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Legrand / datacenters / centres de données / Benoît Coquart
Legrand relève ses ambitions 2030 et double presque sa croissance organique / Le groupe veut capter plus de valeur dans chaque centre de données
« J'ai parfois le sentiment que la communauté financière regarde Legrand avec les lunettes de 2019 », a lancé Benoît Coquart mardi à Singapour, à l'ouverture de la journée investisseurs organisée en marge du salon Data Centre World Asia. Ces lunettes-là, le directeur général voudrait désormais les faire tomber. Car le Legrand qu'elles donnent encore à voir, largement associé aux barrettes électriques et aux équipements des baies informatiques, a changé de dimension. Et les nouvelles ambitions 2030 sont là pour le montrer. Deux ans après sa précédente journée investisseurs, Legrand a porté mardi sa cible de croissance organique annuelle de 3 à 5 % à 6 à 8 % sur 2027-2030, tout en relevant sa marge opérationnelle ajustée moyenne visée, d'environ 20 % à 21-22 %. « À 6 ou 8 % de croissance, le modèle économique est très différent de ce qu’il est à 3 ou 4 % », a justifié Benoît Coquart, avec à la clé une meilleure absorption des coûts fixes.
Un tiers des ventes, l'essentiel de la croissance
Cette mutation est déjà largement engagée. En 2025, la croissance hors change a atteint 13,2 %, au-delà de la fourchette de 6 à 10 % fixée en 2024, et Legrand vise désormais 16 à 19 % en 2026. Une nouvelle équation dans laquelle les centres de données ont pris une place déterminante. Leur chiffre d'affaires est passé de moins de 1 milliard d'euros en 2021 à plus de 3 milliards attendus cette année, soit 32 % des ventes, après une croissance organique proche de 40 % en 2025. Le groupe table désormais sur une croissance annuelle de ce marché de l'ordre de 17 à 18 %, alors qu'il n'attend qu'une progression modérée de la transition énergétique et faible des infrastructures essentielles du bâtiment, qui représentent encore 46 % de son activité. À ce rythme, les centres de données apportent à eux seuls 5 à 6 points de croissance au groupe, a relevé André Kukhnin, analyste chez UBS. « Donc oui, l'essentiel de la croissance devrait venir des centres de données et, dans une moindre mesure, de la transition énergétique », reconnaît Benoît Coquart, qui attend encore « des preuves claires » d'un rebond du bâtiment.
La bataille du mégawatt
L'hypothèse de marché retenue reste pourtant prudente : 180 gigawatts de capacité informatique installée en 2030, contre 80 en 2025, alors que les annonces des hyperscalers en totalisent 420. Même en écartant une large partie de ces projets, Legrand voit donc encore une centaine de gigawatts supplémentaires à équiper d'ici la fin de la décennie. Mais tout l'enjeu est ensuite de capter une part plus importante de la valeur de chaque projet. Pour Legrand, chaque mégawatt représente un marché accessible de 2,5 millions de dollars dans les architectures actuelles en courant alternatif, et de plus de 3 millions avec le passage au courant continu basse tension (LVDC). « Aujourd'hui, la réalité est que lorsque nous avons un mégawatt, nous ne vendons presque jamais 2,5 millions de dollars. Quand nous vendons 0,5, 0,6 ou 0,7 million de dollars, nous sommes assez contents », a souligné Benoît Coquart devant les analystes. L'objectif est précisément de faire monter ce montant, en élargissant le nombre de familles de produits vendues sur un même projet et en les intégrant davantage, notamment dans des solutions préfabriquées ou conteneurisées.
À Singapour, Legrand a voulu rendre cette transition très concrète. Sur son stand, le groupe a notamment dévoilé un « sidecar » 800 VDC (800 volts en courant continu), une armoire accolée à la baie informatique. L’enjeu tient à la montée spectaculaire de la puissance des baies : plus elles deviennent denses, plus il faut acheminer d’électricité jusqu’aux serveurs, tout en limitant les pertes et les étapes successives de conversion entre courant alternatif et courant continu. Le sidecar permet justement de rapprocher cette conversion des équipements informatiques, sans modifier toute l’architecture électrique du site. Cette solution hybride doit accompagner cette évolution progressive. « Le passage au courant continu ne se fera pas du jour au lendemain, mais par étapes », a expliqué Blandine Antoine, directrice produits et technologie, à son auditoire. Le sidecar pourrait ainsi constituer une étape durable, et non un simple sas avant le courant continu basse tension intégral (LVDC, pour Low Voltage Direct Current). Selon le consensus du secteur repris par Legrand, moins de 5 % de la nouvelle charge informatique serait en LVDC intégral en 2030, contre environ 35 % en architecture hybride.
Legrand ouvre le chantier des cessions
Son repositionnement technologique, Legrand l’a jusqu’ici surtout mené par acquisitions, avec quinze rachats dans les centres de données au cours des deux dernières années. Il ouvre désormais un nouveau front : celui des cessions. Pour la première fois, le groupe prévoit de se séparer d’activités d’infrastructures essentielles représentant entre 0,5 et 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2030.
Les activités concernées ne sont pas pour autant à la traîne : elles affichent des marges comparables à celles du groupe. « C'est simplement une question d'allocation du capital », explique Benoît Coquart, qui estime que ces actifs pourraient avoir davantage de valeur entre les mains d'autres propriétaires. Le capital ainsi libéré viendra renforcer l'effort d'acquisitions, auquel Legrand prévoit déjà de consacrer environ 60 % de son cash-flow libre, pour un effet périmètre d'environ 5 % par an. Le rythme des acquisitions devrait toutefois être moins soutenu que ces deux dernières années. « Nous devrions encore réaliser des acquisitions dans les centres de données, mais probablement moins qu'au cours des deux dernières années », a indiqué Benoît Coquart, en prévenant qu'il fallait désormais s'attendre à « davantage d'acquisitions dans la transition énergétique ». Le groupe veut en faire son deuxième pilier de croissance. En 2030, l'ensemble formé par les centres de données, la transition énergétique et les modes de vie numériques devrait représenter environ 70 % des ventes, contre 40 % en 2021.
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