Evenements / Restructurations
Evenements
Restructurations
Ascometal : le coût exorbitant de l’offre française
On connaît le penchant du gouvernement à favoriser les reprises des entreprises en redressement judiciaire par des candidats français, surtout lorsque l’on parle de l’ancienne filiale d’Usinor, devenue Arcelor puis ArcelorMittal. Le commissaire au redressement productif Mathieu Aufauvre n’a ainsi pas hésité à se fendre d’une lettre adressée au procureur lundi, pour indiquer son soutien à l’offre remise par Frank Supplisson, ex-directeur adjoint du cabinet de Christine Lagarde, associé à des industriels français. Soutien relayé par la région Lorraine, qui ferait un chèque de 3 millions d’euros. Un bon coup de pouce de dernière minute, alors que l’audience de présentation des deux offres améliorées a lieu aujourd’hui au tribunal de commerce de Nanterre.
Il est vrai que le dossier de Frank Supplisson a un atout non négligeable : il propose de reprendre davantage d’emplois, à savoir 1823 postes sur les 1911 que compte l’entreprise aujourd’hui, ce qui lui a assuré l’appui des organisations syndicales. Artisan du projet via sa holding Sparkling Industry, Frank Supplisson ne serait néanmoins qu’un actionnaire minoritaire avec 5% du capital. Il s’appuie notamment sur EPI (Européenne de Participations Industrielles), la holding de la famille Descours fondatrice du groupe Vivarte, qui prendrait un peu pus de 17% du capital avec 10 millions d’euros, et le sidérurgiste Ovako, qui met 5 millions sur la table pour 8,6% des parts.
En réalité, les deux plus importants actionnaires sont deux financiers : les fonds DK et Warwick, qui abondent chacun 12,5 millions d’euros pour obtenir 21,4% du capital. Et ces derniers sont à la manœuvre du côté de la dette : sur les 140 millions d’euros de crédit, l’affacturage représente 100 millions et chaque prêt des financiers 20 millions chacun. Or, les conditions de ces prêts sont usurières : une maturité à sept ans à un taux annuel de 7%... « avec intéressement à maturité de 9% l’an capitalisé », soit 16% au total ! Une rémunération sans aucun rapport avec le prêt de 35 millions d’euros de l’Etat via le FDES (Fonds de Développement Economique et Social), qui rémunère à l’Euribor 3 mois + 650 pb, soit un taux de 6,857%.
Reste l’offre alternative du brésilien Gerdau, numéro un de la sidérurgie sur le continent américain, qui ne reprend que 1583 emplois en fermant deux sites et promet 166 embauches, mais avance 230 millions d’euros de lignes de crédit et promet d’investir 150 millions d’euros sur cinq ans (contre 125,3 millions pour celle de Frank Supplisson). Plus fiable financièrement, la candidature est d’ailleurs favorisée par l’administrateur judiciaire Francisque Gay. Mais Arnaud Montebourg compte sur son dernier coup de pression politique pour imposer un candidat auprès des juges consulaires.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

