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Bpifrance / Nicolas Dufourcq
L’année 2026 vue par… Nicolas Dufourcq /
Directeur général de Bpifrance
De quelle manière les droits de douane américains et l’accroissement du secteur manufacturier chinois sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ? Comment anticipez-vous leurs impacts sur vos activités ?
L’industrie européenne est menacée par les surcapacités et l’avance technologique chinoises. Certains pays comme l’Espagne et la Hongrie peuvent espérer attirer des investissements chinois, mais ce ne sera pas le cas général, d’autant plus que la Chine cherchera à diviser les 27 en punissant ceux qui pousseront pour le relèvement des barrières douanières. L’exigence de contenu local, dans ce contexte, est fondamentale. La communication de la Commission le 28 janvier sera politiquement essentielle. Elle peut être un point de départ pour un sursaut, ou une nouvelle étape dans le déni.
Malgré les tensions géopolitiques, les entreprises du CAC 40 ont délivré des performances solides au cours des derniers trimestres, grâce notamment à leur présence géographique diversifiée, et en particulier dans les pays émergents. Ces pays sont-ils devenus le nouvel eldorado de croissance des entreprises françaises et comptez-vous accélérer votre présence sur ces territoires cette année ?
Oui. Les pays d’Asie sont un eldorado. Ils sont les seuls à croître encore entre 3 et 5 % par an. Il est indispensable de s’y projeter. Nos multinationales le font, mais ça n’est pas le rapatriement de dividendes qui finance notre modèle social. C’est l’export.
Les rapports Draghi, Noyer, Letta, bien que montrés en exemple, ne se sont traduits à ce jour que par peu de réformes concrètes en Europe, malgré la longueur du temps législatif. Quels sont pour vous les chantiers prioritaires à mener pour que l’Europe ne soit plus un marché mais redevienne une industrie ?
Culturellement l’Europe doit poursuivre son aggiornamento. La culture du risque n’est pas là. Dans la Tech, les grands preneurs de risques restent les États. Le secteur privé doit prendre sa part. Il n’est pas normal que les entreprises européennes les plus risquées soient obligées de dépendre de fonds américains, émirati ou chinois. L’épargne européenne est défaitiste sur l’Europe et s’investit massivement dans la tech américaine. Si cela ne change pas, nous n’y arriverons jamais.
La Commission européenne a entamé une révision des directives relatives au contrôle des concentrations : quels seraient, selon vous, les facteurs à prendre en compte lors des examens par Bruxelles d’une opération de concentration (gains d’efficience, propositions de remèdes comportementaux, etc.) ? Cette stratégie vous semble-t-elle suffisante pour permettre à la politique de concurrence européenne d’être mieux adaptée aux entreprises, ou d’autres de ses aspects et caractéristiques vous semblent préjudiciables pour la compétitivité des acteurs européens ?
Il faut surtout que Bruxelles ne se laisse pas impressionner par les rodomontades américaines. Si nous n’avons pas en Europe d’industrie du digital, pas de GAFAM, c’est aussi parce que les géants américains ont pratiqué des politiques ultra prédatrices dans les années 2000 et 2010 contre lesquelles l’Europe ne nous a pas protégé. Cette fois-ci il faut tenir bon.
L’intelligence artificielle produit-elle déjà des effets sur vos activités, vos marchés et votre entreprise ? Dans quelle mesure anticipez-vous ses effets futurs sur votre compétitivité (réduction de coûts, gains de productivité…) ?
L’IA va avoir des conséquences en chaîne sur le monde des cols blancs. Il faut s’y préparer.
Comment anticipez-vous l’instabilité politique française avec ses conséquences éventuelles notamment en matière fiscale et sociale sur vos activités ?
La France vit de plein fouet la crise de son État providence et les impasses de son imaginaire d’État protecteur aux ressources illimitées. C’est une étape très difficile de son Histoire, comme elle en a vécu d’autres. L’instabilité politique est la traduction parlementaire de ce moment critique.
Depuis cinq ans la productivité est en baisse régulière en France, comment appréciez-vous celle-ci dans votre groupe et quels impacts cela peut-il avoir en termes d’emplois ?
La productivité de Bpifrance est stable à haut niveau.
En vue de l’élection présidentielle française de 2027, les ébauches de programme des candidats pourraient être dévoilées l’année prochaine. Par ordre d’importance, quelles seraient les trois mesures à adopter pour muscler le potentiel de croissance de l’Hexagone ?
Réformer les retraites, reformer l’assurance maladie, relancer le logement.
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