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Morgan Stanley / Ted Pick / Gestion de fortune

Chez Morgan Stanley, les IPO rapportent bien après la cotation / La gestion de fortune attire 232 milliards de dollars en un trimestre

Morgan Stanley tire profit des introductions en Bourse bien au-delà des commissions perçues par sa banque d’affaires. Les titres détenus par les salariés et les premiers investisseurs des entreprises cotées viennent alimenter sa gestion de fortune, qui a enregistré une collecte nette record de 232 milliards de dollars au troisième trimestre. Un mécanisme renforcé par le rachat d’E*Trade.
Le siège européen de Morgan Stanley, situé au 20 Bank Street, dans le quartier de Canary Wharf, à Londres. (Photo by Michael Nguyen / NurPhoto / NurPhoto via AFP)
Le siège européen de Morgan Stanley, situé au 20 Bank Street, dans le quartier de Canary Wharf, à Londres. (Photo by Michael Nguyen / NurPhoto / NurPhoto via AFP)

Les introductions en Bourse ont moins rapporté à la banque d’affaires de Morgan Stanley cet été, mais elles ont continué d’alimenter la collecte de sa gestion de fortune. Au troisième trimestre, les revenus de placement d’actions ont reculé de près de 20 % sur un an, à 525 millions de dollars, en raison notamment du recul des IPO et des placements de blocs d’actions. Dans le même temps, la gestion de fortune a enregistré une collecte nette record de 232 milliards de dollars, près de trois fois plus qu’un an plus tôt, dont un peu plus de la moitié liée à des introductions en Bourse. Ce décalage éclaire l’un des ressorts de la croissance de la banque américaine, qui a réalisé un nouveau trimestre solide, avec un produit net bancaire de 20,3 milliards de dollars (+12 %) et un bénéfice net de 4,9 milliards (+6 %).


L’IPO, porte d’entrée de la gestion de fortune


« Le processus de collecte lié aux IPO se prolonge bien au-delà de leur réalisation », a expliqué mercredi Sharon Yeshaya, directrice financière de Morgan Stanley, lors de la conférence avec les analystes consacrée aux résultats. Au deuxième trimestre, les flux venaient surtout des salariés des sociétés introduites. Cet été, d’autres catégories de clients ont pris le relais : des investisseurs institutionnels qui transfèrent chez Morgan Stanley les actions reçues à l’occasion d’une IPO pour bénéficier de ses services de conseil, ou des fonds qui, à l’expiration des périodes de blocage, distribuent leurs actions à leurs investisseurs.

Le PDG Ted Pick fait remonter cette organisation au rachat d’E*Trade, il y a six ans. « Notre entonnoir commercial repose sur trois piliers : les clients qui gèrent eux-mêmes leurs placements, les dispositifs d’actionnariat salarié dans les entreprises et, enfin, les conseillers financiers », a-t-il détaillé. Depuis, Morgan Stanley a attiré plus de 2 000 milliards de dollars de collecte nette, au rythme d’environ 1 000 milliards tous les trois ans. Selon Sharon Yeshaya, les introductions du deuxième trimestre commencent déjà à se traduire par des relations suivies avec les conseillers financiers de la banque. « Ces personnes viennent d’accéder à la fortune. Elles commencent à regrouper leurs actifs et à comprendre la valeur d’une relation complète fondée sur le conseil », a ajouté la directrice financière.

Les flux vers les actifs facturés sur encours, source de commissions récurrentes, ont presque doublé, à 80,5 milliards de dollars, sans que cette progression puisse être attribuée aux seules IPO : près de la moitié provient d’un mandat de retraite d’entreprise. Les revenus de la gestion de fortune ont atteint un record de 9,1 milliards (+10 %), avec une marge avant impôts de 30,4 %.


Un moteur puissant mais cyclique


Morgan Stanley profite également de la forte activité de ses clients institutionnels sur les marchés actions. Les revenus de cette activité ont bondi de 41 %, à 5,8 milliards de dollars, portés par les financements du prime brokerage, notamment auprès des hedge funds, et par l’Asie. Pour Ted Pick, cette progression tient notamment à une offre devenue plus complète, grâce au développement des dérivés, qui complètent désormais les transactions au comptant et le prime brokerage. « Le métier actions est plus robuste qu’il y a sept ou huit ans, mais il serait absurde de prétendre qu’il n’est pas soumis aux cycles et au sentiment des investisseurs », a-t-il nuancé.


Pari redoublé sur l’IA


Le ralentissement des volumes en Asie au mois de septembre l’a rappelé. « Juillet et août ont été inhabituellement animés, l’appétit pour le risque étant dominé par les investissements des hyperscalers dans la construction de l’écosystème de l’IA », décrit le PDG. À l’approche de Labor Day, le regain de tensions au Moyen-Orient et la hausse des taux ont freiné les volumes sur toutes les classes d’actifs. Une dégradation des conditions de marché qui ne remet certainement pas en cause les ambitions de Morgan Stanley dans l'IA. La banque entend continuer à accompagner les investissements massifs des entreprises technologiques, dont les besoins de financement restent considérables. Selon Ted Pick, les dépenses des hyperscalers atteignent actuellement environ 1 000 milliards de dollars par an. « Je dirais que nous sommes désormais doublement surpondérés », a-t-il affirmé. Mais la hausse des taux renchérit le coût des financements et impose davantage de vigilance dans les opérations où Morgan Stanley engage son propre bilan. « J’imagine qu’il y aura des cas où nous commettrons des erreurs », reconnaît le dirigeant.

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