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Eurazeo / Christophe Bavière

Christophe Bavière veut accélérer Eurazeo dans un marché qui freine / La collecte a chuté de 48 % au troisième trimestre

Les actifs gérés pour compte de tiers progressent de 12 %, mais les levées de fonds ralentissent nettement. Désormais seul aux commandes d’Eurazeo, Christophe Bavière veut accélérer le développement de la plateforme tout en réduisant le poids du bilan.
05/11/2026 - 17:30
Christophe Bavière. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)
Christophe Bavière. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

« Le conseil de surveillance a nommé un directeur général unique pour décider et agir plus vite. » Dix jours après sa désignation comme seul patron d’Eurazeo, Christophe Bavière a ouvert la présentation des chiffres à neuf mois par cette explication, avant de fixer le cap : changer d’échelle dans la gestion d’actifs, achever la bascule vers un modèle moins consommateur de capital et continuer à restituer du capital aux actionnaires. Le conseil avait confié il y a quatre ans au binôme qu’il formait avec William Kadouch-Chassaing la mission de faire d’Eurazeo un gestionnaire d’actifs à part entière. Cette étape franchie, ce dernier a choisi de ne pas aller au-delà de son mandat, qui s’achève en février.

Les chiffres à fin septembre témoignent de cette transformation. Les actifs gérés pour compte de tiers ont progressé de 12 % sur un an, à 31,5 milliards d’euros, soit 78 % des 40,4 milliards d’encours, et les commissions de gestion associées ont gagné 14 % sur neuf mois. Hors de France, les institutionnels ont apporté 76 % des capitaux levés auprès de cette clientèle depuis janvier, contre 37 % entre 2018 et 2020. Les capitaux investis par Eurazeo pour son propre compte (participations et engagements dans ses fonds) ne pèsent plus que 22 % des encours, contre 31 % fin 2023.


Trois fois plus en trois mois


Les levées de fonds, en revanche, ont nettement ralenti. Eurazeo n’a recueilli que 566 millions d’euros au troisième trimestre, 48 % de moins qu’à la même période de 2025, portant sa collecte à 2,84 milliards sur neuf mois, contre 3,16 milliards un an plus tôt. « Le marché est difficile, je dirais, pour tout le monde », plaide Christophe Bavière. « L’hiver de la levée de fonds commence à toucher Eurazeo », estime pour sa part le bureau de recherche indépendant AlphaValue. Les particuliers ont freiné leurs souscriptions (539 millions, en recul de 20 %), refroidis par le bruit autour des limitations de rachats, surtout sensible aux Etats-Unis, et par une performance 2025 d’EPVE 3 inférieure à sa moyenne historique de 7 %. Ce fonds evergreen, ouvert en permanence aux souscriptions et aux rachats, est le produit phare du groupe auprès des épargnants, avec 3,8 milliards d’encours. Il affiche déjà 5 % cette année, assure le dirigeant.

Pour dépasser 4,5 milliards sur l’année, le groupe devra pourtant lever plus de 1,6 milliard d’ici à décembre, près de trois fois le rythme du troisième trimestre, relèvent les analystes de la banque Oddo BHF. Christophe Bavière dit avoir déjà sécurisé de nouveaux engagements et rappelle que le dernier trimestre est toujours très actif, celui de 2025 ayant été selon lui un record. Dans le LBO, de nombreux investisseurs mènent leurs audits, surtout sur PME V, le fonds phare en cours de levée, et certains approchent de la décision de leur comité d’investissement.


Aroma-Zone porte l’année


« Mais nous pouvons aller plus vite, et il y a de nombreux moyens », insiste Christophe Bavière, qui écarte toute rupture stratégique. Il entend concentrer les efforts sur les franchises les plus prometteuses, comme Elevate, sa stratégie de LBO sur les plus petites entreprises du mid-market, le financement direct d’entreprises dans la dette privée ou les infrastructures durables, dont le deuxième millésime est en cours de levée. Il veut aussi mieux exploiter les synergies entre les activités et accélérer les cessions, y compris sur le marché secondaire.

Ce dernier levier reste le plus contraint. Les cessions annoncées ou réalisées de participations détenues en propre atteignent 0,9 milliard d’euros, soit 13 % de la valeur de ce portefeuille fin 2025, pour un objectif annuel d’environ 15 %. « Peut-être dans le bas de la fourchette, mais nous sommes dans la fourchette », concède le dirigeant, pour qui le marché des sorties ne s’est pas encore normalisé. Pour 2026, l’essentiel tient à Aroma-Zone, cédée à Partners Group avec un multiple de 3 fois la mise et un produit brut d’environ 576 millions pour Eurazeo. Autorisée par Bruxelles fin septembre, l’opération doit être bouclée d’ici à la fin de l’année et son financement est « sécurisé à 100 % », a affirmé Christophe Bavière, alors que la presse avait évoqué des difficultés de syndication de la dette d’acquisition.


L’actionnaire payé à crédit ?


Le rythme des cessions conditionne aussi le retour aux actionnaires. Eurazeo distribuera environ 320 millions d’euros cette année et maintient l’objectif d’avoir racheté 25 % de ses titres entre 2024 et 2027. Dans l’intervalle, sa dette nette consolidée est passée de 1,06 milliard fin 2025 à 1,69 milliard fin septembre. Un analyste de CM-CIC a résumé la critique : le groupe, longtemps attaché à une règle de zéro dette financière, tire sur ses lignes bancaires pour rémunérer ses actionnaires, ce qui reviendrait pour eux à un jeu à somme nulle. Sans fixer de plafond, Christophe Bavière fait valoir un endettement limité à environ 21 % des capitaux propres une fois encaissé le produit d’Aroma-Zone, et des financements diversifiés par une première émission obligataire de 500 millions en avril. La note BBB obtenue au printemps auprès de Fitch et S&P, qui range Eurazeo parmi les emprunteurs de qualité, atteste selon lui que le groupe reste « en mesure de maintenir un endettement très faible ».

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