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Chez Rubis, le bitume change d’échelle / La plateforme européenne monte en puissance
Au troisième trimestre, Rubis a écoulé 82 % de bitume de plus qu’un an plus tôt, mais n’en a retiré que 29 % de marge brute supplémentaire. Un décalage révélateur des différences de marges entre les marchés sur lesquels le distributeur d’énergies poursuit son expansion, et qui constitue l’un des enseignements de sa publication trimestrielle mardi. Les investisseurs n’en ont pas moins salué ces résultats : l’action gagnait 4,1 % à 36,30 euros en début d’après-midi.
Dans son activité de distribution aux clients, qui regroupe le gaz de pétrole liquéfié (GPL), les carburants et le bitume, les volumes ont progressé de 7 % et la marge brute de 10 %, à 228 millions d’euros. Le rythme s’est tassé par rapport au deuxième trimestre, où la marge brute avait bondi de 19 %, relève le bureau d’analyse financière Invest Securities. Pénalisée par des prix élevés, la demande s’est normalisée : les volumes de GPL sont restés stables et ceux de carburants, commercialisés notamment en stations-service, auprès des entreprises et dans l’aviation, n’ont augmenté que de 2 %, contre 6 % au premier semestre. La marge brute des carburants a pourtant gagné 13 %, grâce au nouveau cadre tarifaire en Afrique de l’Est et à l’aviation dans les Caraïbes. « Il est donc important de distinguer le développement sous-jacent de l’activité des effets de calendrier qui ont également soutenu le trimestre », a souligné Clémence Mignot-Dupeyrot, directrice des relations investisseurs, lors de la conférence avec les analystes mardi matin, en référence notamment aux décalages de prix favorables enregistrés dans les Caraïbes.
Le bitume à deux vitesses
Le bitume, lui, affiche une croissance autrement plus spectaculaire, mais selon deux modèles bien distincts. En Afrique, les volumes progressent de 15 %, portés par les programmes routiers en Afrique du Sud, au Gabon ou au Cameroun. Mais c’est surtout la montée en puissance de la nouvelle plateforme d’Europe du Nord-Ouest qui explique le bond de 82 % des volumes à l’échelle du groupe. Un décalage entre volumes et marges sur lequel trois analystes ont interrogé la direction, notamment pour connaître les perspectives de rentabilité de cette nouvelle activité européenne. La marge brute unitaire y atteint environ 60 euros par tonne, contre plus de 150 euros en Afrique, a précisé Marc Jacquot, gérant et directeur financier. « En Europe, nous jouons la croissance des volumes, et nous essayons d’atteindre des volumes élevés sur un marché où nous sommes challengers. En Afrique, c’est l’inverse, nous sommes sur des marchés à très fortes marges où nous avons de très grosses parts de marché », a-t-il expliqué. Le dirigeant n’a toutefois avancé ni échéance pour la pleine maturité de la plateforme européenne ni objectif de marge à atteindre.
La direction se garde également de prolonger mécaniquement les performances du trimestre dans ses prévisions. Rubis maintient son objectif d’EBITDA 2026 entre 775 et 825 millions d’euros, déjà relevé en septembre après un premier semestre en hausse de 18 %. « Nous ne nous contentons pas d’extrapoler au quatrième trimestre l’élément le plus fort du troisième trimestre », a justifié le directeur financier. Le Nigeria illustre les incertitudes qui entourent l’activité : les pluies, les retards de paiement des entreprises de travaux publics et la concurrence ont pesé sur les ventes de bitume durant l’été, avant une reprise en septembre. Des fluctuations qui rappellent la dépendance de cette activité au calendrier et au financement des chantiers.
Photosol fait tourner son capital
Dans le solaire, Photosol a accru sa production d’électricité de 45 % au troisième trimestre et a cédé 49 % du parc de Creil, deuxième centrale solaire de France avec 200 MWc, à la Banque des Territoires. L’opération, sur un actif qui avait mobilisé 150 millions d’euros d’investissement, ne dégagera aucune plus-value : Photosol conserve le contrôle du parc, toujours consolidé en intégralité. « L’important ici est de voir que nous recyclons notre capital, nous envoyons donc un signal », a souligné Marc Jacquot. Rubis récupère ainsi des capitaux pour financer d’autres développements sans perdre le contrôle de l’actif. Une formule que le groupe pourrait reproduire, mais de manière opportuniste, selon la maturité des projets et les conditions de marché.
Le rapport sur la dilution attendu mercredi
Cette dynamique opérationnelle intervient à un moment charnière pour Rubis. L’assemblée générale du 9 décembre doit se prononcer sur son passage du statut de société en commandite par actions à celui de société anonyme à directoire et conseil de surveillance. La compensation prévue pour les associés commandités entraînerait une dilution de 12,3 % du capital actuel, rappelle la société de recherche financière Oddo BHF. Le groupe a déjà indiqué que ce montant se situait dans la fourchette d’évaluation du cabinet indépendant Ledouble, dont le rapport détaillé doit être publié mercredi 4 novembre. Les actionnaires pourront ainsi prendre connaissance des justifications de cette contrepartie, avant leur vote du 9 décembre.
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