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Une politique monétaire amenée à être aux prises avec le changement climatique / Des effets inégaux loin d’être évidents à anticiper
Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne par le changement climatique. Les deux experts rattachés à la Banque centrale européenne qui ont creusé la question avertissent d’emblée : les réactions sont extrêmement diverses face à ce phénomène et à la transition engagée pour en limiter les effets. Attention à ne pas trop vouloir cloisonner les risques, puisqu’il leur semble que des effets peuvent « initialement être concentrés dans des régions spécifiques, [puis] ils peuvent se répercuter sur l’économie dans son ensemble grâce à des liens entre le travail, les produits et les marchés financiers, ce qui a des implications pour l’activité économique, l’inflation et la stabilité financière. »
Au moment de choisir les exemples des différentes façons dont les acteurs peuvent être touchés, deux sont mis en avant. À savoir en premier lieu les sécheresses, lesquelles via le canal des prix alimentaires touchent essentiellement les ménages à faible revenu, puisqu’ils dépensent « une plus grande part de leurs revenus en produits essentiels comme la nourriture. » Le deuxième choix porte sur les propriétaires de maisons, il semble que ceux installés dans des zones sujettes aux inondations pourraient voir leur patrimoine immobilier se déprécier et à l’inverse ceux disposant de logements économes en énergie pourraient voir leur valeur grimper.
Intégrer
Il semble alors crucial pour les banquiers centraux non pas de saisir « seulement l’ampleur des chocs climatiques et transitifs, mais aussi si leurs effets sont temporaires ou persistants, et dans quelle mesure ils peuvent se propager dans l’économie. » Une bonne compréhension de ces dynamiques leur permettra de mieux arbitrer leurs choix de politique monétaire et de veiller à la stabilité des prix et financière. Ce n’est pas tant la façon dont les coûts du changement climatique ou les politiques de transition climatique doivent être répartis qui intéresse les auteurs, c’est un autre débat à part entière, mais véritablement la façon avec laquelle l’asymétrie du choc se répercute sur l’économie.
Intégrer le changement climatique dans son analyse serait nécessairement une tâche de longue haleine, étant donné qu’au fur et à mesure de l’adaptation de l’économie ces effets asymétriques sont amenés à évoluer. Là où ils peuvent s’atténuer pour les uns, cela peut prendre bien plus de temps pour d’autres. Les capacités de réaction des ménages semblent affectées très différemment, qu’il soit question de ceux avec un faible revenu ou de ceux qui sont plus aisés. Les premiers sont vus comme disposant « généralement [de] moins de capacité à financer des investissements en matière d’efficacité énergétique, à absorber des coûts d’assurance plus élevés, à prendre des mesures d’adaptation pour protéger leur propriété des dangers naturels ou à déménager dans des zones moins exposées. » Ce qui ne veut pas dire que les plus aisés ne sont pas touchés loin de là, notamment en raison de l’exposition aux actifs financiers. Ces derniers pouvant également souffrir de la situation, les deux experts affirment que « les entreprises des secteurs touchés par des chocs de transition peuvent connaître des changements dans leurs attentes concernant leur rentabilité future, ce qui leur rend plus difficile de lever les fonds nécessaires pour investir dans des technologies plus propres. »
Pédagogie
Un autre versant concerne l’acceptation des politiques de transition par le public. Un caractère injuste peut facilement leur être accolé par le public et étioler leur soutien. Avec le risque que cela entraîne « une incertitude politique et une dynamique d’arrêt et d’utilisation qui augmentent le risque d’une transition désordonnée, avec des conséquences néfastes pour l’activité économique et la stabilité financière », on suggère de s’en remettre essentiellement à un argument. Celui d’un argumentaire expliquant que les « coûts de l’inaction face aux risques climatiques sont plus élevés que les coûts de la transition et peuvent encore exacerber les inégalités. »
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