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Les conseils du think-tank Bruegel à Moscovici
Si tout se passe comme prévu, Jean-Claude Juncker devrait dévoiler d’ici la fin de la semaine l’attribution par poste des futurs commissaires européens. Le choix sera sans doute difficile et la surenchère pour les postes économiques continue de croître, à quelques jours du verdict. Si Pierre Moscovici est effectivement nommé comme remplaçant d’Olli Rehn, il devrait dès à présent lire la note publiée par le think-tank Bruegel, à l’attention du futur commissaire aux Affaires Economiques. D’importants défis attendent en effet le prochain commissaire, selon les chercheurs du Bruegel : certes, la zone euro a surmonté la douloureuse crise de la dette et le risque d’implosion est derrière elle, certes des réformes structurelles sont progressivement en train d’être mises en place et l’union bancaire devrait voir le jour cet automne. Mais le futur commissaire devra tout de même affronter un continent à la croissance anémique et au taux de chômage élevé. Le principal défi du remplaçant d'Olli Rehn sera surtout d’inciter les Etats à poursuivre leurs politiques d’ajustement fiscal, en dosant le bon degré d’exigence pour ne pas laisser les déficits s’emballer mais permettre aux Etats de retrouver de la croissance sans étouffer leur économie.
S’adressant directement au futur commissaire tout au long de la note, les membres du think tank expliquent : « vous serez confronté à un très gros challenge si certains Etats dévient de leur trajectoire fiscale et aurez alors trois possibilités : être courageux et imposer des sanctions au mauvais élève même si aucun prédécesseur ne l’a jamais fait, au risque d’entraîner des disputes entre Etats. Ouvrir la boîte de Pandore des renégociations des cadres fiscaux qui ont été décidés au niveau européen, au risque de décrédibiliser la solidité économique de l’UE sur les marchés. Ou trouver un moyen un peu vague de ne pas imposer des sanctions ». Le futur commissaire sera très rapidement confronté à ce triple choix vu le contexte économique de certains pays, à commencer par la France. L’Hexagone devrait en effet demander un nouveau report de son objectif de 3% de déficit à 2017, et il reviendra au commissaire de trancher sur le sujet.
Dans ce contexte, le think tank adresse cinq recommandations pour que le commissaire aux Affaires Economiques mène à bien sa mission. D’une part, il devra s’efforcer de faire pression sur les Etats pour qu’ils poursuivent sans relâche leurs réformes structurelles. « Il n’est pas étonnant que la croissance de la zone euro soit si faible quand on voit le temps que les Etats mettent à régler leur lourdeur administrative, à déréguler leurs marchés du travail, à mettre en place des lois protectionnistes qui nuisent à la compétitivité » regrettent les chercheurs. Le commissaire devra également «exiger que les règles fiscales soient respectées ». Sans quoi la Commission perdrait sa crédibilité et cela gênerait toute tentative future de créer une réelle union fiscale. En contrepartie, le commissaire devra s’efforcer de faire valoir une politique de soutien à la demande afin de relancer la croissance. Puisque sans croissance, les Etats ne pourront remplir leurs objectifs fiscaux. Selon les chercheurs, le programme d’investissement européen devra porter en priorité sur le financement d’un vaste réseau d’énergie. Autre recommandation au commissaire: inciter la Banque centrale européenne à prendre des mesures pour faire remonter l’inflation. Une hausse des prix permettrait en effet aux Etats les plus retardataires d'alléger leur endettement.
«Vous devrez aussi vous préparer à une résurgence de la crise », alertent les chercheurs. Selon eux, si l’inflation et la croissance restent à leurs niveaux actuels, il est évident que la zone euro sera de nouveau la cible d’attaques financières. Mieux vaut envisager à une telle éventualité et ainsi préparer des instruments de crise adaptés plutôt que de gérer la situation dans la hâte, estiment-ils. En cas de nouvelle crise, le Bruegel estime enfin qu'il conviendra de redéfinir les compétences de la Troïka : le mécanisme européen de stabilité devra ainsi devenir un réel fonds européen monétaire sur le modèle du FMI, la BCE ne devrait plus être impliquée dans la gestion des crises des Etats, car cela engendrerait de potentiels conflits d’intérêts. Enfin les parlements nationaux devraient avoir leur mot à dire une fois les décisions prises par la Troïka.
La liste des tâches qui attendent le commissaire est donc très longue. Surtout, les chercheurs estiment qu’aucun laxisme à l’égard des Etats ne sera toléré. Voilà pourquoi Pierre Moscovici devra adapter son discours, lui qui estime que les politique de rigueur ont fait long feu en Europe.
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