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Bpifrance lance un fonds successeur pour financer les start-ups industrielles / Doté de 75 millions d'euros, il viendra épauler celles qui ne relèvent pas de la deeptech
Bpifrance est de retour pour financer les start-ups industrielles. La banque publique d’investissement annonce en effet ce jeudi le lancement de « Bpifrance Amorçage Industriel 2 » (BAI2) : ce fonds successeur de 75 millions d’euros porte ainsi à 125 millions d’euros les moyens dédiés au financement en capital des jeunes pousses industrielles, produisant en France et développant des innovations « incrémentales », après Bpifrance Amorçage Industriel (BAI), lancé en 2023 et ayant alors été doté de 50 millions d’euros.
La thèse d’investissement a la particularité de se concentrer sur les start-ups dites non-deeptech : elles ne développent pas de technologies de rupture à proprement parler. « Ce sont des projets qui ne nécessitent pas encore plusieurs années de travaux de R & D pour se développer, qui ne sont pas forcément issus de laboratoires de recherche ou d’universités. Ils ne répondent finalement pas aux critères classiques des deeptechs que nous finançons au travers d’autres fonds. Les entreprises ciblées, ici, sont à 18 mois maximum d’une mise sur le marché. Leur innovation est incrémentale, c’est-à-dire qu’elle apporte de la valeur ajoutée par rapport à un produit, un service ou un processus existants. Nous arrivons au moment où elles ont besoin de capitaux pour industrialiser et commercialiser leur innovation », détaille Raphaël Didier, directeur du Pôle d’Investissements Amorçage Industriel et de la Stratégie au sein de la direction de l’Innovation de Bpifrance, auprès de WanSquare.
Un portefeuille prêt à s’agrandir
Cette catégorie d’entreprises compte plus de 2 300 membres actifs, décompte Bpifrance, soit environ deux tiers des start-ups industrielles en France. Elles opèrent tant dans la mobilité que la logistique, l’énergie, l’économie circulaire, les matériaux, l’agri-agro, la santé, les biens de consommation ou encore les équipements industriels. Quelque 1 000 d’entre elles ont été identifiées plus particulièrement par les équipes de la banque, pour 400 rencontres, puis 15 investissements directs (minoritaires et moyennant une place au conseil d’administration de l’entreprise) au travers de BAI. La première génération du fonds a ainsi déjà permis d’accompagner quinze start-ups, comme Battri (recyclage de batteries lithium-ion), Elixir Aircraft (avions légers de nouvelle génération) ou bien Engo (lunettes connectées à affichage à tête haute pour les sportifs), entre autres
Sa période d’investissement est désormais terminée, et une poche reste disponible pour réinvestir dans les projets dans la durée. Plusieurs entreprises du portefeuille ont d’ailleurs inauguré un nouveau site industriel depuis l’investissement de Bpifrance, comme Battri ou Ostrea (matériau innovant en coquillages recyclés). D’autres, comme Elixir Aircraft ou Isybot (robots collaboratifs) en possédaient déjà un et ont été accompagnées dans le passage à l’échelle de leur production, tandis que certaines n’en sont pas encore au stade de la production en série. « Nous conserverons la même taille de tickets avec BAI2 : entre 500 000 et 2 millions d’euros en moyenne. Cette fourchette est adaptée aux tours de table que nous visons. En revanche, nous pourrons donc accompagner davantage de sociétés », précise Raphaël Didier. En termes de secteur, certaines tendances apparaissent plus en pointe aujourd’hui, comme la robotique par exemple. « Nous conserverons une approche équilibrée entre les différents sous-secteurs industriels possibles », ajoute le dirigeant. L’objectif de BAI2 sera ainsi d’investir dans plus de 20 start-ups.
Un signal pour le marché
Lancer un fonds d’une taille supérieure constitue un signal fort, relève Raphaël Didier, quant à la stratégie de soutien de Bpifrance à ce type d’entreprises et la pertinence de la thèse d’investissement de BAI. Si le vivier est fourni, les start-ups industrielles visées restent en manque de moyens, notamment lorsque l’étape de la mise en place de capacités de production, de démarrage de la commercialisation et de structuration de l’entreprise s’approche. Les 2 300 jeunes pousses identifiées n’ont pesé qu’à hauteur de 15 % des fonds levés par les start-ups industrielles actives dans leur ensemble, en y incluant les deeptechs, entre 2022 et 2025, à hauteur de 2,2 milliards d’euros. Pourtant, elles incarnent dans le même temps près de 60 % des 240 inaugurations d’usines de start-ups sur la période.
« Les fonds de venture traditionnels ont moins d’appétence pour ce sujet. D’une manière générale, les levées de fonds ont tendance à augmenter en valeur en France, portées par de grands tours de table, plus particulièrement dans l’intelligence artificielle. Mais l’environnement en amorçage industriel n’est pas évident, bien que les bons projets parviennent généralement à se financer. Il est vrai que les sociétés accompagnées par BAI ont des roadmaps qui présentent de nombreuses difficultés : passage à l’échelle industrielle, certification, intégration dans des chaînes de valeur existantes, besoin de financements spécifiques (Capex, besoin en fonds de roulement) - que leurs investisseurs doivent être en mesure de comprendre » souligne Raphaël Didier. C’est aussi pour cette raison que l’équipe d’investissement du fonds intervient régulièrement auprès des entrepreneurs. Stratégie, structuration des levées, recrutement, gouvernance et enjeux industriels font notamment partie des sujets clés. Une implication qui s’articule aux autres ressources d’accompagnement de la banque, comme le Hub ou sa direction du conseil.
Comme à son habitude, Bpifrance participera à ces opérations de financement en fonds propres et quasi-fonds propres aux côtés de co-investisseurs. BAI a d’ores et déjà noué des relations avec plus de 50 fonds partenaires - nationaux et portés sur la thématique industrielle, ou régionaux -, corporates, business angels et family offices. « La plupart sont français, mais quelques acteurs internationaux, notamment corporates, se penchent aussi sur ces dossiers. C’est un message qui témoigne de l’intérêt des cibles », estime Raphaël Didier. Avec, en ligne de mire, la création d’un effet d’entraînement sur le marché. Bpifrance indique que chaque euro investi par BAI a permis de mobiliser, en moyenne, quatre euros de capitaux privés.
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