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Bolloré : derrière la flambée des ventes, les grandes manœuvres attendent / Le regard se tourne vers Rubis
Bolloré Energy a vendu 9 % de produits pétroliers en moins au troisième trimestre. Son chiffre d’affaires s’est pourtant envolé de 61 % à périmètre et taux de change constants, à 851 millions d’euros. À l’origine de ce paradoxe, la flambée des cours des produits pétroliers dans le sillage du conflit au Moyen-Orient. Bolloré attribue même « en partie » le recul des volumes à cette hausse des prix. Et comme sa filiale de logistique et de distribution pétrolière représente désormais plus de 90 % de ses revenus, le groupe profite pleinement de cette envolée : son chiffre d’affaires consolidé a atteint 937 millions d’euros sur la période, en croissance organique de 53 %, soit près de 280 millions de plus que les 659 millions attendus par Oddo BHF.
Pour autant, prévient le cabinet d’analystes, « l’ampleur de la surprise positive sur le chiffre d’affaires ne doit pas, selon nous, être extrapolée aux résultats ». Premier distributeur indépendant de produits pétroliers en France, Bolloré répercute largement les variations des cours dans ses prix de vente, sans que ses marges augmentent nécessairement dans les mêmes proportions. À titre de repère, Bolloré Energy avait dégagé en 2025 un résultat opérationnel ajusté de 53 millions d’euros.
Le reste du périmètre opérationnel pèse peu. La division Industrie progresse de 4 %, à 76 millions d’euros, portée par les activités Systèmes, malgré les difficultés de Bluebus, sa filiale de fabrication de bus électriques, dont Bolloré envisage l’arrêt de la production. Depuis la cession de ses activités logistiques, Bolloré est avant tout une holding dont le principal actif est sa participation dans Universal Music Group.
La famille resserre son emprise
C’est plutôt du côté de l’actionnariat que les mouvements se poursuivent. Depuis janvier, la Compagnie de l’Odet, holding de contrôle de Bolloré, a acquis 114 millions d’actions du groupe, soit 4,1 % du capital, pour 502 millions d’euros. Ces opérations ont contribué à porter la participation de la famille à 74,5 %, selon les calculs du cabinet de recherche indépendant AlphaValue.
Dans le même temps, le dividende exceptionnel de 4,2 milliards d’euros distribué par Bolloré en juin a circulé entre les différentes holdings du groupe. La Compagnie de l’Odet a versé à son tour un acompte de 2,5 milliards d’euros le 29 septembre, suivie par les sociétés qui la contrôlent. Par le jeu des participations circulaires, Bolloré et ses filiales ont ainsi reçu environ 2 milliards d’euros.
La prochaine grande opération en suspens
Malgré ses importantes ressources financières, Bolloré n’a toujours pas annoncé de nouvelle acquisition majeure. « Sans surprise, le groupe n’a mentionné aucun investissement malgré son importante trésorerie, attendant probablement davantage de clarté sur l’affaire de gun-jumping de Vivendi », observe AlphaValue, le cabinet faisant référence à l’enquête de la Commission européenne sur une éventuelle prise de contrôle anticipée de Lagardère par Vivendi, toujours en cours.
Une piste se dessinerait néanmoins du côté de Rubis. Bolloré détient environ 6 % du capital de ce distributeur de carburants, de gaz liquéfié et de bitume, présent notamment en Afrique, dans les Caraïbes et en Europe. L’hypothèse d’une prise de contrôle par Bolloré est évoquée depuis son entrée au capital de Rubis en 2024. Sa logique industrielle s’est renforcée depuis les grandes cessions de Bolloré dans la logistique, qui ont fait de la distribution de produits pétroliers son principal métier opérationnel. Cette hypothèse a retrouvé de l’actualité avec le projet, annoncé le 19 octobre, de transformation de Rubis en société anonyme à directoire et conseil de surveillance, une évolution qui pourrait lever l’obstacle que constituait jusqu’ici son statut de société en commandite par actions à une éventuelle prise de contrôle. Le projet doit encore être soumis aux actionnaires le 9 décembre.
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