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Macro-économie / Taux / I4CE / agriculture

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I4CE / agriculture

Une crise agricole qui ouvre la porte à une réforme des politiques publiques / Le plan de relance annoncé pare au plus pressé

Un été pour le moins difficile pour les acteurs du monde agricole et alimentaire. La réaction des autorités tricolores a été double, avec à la fois un plan d’urgence annoncé en septembre et un plan de relance. Ce dernier est doté d’une enveloppe de quelque 500 à 700 millions d’euros et devra passer l’épreuve du budget avant de devenir concret. Un exercice qui pourrait malheureusement ne pas suffire, à en croire l’Institute for Climate Economics, lequel incite à se lancer dans une grande réorganisation des quelque 50 milliards d’euros de soutien public annuel à cette thématique.
Agriculture. Photo par MATHIEU THOMASSET / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
Agriculture. Photo par MATHIEU THOMASSET / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Jouer sur plusieurs tableaux. La crise agricole semble être l’occasion idéale de s’interroger sur le bien-fondé des différentes aides dont le secteur bénéficie. L’opinion des chercheurs de l’Institute for Climate Economics (I4CE) est quant à elle bien tranchée : le plan de relance annoncé par le gouvernement n’exonère en rien d’une réflexion plus globale sur l’ensemble des moyens mis en place. Lancer une refonte de ces derniers serait inévitablement au cœur du prochain quinquennat présidentiel.

Plusieurs propositions sont faites par Lucile Rogissart - responsable thématique chez l’I4CE pour le financement de la transition agricole et l’alimentation - et Maria Siefert - chargée de recherche chez l’I4CE pour le financement de la transition agricole. Les deux expertes proposent d’aligner l’ensemble des aides aux investissements physiques sur les objectifs de résilience et de durabilité. Ce qui passerait nécessairement par un renforcement des critères d’attribution de ces mêmes aides, ainsi que le fait de « cibler davantage les projets collectifs et de filière et de réduire les subventions aux agroéquipements. »

 

Logique

 

Une logique qui gagnerait à leurs yeux à être élargie à l’ensemble du soutien public aux secteurs agricoles et alimentaires. Ce qui signifierait l’appliquer également aux aides aux revenus ou autres exonérations fiscales et sociales. En 2024, seuls 10 % des 52 milliards d’euros consacrés à ces autres aides intégraient déjà ces enjeux. La crainte des chercheurs est que ne pas procéder à ce pivot constitue un angle mort conséquent dans un plan de relance et ne conduise pas à adapter le modèle agricole hexagonal.

Tout en saluant les 500 à 700 millions d’euros annoncés, elles considèrent que ces sommes ne suffiront pas à la transformation nécessaire. Trois critères sont suggérés sur les questions de financement pour lancer la dynamique ; tout d’abord il s’agit de s’assurer de la « compatibilité des projets avec les projections climatiques et de ressources en eau dans le territoire », d'évaluer leur contribution à la diversification des productions et, enfin, d'examiner la façon dont les projets agissent sur « l’indépendance stratégique vis-à-vis de produits critiques fortement importés (énergie fossile, engrais, tourteaux de soja). » Cela concerne notamment les prêts garantis évoqués par le gouvernement, un dispositif qui voit des prêts être accordés par les banques et l’éventuel défaut couvert par l’État.

 

Poursuivre

 

Des suggestions qui n’éludent pas l’aide conséquente aux secteurs agricoles et alimentaires français que constituerait ce plan de relance, qui doublerait presque le soutien d’aides à l’investissement physique associées à des enjeux de résilience et de durabilité - 600 millions d’euros par an entre 2022 et 2024, pour près de 30 % des soutiens totaux sur la période. Néanmoins, le contenu en lui-même du plan est jugé encore flou alors que seules « deux évolutions concrètes ont été évoquées : l’adaptation des bâtiments d’élevage et le stockage de l’eau. »

Deux leviers jugés utiles pour s’adapter au changement climatique mais qui doivent s’intégrer dans un cadre plus global. Les bénéfices réels sont intrinsèquement liés à la conception précise des projets. Les deux chercheuses prennent l’exemple d’un projet d’adaptation de bâtiments d’élevage et expliquent qu’il « doit être construit en cohérence avec les dynamiques actuelles de la filière, qu’il s’agisse de la diminution des cheptels ou de l’impératif de renforcement de l’indépendance stratégique en alimentation animale (tourteaux de soja). » Une agriculture à la fois sobre en ressources, indépendante stratégiquement et compétitive qui ne se construit pas en quelques mois.

 

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