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Rubis : une nouvelle ère après trente-six ans de commandite / Une succession qui rebat les cartes du pouvoir et du capital

Rubis veut tourner la page de sa gouvernance historique. La transformation en société anonyme s'accompagnerait de l'émission de 12,7 millions d'actions nouvelles au bénéfice des commandités, qui deviendraient les premiers actionnaires du groupe.
La fin de la commandite ouvre un nouveau chapitre pour Rubis. © Rubis
La fin de la commandite ouvre un nouveau chapitre pour Rubis. © Rubis

Rubis s’apprête à tourner une page de son histoire. Fondé en 1990 et coté à la Bourse de Paris depuis trois décennies, le distributeur de produits énergétiques a toujours fonctionné sous le régime de la société en commandite par actions, qui garantit à ses deux fondateurs, Gilles Gobin et Jacques Riou, la maîtrise du groupe indépendamment de leur poids au capital. C’est sous cette forme que Rubis a bâti, acquisition après acquisition, un groupe de 4 600 salariés présent dans 45 pays en Afrique, dans les Caraïbes et en Europe. Longtemps présenté comme le gage d’une gestion inscrite dans la durée, ce modèle a néanmoins cristallisé certaines critiques au cours des dernières années.

C’est toutefois dans un contexte de tensions actionnariales complètement dissipées que Rubis a annoncé lundi son projet de transformation en société anonyme, dotée d'un directoire et d'un conseil de surveillance. Si les débats sur la gouvernance se sont éteints depuis plus d'un an, à la faveur des bonnes performances financières du groupe, restait à organiser la succession des fondateurs, qui se sont engagés à quitter la gérance en 2027, à l'issue de l'assemblée appelée à approuver les comptes 2026.


Au-delà de la succession


La transformation à venir ne se résume pas à un passage de relais. La taille et la maturité atteintes par le groupe conduisent aujourd’hui à « adapter à la fois la gouvernance et une forme de flexibilité financière supérieure à des ambitions futures », explique une source proche de la société. Au-delà d’une structure juridique simplifiée, censée améliorer sa lisibilité et son attractivité auprès d’un plus large éventail d’investisseurs, Rubis entend également gagner en souplesse stratégique et financière pour poursuivre son développement, notamment par croissance externe.


Les fondateurs, premiers actionnaires du groupe


Cette nouvelle donne a néanmoins un prix : celui de l'abandon des droits particuliers des commandités. Selon le projet dévoilé lundi, les associés concernés, Sorgema, Agena, Gilles Gobin et GR Partenaires, se verraient attribuer en compensation de leur abandon 12,7 millions d’actions nouvelles, soit 11 % du capital après émission. Une compensation sans sortie de trésorerie pour Rubis, mais pas sans conséquence pour ses actionnaires : le nombre d’actions augmenterait de 12,3 %, ramenant mécaniquement leur part collective du capital de 100 % à 89 %. Un montant qui ne sort pas de nulle part : il s’inscrit dans la fourchette d’évaluation calculée par le cabinet indépendant Ledouble, connu notamment pour être intervenu en 2021 dans le cadre de la transformation de Lagardère en société anonyme, et mandaté cette fois par le conseil de surveillance de Rubis.

Les anciens commandités troqueraient ainsi leurs prérogatives statutaires contre une place de premier plan dans l’actionnariat. Alors qu’ils ne détiennent aujourd’hui, avec les gérants, que 2,3 % du capital, ils en détiendraient environ 13 % après l’émission, devenant les premiers actionnaires du groupe. De quoi passer devant la Compagnie nationale de navigation de Patrick Molis, dont la participation serait mécaniquement ramenée de 9,4 % à près de 8,4 %. Les bénéficiaires de la compensation se sont par ailleurs engagés à conserver les titres reçus pendant deux ans.


Le pouvoir change de mains


À cette recomposition de l’actionnariat s’ajouterait une nouvelle organisation de la direction. Un directoire présidé par Jean-Christian Bergeron prendrait les commandes, lui qui est entré chez Rubis en 2019 après vingt-huit ans chez TotalEnergies, avant d’être promu à la tête de Rubis Énergie début 2025. Il serait épaulé par Marc Jacquot, directeur financier depuis mars 2024 et ancien responsable financier de Rubis Terminal, ainsi que par Fred Royer, vingt ans de maison et patron de l’activité bitume depuis 2018. Les deux premiers avaient déjà intégré la gérance en octobre 2025, dans le cadre de la succession des fondateurs. Le futur président dit vouloir conduire cette étape « dans un esprit de collégialité ». Jacques Riou et Clarisse Gobin-Swiecznik rejoindraient pour leur part le conseil de surveillance, porté à 13 membres et toujours présidé par Marc-Olivier Laurent, ce choix traduisant leur volonté de séparer les décisions opérationnelles de leur position d’actionnaires afin d’éviter tout conflit d’intérêts.

Le projet a d'ores et déjà reçu l'aval unanime du conseil de surveillance. Une transformation qui permettrait de « simplifier sa structure de gouvernance, tout en préservant la stabilité et la continuité qui ont accompagné son développement depuis sa création », estime Marc-Olivier Laurent. Reste à franchir plusieurs étapes avant sa concrétisation. L’Autorité des marchés financiers devra d’abord rendre une décision de non-lieu à une offre publique de retrait, purgée de tout recours. Les actionnaires commanditaires se prononceraient ensuite lors d’une assemblée générale prévue le 9 décembre, où une majorité des deux tiers sera requise, précise Oddo BHF, avant l’approbation des associés commandités.

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