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Chez Rubis, tous les feux sont au vert / Le bitume tire l’accélération, l’Afrique reste un moteur
Il est rare que les trois géographies et les trois produits de Rubis avancent du même pas. C’est pourtant ce qui s’est produit au premier semestre 2026. Présent dans le GPL, les carburants et le bitume en Europe, dans les Caraïbes et en Afrique, et dans le solaire via Photosol, le groupe a vu son EBITDA progresser de 18 %, à 434 millions d’euros, son résultat net part du groupe de 17 %, à 191 millions d’euros, et son chiffre d’affaires de 24 %, à 4,07 milliards d’euros. Une performance suffisamment forte pour conduire Rubis à relever sa guidance annuelle : l’EBITDA 2026 est désormais attendu entre 775 et 825 millions d’euros, contre 740 à 790 millions précédemment.
Le groupe a historiquement payé cher les pertes de change au Nigeria ou au Kenya, ainsi que les à-coups répétés en Haïti. Rien de tel cette fois. « Cette année, aucun grain de sable majeur n’est venu perturber la marche du groupe », résume à WanSquare Jean-Christian Bergeron, gérant et directeur général de Rubis Énergie. « Quand un pays va moins bien, un autre prend le relais. Mais quand tous nos marchés sont bien orientés, cela se traduit par des résultats extrêmement solides. » À cette absence d’accident s’est ajouté un effet de calendrier : « Quand le conflit au Moyen-Orient a démarré, beaucoup s'attendaient à une forte augmentation des prix. Il y a eu des achats de précaution assez importants, qui ont stimulé les volumes. »
Le pari européen du bitume
Reste à distinguer, dans cette performance, ce qui relève d’une dynamique de fond. Marc Jacquot, gérant et directeur financier du groupe, en donne une lecture. Les volumes de la distribution progressent de 9 %, à 3,5 millions de mètres cubes, et la marge brute de 16 %, à 497 millions d'euros. « Hors contribution de la nouvelle activité bitume en Europe, nos volumes progressent de 5 % et nos marges de 13 % à l’échelle du groupe, soit des niveaux de croissance plus habituels pour Rubis », explique-t-il. L’accélération vient en partie du bitume européen, avec la montée en puissance de la nouvelle plateforme d’Anvers, où Rubis exploite depuis janvier 60 000 tonnes de capacités de stockage. Le segment affiche des volumes en hausse de 44 % et une marge brute en progression de 54 %, contre respectivement 8 % et 29 % hors Europe.
Le marché du bitume est certes plus mature en Europe qu’en Afrique, où les besoins en infrastructures soutiennent fortement la demande. Pour autant, « même avec des marges plus faibles, la capacité à prendre des volumes importants nous conforte dans l’idée que l’Europe peut devenir un nouveau relais de croissance pour Rubis », avance Jean-Christian Bergeron. Après son entrée par l’Europe du Nord, le groupe étudie déjà son développement dans d’autres parties du continent, avec l’ambition d’en faire sa deuxième grande zone de développement dans le bitume après l’Afrique. Au total, l’EBITDA des activités européennes de distribution, qui comprennent notamment le GPL et désormais le bitume, progresse de 25 %, contre 14 % à périmètre comparable.
Le double moteur africain
En Afrique, l’EBITDA des activités de distribution progresse de 33 %. La performance est portée à la fois par l’amélioration des carburants en Afrique de l’Est et par le dynamisme du bitume, notamment en Afrique de l’Ouest. Les carburants d’Afrique de l’Est ont davantage tiré le semestre que le bitume ouest-africain, portés par la croissance du trafic et l’amélioration progressive du cadre tarifaire. Le GPL, troisième axe de développement du groupe sur le continent, reste plus en retrait, avec des volumes quasi stables mais une marge brute en hausse de 9 %.
Photosol maintient le cap, ajuste les investissements
Photosol, de son côté, poursuit sa montée en puissance, avec 799 mégawatts-crête (MWc) en exploitation, soit 32 % de plus sur un an, pour un EBITDA encore limité à 15 millions d’euros. La direction maintient son objectif de 50 à 55 millions d’euros en 2027, tout en reconnaissant un environnement « plus complexe que prévu, notamment en raison du contexte réglementaire et politique en France ». D’où un ajustement du rythme d’investissement : « Nous allons ajuster et décaler légèrement une partie des capex prévus sur la période 2024-2027, afin d’adapter notre rythme d’investissement à la demande », indique Marc Jacquot.
Côté trésorerie, le flux opérationnel retraité recule de 19 %, à 223 millions d'euros, sous l'effet d'une hausse du besoin en fonds de roulement de 237 millions. « Lorsque le baril passe de 60 à 90 dollars, cela consomme un peu de cash », observe Marc Jacquot. S'y ajoute le paiement de l'amende de 64 millions d'euros infligée par l'Autorité de la concurrence dans le dossier corse, que Rubis conteste en appel et pour laquelle aucune provision n'a été constituée. Le levier corporate reste toutefois contenu à 1,3 fois, contre 1,4 fois un an plus tôt et 0,9 fois fin 2025. Une évolution que le directeur financier rattache à la saisonnalité du bilan : « Notre levier connaît traditionnellement un pic au premier semestre, notamment parce que le dividende est versé en juin alors que nous n’avons généré que six mois de cash-flow. »
Le maintien de prix pétroliers élevés incite toutefois Rubis à rester prudent pour la suite. « Nous ne prévoyons pas un mauvais second semestre. Nous prévoyons un second semestre plus en ligne avec nos résultats historiques, sans le caractère exceptionnel du premier », précise Jean-Christian Bergeron, qui retient à ce stade le milieu de la fourchette comme scénario central. Le groupe n’exclut toutefois pas de se rapprocher du haut de sa nouvelle guidance d’EBITDA 2026, comprise entre 775 et 825 millions d’euros, si les conditions se révèlent plus favorables au second semestre.
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