Feuilleton de l'été / Natixis CIB / Prévisions / Macro-économie
Feuilleton de l'été
Natixis CIB / Prévisions / Macro-économie
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Hadrien Camatte, économiste senior France, Belgique et zone euro chez Natixis Corporate & Investment Banking
Hadrien Camatte est très vite tombé dans la marmite de l’économie. Il n’était pourtant pas prédestiné à cela avec des parents ayant pour profession conservateur de musée et kiné. Déterminé à faire sien un métier qui lui permette d’analyser la conjoncture économique et d’aider à la décision dès le lycée, grâce à des lectures d’articles de Jean-Paul Fitoussi ou Patrick Artus, il se tourne "logiquement vers une prépa HEC, j’ai eu la chance dans ma petite province d’avoir d'excellents professeurs qui m’ont poussé dans cette voie-là ". À l’issue de ses années à Sophia-Antipolis puis Gap, il intègre l’école supérieure de commerce de Reims et s’aperçoit qu’entre ses aspirations et la formation qui lui est dispensée, tout n’est pas parfaitement aligné.
Rentrer par la fenêtre
C’est le moins qu’on puisse dire, il débarque à Reims "en pensant qu’en école de commerce on faisait de l’économie, je me suis pourtant retrouvé à faire du droit, du marketing ou de la gestion. J’ai dû très vite préparer un plan de bataille pour ne pas abandonner mes envies initiales. Je décide alors d’aller jusqu’au bout de la formation et de préparer l’avenir en effectuant une alternance en audit". Un choix qui lui permet alors d’arriver " à la fin de mes années d’école sans être endetté et qui a été très formateur en termes d’exigence, de rigueur et de rythme de travail. J’étais alors l’un des plus jeunes collaborateurs d’Ernst & Young (EY) ".
L’économiste nous confie néanmoins aujourd’hui être marqué " par le grand nombre de possibilités données par les écoles de commerce. J’ai notamment bénéficié des conseils de Maxime Sbaihi, économiste passé par l’ESCP à l’époque. J’ai une phrase en tête qui m’a guidé : si tu ne rentres pas par la porte, passe par la fenêtre et je m’efforce de continuer de la pratiquer". Il connaît dès la fin de l’école des expériences qui vont être bien plus conformes à ses rêves de jeunesse. C’est notamment le cas lors d’un stage chez Crédit Agricole Corporate & Investment Bank sous la supervision de Frederik Ducrozet, une opportunité auprès d’un spécialiste de la Banque centrale européenne qui le "conforte dans ce que je veux faire, ça me confirme que le métier d’économiste est utile et varié (analyse, présentations, aide à la décision, pédagogie, etc.)".
Incubateur d’économistes
Pas question pour autant de rejoindre immédiatement le monde du travail, il confie pourtant avoir "eu des propositions pour continuer en CDI, j’ai choisi d’aller me former durant une année à l’économie quantitative et l’économétrie à Nanterre.". Sous la houlette inspirante de Valérie Mignon, il parvient à décrocher un stage à l’Insee qu’il décrit comme "marquant à tout point de vue que ce soit par la qualité des collègues ou par les questions de prévisions et de conjonctures concernant l’Italie sur lesquelles j’ai été amené à travailler ". La qualité de ses supérieurs hiérarchiques a également marqué celui qui faisait ses premières armes d’économiste, il se souvient notamment de Laurent Clavel désormais chez Axa ou encore d’Étienne Chantrel lequel a notamment œuvré aux côtés d’Arnaud Montebourg ou encore Emmanuel Macron.
Il emprunte alors en 2014 une passerelle qu’il décrit comme "assez naturelle vers le Trésor ", plutôt que de rejoindre Morgan Stanley à Londres, un choix toutefois "difficile". Le Trésor est un véritable "incubateur d’économistes" dit-il, ajoutant qu’il "ne regrette pas une seconde mon choix car durant deux ans et j’ai eu la sensation qu’on y avait le pouvoir d’y servir la France dans un environnement extrêmement stimulant".
Au cœur du réacteur de la politique monétaire
Alors qu’il aurait pu y rester six années, il partira en 2016 pour occuper un poste d’économiste France à la Banque de France. Un choix motivé notamment par l’attrait pour l’univers des Banques Centrales et les questions de politique monétaire. Nous sommes alors en 2016 et il va alors être marqué par "une figure importante dans mon parcours, celle de Jean-François Ouvrard. J’en garde encore aujourd’hui l’image d’un chef exemplaire qui tire ses équipes vers le haut et les a considérablement fait progresser. Ce fut une très belle période durant laquelle j’ai beaucoup appris".
Après des années à recevoir des précieux conseils, il considère que c’est "à ce moment-là que je suis peu à peu devenu le pilier d’une équipe et ai étendu mon champ de compétences en changeant d’équipe pour suivre l’économie allemande et la Zone euro ". De quoi lui permettre de se mettre à former les plus jeunes, Hadrien Camatte nous confie que "sur les cinq années passées à la prévision, il m’aura fallu deux à trois ans pour être à même de restituer ce que j’avais reçu". La prévision s’effectue généralement en binôme, tels Batman & Robin. On commence en tant que Robin et avec le turnover de 3 à 5 ans, on finit par devenir Batman. C’est aussi comme cela que naissent de belles amitiés.
Bipède
Après un peu moins de 5 ans passés à la prévision, direction la salle des marchés de la Banque de France. L’économiste n’occupe pas pour autant un rôle de trader mais de "vigie des marchés ". Devenu responsable d’une équipe de huit personnes en charge du monitoring de marché après un an passé dans la salle, son rôle est d’être " les yeux et les oreilles des marchés " pour la direction de la Banque. Avec son équipe, il décrypte les mouvements de marché dans une période pandémique et post-pandémique agitée et aide à la préparation des Conseils des gouverneurs. Loin d’être de tout repos, cette période de 3 ans en tant que chef d’unité reste cependant un très bon souvenir "tant on a dû apprendre sur de nouveaux sujets, mettre les mains sous le capot et faire les pompiers en permanence".
Traverser
Désormais fort d’une jambe "macroéconomie" et d’une jambe "marchés", l’envie de voir autre chose pointe le bout de son nez après près de 10 ans passés au sein d’institutions publiques. Se présentent alors plusieurs opportunités dont une chez Natixis CIB en tant qu’économiste France, Belgique, Zone Euro, une maison dont il lit depuis longtemps la recherche économique. Les conseils d’un ancien collègue de la Banque de France ayant effectué le même mouvement peu de temps auparavant pèseront également la balance, tout comme "des exemples tels que celui d’Olivier Garnier et de certains anciens chefs, dont le parcours comporte des périodes dans le privé et dans le public ".
D’autres motivations animaient également l’économiste avec en premier lieu, une volonté "de reprogresser techniquement, c’était un défi personnel après cinq années passées la tête dans le guidon de l’opérationnel ". Le père de famille fait face très rapidement à de nouveaux défis puisqu’il arrive quelques jours après la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024. Il découvre également la variété des clients de la banque" allant de caisses d’épargne aux fonds d’investissement, on est responsabilisé différemment ici c’est plus horizontal que ce que j’ai connu par le passé. J’ai également très vite constaté que règne ici un état d’esprit proche de la start-up, on avance et on monte des projets sans arrêt".
Épanouir
Celui qui se décrit volontiers davantage comme un plombier que comme un théoricien, est ravi d’être économiste en charge de la France dans une banque française et confie "avoir eu vraiment à cœur de trouver l’endroit où je pouvais le plus librement et utilement possible valoriser mon travail ", au sein d’une équipe "très senior où règne une bonne ambiance".
Parisien de longue date, il ne boude pas son plaisir dès qu’il peut retourner dans son sud natal, à Roquefort-les-Pins près de Grasse. De la capitale, il argue qu’elle est "avant tout une ville d’opportunité, que ce soit sur le plan professionnel ou culturel. C’est une chance de pouvoir se rendre facilement à l’Opéra ou au théâtre. Et de pouvoir faire des rencontres qui changent une vie. Je n’aurais pas rencontré ma femme sans Paris ".
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La transmission ne se limite pas aux seules équipes de travail pour Hadrien Camatte, celui-ci ayant toujours enseigné que ce "soit par le biais de cours magistraux ou de travaux dirigés, ce volet apprentissage me tient particulièrement à cœur tant je considère que l’économie doit se transmettre. ". De quoi expliquer qu’on l’ait vu arpenter les salles de cours de la Sorbonne, de TSE ou encore de l’ENSAE. Des expériences que l’économiste considère comme à chaque fois précieuses, lui ayant permis "de me remettre en question, de faire un effort de pédagogie pour rendre la matière accessible, mais aussi d’avoir de belles surprises de la part de certains étudiants". Pas question pour autant de s’engager dans la rédaction d’une thèse, tant il "s’agit d’une temporalité bien différente de celle que j’apprécie sur les marchés".
Celui qui œuvre désormais chez Natixis CIB a également eu la chance de collaborer à plusieurs reprises à l’édition française du manuel de Macroéconomie "Blanchard et Cohen". Sollicité pour travailler sur les trois dernières publications de cet ouvrage de référence, il se souvient encore de ses rencontres avec Daniel Cohen le qualifiant "d’une personne extrêmement inspirante que ce soit par son humilité et la clarté de son propos". L’écriture n’est pas pour autant une tentation pour l’heure et il privilégie les collaborations telles que celles effectuées par le passé avec le think-tank BSI Economics.
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