Macro-économie / Taux / Saxo Banque / Andrea Tueni / Prévisions
Macro-économie / Taux
Saxo Banque / Andrea Tueni / Prévisions
L'année 2026 vue par... Andrea Tueni /
Responsable des activités de marchés chez Saxo Banque
Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?
La Zone Euro devrait connaitre une croissance entre 1% et 1,25% en 2026 en ligne ave les prévisions du FMI ou de la Commission européenne.
La France, quant à elle, devrait afficher une performance moindre autour de 0,9/1%, principalement freinée par la consolidation budgétaire et une demande interne encore fragile.
C’est donc un scénario de croissance faible mais positive, porté par la désinflation et un environnement monétaire un peu moins restrictif.
Le principal risque est plutôt externe. Un potentiel ralentissement du commerce extérieur et peut-être aussi une correction sur les marchés actions drivées par les valeurs liées à l’IA.
L’Allemagne a clairement opéré un virage à 90 degrés avec des niveaux de dette et d’investissements public inédits (hors crise sanitaire). Ce tournant budgétaire a un impact positif parce qu’il soutient l’activité domestique et génère aussi par ricochée des retombées pour ses partenaires européens. L’impulsion allemande peut relever la croissance européenne mais elle ne compensera pas un choc global sur le commerce ou une volatilité financière qui se tend.
Pour conclure, les États-Unis ont surpassé les performances habituelles. Les déficits ont considérablement augmenté à cause du financement par la dette, et le bilan de la Fed a explosé en raison de l'argent facile et toujours disponible via des taux bas. Pendant ce temps, l'Europe a maintenu l'ordre. Au cours des 10 prochaines années, les États-Unis pourraient subir les conséquences de l'expansion de la dette, tandis que l'Europe, passant de la frugalité à un investissement accru dans l'infrastructure et la défense, pourrait bénéficier d'une croissance potentielle à long terme.
On souligne une perspective optimiste pour l'Europe sur un horizon de 5 à 10 ans, basée sur plusieurs facteurs clés. L'Europe est sur le point de connaître une renaissance grâce à la résilience démocratique, au conservatisme fiscal et au renouvellement industriel, avec des changements prévus dans les dépenses de défense boostant la productivité. Le retour du capital des pensions européennes est attendu à partir de 2026, améliorant ainsi l'allocation domestique. Il existe un écart de valorisation en faveur de l'Europe, avec des évaluations plus faibles comparées à celles des États-Unis et des autres acteurs mondiaux, ce qui suggère un potentiel de croissance.
Pour la première fois depuis 2018, la Fed va avoir un nouveau patron. Au regard du contexte de sa nomination et des pressions exercées par Donald Trump sur le FOMC, pourrait-on assister à une vassalisation de la politique monétaire américaine ? Si oui, y aura-t-il des retombées ?
Le contexte autour de cette nomination est évidemment inédit. Donald Trump a exprimé à plusieurs reprises son souhait d’une FED plus accommodante, n’hésitant pas à critiquer publiquement Jérome Powell. La question de l’indépendance de la FED peut donc se poser même si son indépendance est inscrite dans la loi.
On imagine facilement une influence accrue mais une vassalisation complète semble quand même improbable :
- Les gouverneurs membres du FOMC ne peuvent pas être démis de leur fonction et il faudra donc composer avec ces derniers.
- Les marchés obligataires sont très sensibles à l’indépendance de la FED et pourrait très mal réagir.
- Les institutions comme le Congrès pourraient aussi se manifester en cas d’ingérence trop prononcée.
La FED par la voie d’un nouveau Président pourrait certes adopter un ton plus pro-croissance et une politique moins stricte autour de l’inflation visée à 2% mais il parait plus difficile qu’elle s’aligne sur un agenda politique court-termiste.
Une bulle spéculative s’est-elle formée dans le secteur de l’intelligence artificielle ? Si oui, un éclatement pourrait-il mettre en péril la stabilité financière mondiale ?
La thématique autour de l'IA évolue. La question n'est plus de savoir si l’investissement dans l'IA va se poursuivre, les plans mondiaux de dépenses en capital (capex), les constructions de centres de données et les besoins en électrification suggèrent que ce sera le cas, mais comment y participer sans se laisser emporter par les aspects plus spéculatifs du marché.
C'est ici que les fondamentaux retrouvent leur importance. Après un cycle dominé par les récits, 2026 s'annonce comme une année qui récompense la solidité du bilan, la visibilité des flux de trésorerie et les entreprises qui construisent l'infrastructure sur laquelle l'IA repose réellement, plutôt que celles qui ne font que surfer sur le sentiment du marché.
En d’autres termes, la question n’est pas de savoir si une bulle s’est formé autour l’IA ou si elle va exploser, la question qui va se poser à l’avenir est de savoir comment rester exposer sur un secteur qui s’inscrit dans un cycle de transformation long terme et pour cela, il va falloir mettre en place de la sélectivité.
Selon nous, l'IA reste l'une des forces les plus puissantes qui restructurent les marchés, mais le ton change. Les résultats solides des principaux fabricants de puces, par exemple, les revenus de Nvidia pour le troisième trimestre de l'exercice 2026 ont augmenté de 62 % en glissement annuel (Source : Nvidia Investor Relations), rassurent les investisseurs sur la réalité de la demande, mais les fluctuations brutales des réactions du marché montrent que l'enthousiasme s'accompagne désormais de questions sur la durabilité, la rentabilité et l'exécution.
La phase générale du "tout monte" dans le commerce de l'IA s'estompe. Ce qui la remplace est un marché plus nuancé : un marché qui récompense les fondamentaux plutôt que les récits.
Les investisseurs sont maintenant confrontés à un défi clé : comprendre quelles entreprises possèdent la force financière et opérationnelle pour performer à travers les cycles. Cela pourrait potentiellement les aider à distinguer les acteurs solides de ceux qui sont simplement emportés par l'élan du marché.
Plusieurs critères nous apparaissent comme étant clé pour définir les valeurs qui s’en sortiraient le mieux dans cet environnement changeant :
- Rentabilité solide (ROE > 12 %) : Les entreprises doivent générer des profits significatifs sur le capital qu'elles investissent. Cela constitue une première ligne de défense contre les récits de croissance spéculatifs.
- Flux de trésorerie libre réel (positif sur les 12 derniers mois et marge > 3 %) : La génération de trésorerie reste le signal le plus clair de la santé opérationnelle, surtout dans les écosystèmes d'IA nécessitant de lourdes dépenses en capital.
- Faible stress financier (Dette nette/EBITDA < 2 et couverture des intérêts > 5x) : Les constructions liées à l'IA sont coûteuses ; les acteurs avec une forte dette pourraient être vulnérables si les coûts de financement augmentent à nouveau.
- Croissance régulière des bénéfices (CAGR du BPA ajusté sur 5 ans > 8 %) : Cela permet d'éviter les explosions cycliques et de sélectionner les entreprises ayant un certain historique de performance.
- Discipline en matière de valorisation (P/E < 30, PEG entre 0 et 2, EV/EBITDA < 25) : Ces entreprises ne sont pas "bon marché" - l'IA ne l'est généralement pas - mais elles ne sont pas non plus surévaluées.
Le marché de l'IA s'élargit, et les entreprises qui pourraient s’en sortir le mieux ne se limitent pas aux fabricants de puces ou aux grandes capitalisations. L'automatisation industrielle, la réfrigération, la connectivité et les systèmes énergétiques se démarquent, témoignant que l'IA s'intègre dans un cycle de dépenses d'investissement réel. Le différenciateur clé devient le flux de trésorerie. En effet, de nombreuses entreprises, malgré des discours impressionnants sur l'IA, n'ont pas réussi à passer le filtre (détaillé ci-dessus) en raison de leur flux de trésorerie libre ou de leur endettement. L'année 2026 pourrait privilégier ceux qui tiennent leurs promesses plutôt que ceux qui ne font que des déclarations. La discipline en matière de valorisation retrouve également de l'importance.
Dans le cas d’une absence d’assainissement des finances publiques françaises dans les années à venir du fait de la polarisation politique, croyez-vous davantage au scénario d’une lente asphyxie causée par une hausse progressive de la charge d'intérêts ou plutôt à celui d’une rupture soudaine de la confiance des marchés obligataires ?
Nous n'excluons pas qu'une perte de confiance brutale des marchés conduise le gouvernement à devoir effectuer des changements drastiques, comme nous le détaillons récemment dans notre prévision choc dédiée à la France
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

