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Legrand / Benoît Coquart

Benoît Coquart confirme l’ambition numérique de Legrand / Une croissance portée par les acquisitions et les datacenters

Lors de son assemblée générale mardi, Legrand a mis en lumière sa transformation. Si l’entreprise reste célèbre pour ses produits résidentiels, désormais ce segment ne pèse plus qu’un tiers du chiffre d’affaires. Sous la houlette de Benoît Coquart, le groupe accélère dans les datacenters et le non-résidentiel, misant sur une stratégie de croissance externe et une adaptation aux grandes tendances environnementales et numériques. La gouvernance se renforce également avec l’arrivée de Stéphane Pallez, présidente-directrice générale de la FDJ, au conseil d’administration.
Benoît Coquart, le directeur général de Legrand, lors de l'assemblée générale du groupe le 27 mai 2025
Benoît Coquart, le directeur général de Legrand, lors de l'assemblée générale du groupe le 27 mai 2025

"On associe souvent Legrand au résidentiel, notre métier historique. Je suis prêt à parier que la plupart d’entre vous ont chez eux un interrupteur ou une prise Legrand", a lancé Benoît Coquart, directeur général du groupe, lors de l’assemblée générale des actionnaires tenue mardi.

Face à son auditoire, le dirigeant a choisi la carte de la proximité, convoquant l’image familière d’un Legrand enraciné dans le quotidien. Mais ce réflexe d’association n’est plus tout à fait d’actualité : le résidentiel ne représente désormais plus que 35 % du chiffre d’affaires du groupe. L’occasion, pour Benoît Coquart, de mettre en lumière l’évolution rapide du modèle économique de l’entreprise, et de souligner le poids croissant des centres de données dans sa trajectoire stratégique.

"Le non-résidentiel — bureaux, hôpitaux, universités… — pèse aujourd’hui 45 %, et les datacenters ont représenté près de 20 % du chiffre d’affaires l’an dernier", a-t-il précisé. Cette part pourrait grimper entre 20 et 25 % en 2025, témoignant d’un repositionnement assumé sur des marchés en pleine expansion.

 

L’agilité d’un spécialiste, la puissance d’un acteur mondial

 

Dans l’univers des centres de données, Legrand fait figure d’acteur à part. "Nous sommes les seuls spécialistes d’envergure sur notre cœur de métier", affirme Benoît Coquart. Le paysage concurrentiel est selon lui divisé entre, d’un côté, de petits acteurs très spécialisés, souvent concentrés sur une gamme de produits et un marché géographique, avec un chiffre d’affaires limité (30 à 100 millions d’euros) mais une forte réactivité. "Ce sont souvent nos cibles d’acquisition", glisse-t-il. Et de l’autre, de grands conglomérats généralistes, puissants mais sans spécialisation marquée dans les infrastructures électriques des datacenters.

Dans cet entre-deux, Legrand fait valoir une position "intermédiaire assez unique" : la taille d’un acteur mondial — le chiffre d’affaires attendu cette année avoisine les 9 milliards d’euros — alliée à l’agilité, la rapidité d’exécution et l’expertise d’un spécialiste.

 

Une machine à acquisitions

 

Ce positionnement constitue un levier d’attractivité dans une stratégie de croissance externe menée tambour battant. "Legrand est une véritable machine à acquérir", a rappelé Benoît Coquart. Plus de 200 opérations ont été réalisées depuis la création du groupe, dont 26 depuis 2020, pour un montant cumulé de plus de 3 milliards d’euros. Une dynamique globale : "Ça concerne toutes les zones géographiques — l’Europe, l’Amérique du Nord, le reste du monde — et toutes les familles de produits, des solutions traditionnelles aux infrastructures critiques pour la transition énergétique et digitale."

Le segment des datacenters s’y taille une place de choix. En 2024, cinq des neuf acquisitions signées relevaient directement de cet univers : Davenham, en Irlande, pour les systèmes de distribution de puissance basse tension ; VASS, en Australie, leader des busbars ; ou encore Computer Room Solutions (CRS), rachetée en avril 2025, spécialiste des salles blanches pour datacenters, basée à Sydney.

Pour ces cibles, intégrer Legrand n’est pas synonyme de dilution. "Une société qui rejoint Legrand ne devient pas un élément d’un conglomérat aux activités multiples et disparates", a insisté le dirigeant. "Elle rejoint un pur player du domaine, dans lequel elle pourra se développer et s’épanouir. Beaucoup deviennent d’ailleurs de véritables success stories : une fois qu’elles rejoignent Legrand, leur croissance est plutôt accélérée que freinée. C’est un vrai savoir-faire."

 

Un modèle aligné sur trois mégatendances

 

Cette évolution du modèle économique s’inscrit dans un cadre plus large. "Si l'on regarde les grandes tendances qui vont porter Legrand à l’horizon 2030, nous en identifions trois : l’urgence environnementale, la croissance exponentielle des données, et les transformations sociétales", a poursuivi Benoît Coquart.

Sur le premier point, le directeur général a regretté que la transition écologique semble parfois reléguée au second plan des agendas publics. "Pourtant, c’est un enjeu vital pour nos sociétés, et nous devons continuer à y investir massivement", a-t-il insisté. Legrand anticipe une forte hausse de la part de l’électricité dans le mix énergétique mondial — de 20 % aujourd’hui à 41 % en 2050 —, et notamment de l’électricité d’origine renouvelable. "Réduire la consommation énergétique des bâtiments est indispensable si nous voulons abaisser celle de l’ensemble de nos sociétés, d’autant que l’exploitation des bâtiments représente à elle seule 30 % de la consommation mondiale d’énergie."

Deuxième pilier : la donnée. "Les volumes croissent à une vitesse impressionnante. Cela nécessite des investissements massifs dans les infrastructures, notamment dans les datacenters, pour accompagner cette dynamique." Même si les marchés peuvent ponctuellement s’émouvoir d’annonces de ralentissement de certains investissements, Benoît Coquart reste confiant : "Notre carnet de commandes se tient très bien, et nous avons une conviction forte : c’est un secteur qui va continuer à croître de manière massive, à court comme à long terme."

L’essor de l’intelligence artificielle, du cloud, de la santé connectée ou encore du jeu vidéo en ligne contribuera, selon lui, à une "explosion des besoins en capacité de traitement et de stockage". De quoi ancrer durablement la place de Legrand dans cet écosystème.

 

Stéphane Pallez rejoint le board

 

À ces deux grands moteurs s’ajoute également un troisième facteur de fond : les évolutions démographiques. La montée des classes moyennes dans certains pays, le vieillissement de la population, mais aussi l’émergence de nouveaux besoins en matière de santé publique et d’assistance à l’autonomie, sont autant de leviers auxquels Legrand compte répondre avec une offre élargie de solutions adaptées.

La stratégie de Legrand s’appuie ainsi sur une vision de long terme, à l’intersection des mutations technologiques, sociétales et environnementales. Une ambition portée par une gouvernance renforcée : l’assemblée générale a entériné plusieurs évolutions dans la composition du conseil d’administration. Stéphane Pallez, présidente-directrice générale de FDJ United, y fait son entrée en tant qu’administratrice indépendante pour un mandat de trois ans. Deux autres administrateurs indépendants ont vu leur mandat renouvelé pour la même durée : Patrick Koller, ancien directeur général de l’équipementier automobile Forvia, et Florent Menegaux, président du groupe Michelin. Ces décisions renforcent la diversité et l’expertise du conseil, désormais composé de 13 membres, dont neuf indépendants (soit 82 %), six femmes (55 %) et sept nationalités représentées.

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