qui en sera opératrice et actionnaire à hauteur de 30%, et par Petropars donc (19,9%), filiale à 100% de la compagnie nationale iranienne NIOC. Total sera de son côté actionnaire majoritaire et opérateur à hauteur de 50,1%. Le contrat n'est pas encore signé et les partenaires devront d'abord engager des négociations exclusives afin de finaliser un contrat définitif d'une durée de 20 ans, dans le cadre de l'Iranian Petroleum Contract approuvé récemment par le parlement iranien.

Le développement de SP 11 devrait se faire en deux phases, souligne la compagnie pétrolière ce matin : la première d'un montant de 2 milliards de dollars équivalents, consistera en la construction de 2 plateformes, 30 puits et deux lignes de connexion à des installations de traitement à terre existantes. Le montant de la deuxième phase n'a pas encore été chiffré mais prévoit la mise en place d'installation de compression offshore. Total a en tout cas indiqué qu'il préparait déjà le terrain et allait déjà engager des travaux d'ingénierie et initier les procédures d'appels d'offre nécessaires au développement du projet, afin que les contrats de construction puissent être attribués dès la signature du contrat définitif.

Si Total est bien la première société occidentale à oser franchir le cap et signer un protocole officiel avec Téhéran, d'autres entreprises ont tout de même entamé des discussions informelles depuis janvier et la fin des sanctions, souhaitant à tout prix profiter de ce grand marché de 80 millions d'habitants. Selon les estimations de l'assureur Euler Hermès, le rétablissement des relations commerciales avec l'Iran pourrait ainsi entraîner une hausse des exportations françaises de 1,3 milliard d'euros sur les deux prochaines années. Orange l'a bien compris et avait annoncé en septembre dernier être en pourparlers avec Mobile Telecommunication Company of Iran (MCI) en vue d'une coopération commerciale et technique avec l'entreprise iranienne, premier opérateur téléphonique du pays.

Plusieurs sociétés françaises seraient également intéressées par la modernisation du système d'irrigation de l'immense lac salé Ouroumieh situé au Nord du pays et en voie d'assèchement. La ministre de l'environnement Ségolène Royal s'était d'ailleurs rendue en Iran début septembre avec notamment les patrons de Suez, Engie et Veolia Water Technologies pour rencontrer les acteurs locaux.

Il reste cependant de nombreux obstacles au rétablissement de relations commerciales "normales" avec l'Iran. A commencer par celui du problème du financement côté occidental, puisque la plupart des grandes banques sont encore réticentes à retourner dans le pays, marquées par le cuisant souvenir des amendes imposées par la SEC pour violation de l'embargo. D'autant que malgré le processus de démocratisation du pays, les Gardiens de la Révolution, inscrits sur la liste américaine des organisations internationales considérées comme terroristes, contrôlent encore une bonne partie de l'économie iranienne. Total pourrait cependant avoir brisé un tabou avec la signature de ce protocole, même si les négociations risquent d'être encore longues avant d'aboutir au contrat. Et devrait inciter d'autres entreprises téméraires à lui emboîter le pas. 

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