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Legrand en route vers une année historique / Les centres de données imposent un nouveau relèvement des objectifs
Pour la deuxième fois en trois mois, Legrand a relevé ses objectifs annuels. En publiant jeudi ses résultats à fin septembre, le spécialiste des infrastructures électriques et numériques du bâtiment a porté sa prévision de croissance organique pour 2026 dans une fourchette de 11 à 13 %. Il visait encore 8 à 10 % fin juillet, après une prévision initiale de 4 à 7 % en février. En comptant les acquisitions, le groupe vise désormais une croissance de ses ventes hors effets de change de 20 à 22 %. Un nouveau relèvement qui s’explique par un troisième trimestre d’une vigueur inhabituelle : la croissance organique y a atteint 18,8 %, près de deux fois plus qu’au deuxième (10,4 %).
« Nous avons bénéficié d'une croissance exceptionnelle dans les centres de données au troisième trimestre », indique à WanSquare Benoît Coquart, directeur général de Legrand. Ce n’est pas la première fois. Cette activité, qui pèse désormais un tiers des ventes, affiche une croissance organique de près de 40 % sur neuf mois, après plus de 30 % au premier semestre. Sur le seul troisième trimestre, la progression approche même 50 %. Le dirigeant se garde toutefois d’en faire un nouveau rythme de croisière : le calendrier des grands projets entraîne des variations d’un trimestre à l’autre. « La maille trimestrielle n’est pas la bonne pour évaluer la performance », insiste-t-il.
Un chantier pour quinze à vingt ans
Trois familles de produits bénéficient particulièrement de cette demande, explique Benoît Coquart : l’alimentation électrique critique, des transformateurs aux disjoncteurs ; le refroidissement, indispensable dans des installations toujours plus denses ; et les équipements de test et de mise en service, un domaine où Legrand s’est renforcé en rachetant l’américain Avtron, une opération annoncée en octobre 2025 pour 1,125 milliard de dollars. Ses bancs de charge simulent la consommation électrique d’un site pour vérifier la fiabilité de son alimentation. Certains permettent aussi de tester le circuit de refroidissement liquide en reproduisant la chaleur dégagée par les serveurs.
« Nous sommes en train de bâtir les infrastructures numériques de demain », résume le directeur général de Legrand, qui compare ce mouvement à la construction des routes, des trains et des aéroports, « sauf que nous le faisons sur quinze ou vingt ans, et non sur cent cinquante ans ». Pour mesurer ce chantier, le secteur raisonne en gigawatts, c’est-à-dire en puissance électrique des centres de données mis en service. Plus cette puissance augmente, plus il faut de transformateurs, de disjoncteurs et de systèmes de refroidissement pour alimenter les serveurs et évacuer leur chaleur. En retenant une hypothèse prudente sur la progression de ces capacités, le dirigeant estime que le marché des centres de données peut encore croître de 15 à 20 % par an. L’Agence internationale de l’énergie évaluait à la mi-octobre les investissements des grands opérateurs à plus de 700 milliards de dollars pour 2026, consacrés en majorité à de nouveaux sites. L’Amérique du Nord concentre plus de 70 % des ventes du groupe dans les centres de données, mais le dirigeant anticipe une accélération en Europe, encore sous-dimensionnée, et souligne le dynamisme déjà observé en Asie du Sud-Est et en Australie.
Derrière la pompe à chaleur, le disjoncteur
Le reste de l’activité avance à un tout autre rythme. Dans le bâtiment, Benoît Coquart décrit un marché en léger recul aux États-Unis et stable en Europe, pénalisé par des taux d’intérêt élevés et une confiance en berne. Le retour à la croissance des ventes européennes, en hausse de 2,4 % au troisième trimestre après un recul au deuxième, ne traduit donc pas encore, à ses yeux, un redémarrage du bâtiment. Mais « nous n’avons pas besoin d’une reprise du bâtiment pour croître, nous le démontrons grâce aux centres de données et à la transition énergétique », relève-t-il.
La transition énergétique pèse environ 20 % des ventes et progresse de 4 à 6 %. Moins spectaculaire que celui des centres de données, ce moteur devrait néanmoins soutenir l’activité pendant dix à quinze ans, estime le dirigeant. Legrand ne fabrique pas de pompes à chaleur et produit peu de bornes de recharge. Il fournit surtout les équipements électriques nécessaires à leur installation : « Chaque fois que vous installez une pompe à chaleur ou une borne de recharge, il faut un tableau électrique un peu plus grand, davantage de disjoncteurs, du délestage, de la mesure, du comptage. »
Un millésime record, déjà tourné vers 2027
Cette croissance s’accompagne d’une rentabilité solide. La marge opérationnelle ajustée du groupe s’est établie à 20,8 % sur neuf mois, dans la fourchette de l’objectif annuel, maintenu entre 20,5 et 21 %, malgré la hausse du prix des matières et des composants et les dépenses nécessaires pour accompagner l’expansion. Le résultat net part du groupe a progressé de 19,6 %, à 1,067 milliard d’euros.
Legrand a aussi annoncé sept acquisitions depuis janvier, représentant quelque 450 millions d’euros de ventes annuelles. Au total, la contribution des acquisitions à la croissance devrait atteindre environ 8 % cette année, bien au-delà des 5 % par an que vise le groupe en moyenne. Ajoutée à la croissance organique, cette contribution devrait faire de 2026 « probablement la plus belle année de croissance du groupe sur les 30 dernières années », estime Benoît Coquart. Le dirigeant n’exclut pas une nouvelle opération d’ici à décembre, mais son incidence sur les comptes de l’exercice serait minime, avec tout au plus un mois de consolidation. Les discussions en cours préparent donc surtout 2027 et s’étendent à la transition énergétique comme aux métiers historiques du groupe. « Je ne peux pas encore m’engager sur 2027, mais nous ferons d’autres acquisitions l’an prochain, c’est certain », assure-t-il.
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