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JPMorgan Chase / Morgan Stanley / Jamie Dimon / Ted Pick

JPMorgan et Morgan Stanley brillent sur les marchés / Mais les performances dopées par la volatilité masquent une inquiétude croissante

Les résultats trimestriels de JPMorgan et Morgan Stanley ont largement dépassé les attentes, portés par des performances exceptionnelles dans le trading d’actions. Mais derrière ces chiffres solides, les deux banques mettent en garde contre un environnement économique de plus en plus incertain, entre tensions commerciales, inflation persistante et risques de récession.
Jamie Dimon (Photo by Kevin Dietsch / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)  et Ted Pick
Jamie Dimon (Photo by Kevin Dietsch / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP) et Ted Pick

Sur le papier, la publication trimestrielle de JPMorgan Chase, ce vendredi, a tout d’une performance rassurante : un bénéfice net en hausse de 5 %, à 14,6 milliards de dollars, et un chiffre d’affaires de 45,3 milliards, tous deux supérieurs aux attentes. Mais le contexte dans lequel ces résultats s’inscrivent – et les propos tenus par son emblématique PDG Jamie Dimon – ont donné un ton bien plus sombre à cet exercice de communication.

L’économie américaine traverse une période de "turbulences considérables", alimentée par "les guerres commerciales et les tarifs douaniers", une inflation encore tenace, des déficits budgétaires élevés et une volatilité persistante sur les marchés, a averti vendredi le dirigeant dans une déclaration scrutée de près. Une mise en garde d’autant plus significative qu’elle survient alors que le président Donald Trump vient de suspendre temporairement certains droits de douane, après avoir été publiquement alerté par Dimon sur les risques d’une récession.

Une inquiétude partagée par Michael Feroli, chef économiste de JPMorgan aux États-Unis, qui, dans une note publiée mercredi, estimait que l’économie était "en train de ralentir", jugeant "plus que probable" une contraction de l’activité réelle plus tard cette année. Et cela, alors même que, comme l’a souligné Jamie Dimon vendredi, "nous commençons tout juste à percevoir l’impact des hausses de droits de douane sur nos clients".

 

Une performance portée par les marchés

 

Cet impact redouté ne transparaît pas encore dans les comptes du premier trimestre, où JPMorgan affiche un bénéfice par action de 5,07 dollars contre 4,63 attendus, et une progression de 8 % de son chiffre d’affaires. La banque a notamment profité d’un bond de 21 % de ses revenus dans les activités de marché, à 9,7 milliards de dollars, grâce à des performances record dans le trading d’actions. La forte volatilité, nourrie notamment par les incertitudes autour des géants de l’intelligence artificielle comme Nvidia, a dopé l’activité des salles de marché.

Une dynamique que l’on retrouve également chez Morgan Stanley. La banque d’affaires a signé un trimestre record, avec un produit net bancaire en hausse de 17 % à 17,74 milliards de dollars, bien au-delà des attentes. Son bénéfice net a grimpé de 26 % à 4,32 milliards, soit un bénéfice par action de 2,60 dollars, contre 2,18 anticipés. Là encore, la division de trading s’est distinguée, avec des revenus en envolée de 45 % à 4,1 milliards de dollars, dopés par les soubresauts boursiers provoqués par les mesures protectionnistes américaines. L’activité de banque d’investissement, plus atone sur le marché, progresse tout de même de 8 %.

"L’Integrated Firm a livré un très bon trimestre avec un chiffre d’affaires record de 17,7 milliards de dollars, un BPA de 2,60 dollars et une rentabilité des fonds propres tangibles (ROTCE) de 23,0 %", a souligné Ted Pick, le directeur général du groupe. L’Integrated Firm désigne chez Morgan Stanley une stratégie visant à connecter étroitement les différentes lignes de métiers de la banque (gestion de fortune, banque d’investissement, marchés) pour proposer des solutions intégrées à ses clients. Il a salué "la forte performance de la division Institutional Securities", portée notamment par des revenus record dans le trading d’actions.

 

Montée des risques et provisions

 

Mais ces bons résultats ne masquent pas les signaux d’alerte. JPMorgan a renforcé ses provisions pour pertes sur crédit à 3,3 milliards de dollars, contre 1,9 milliard un an plus tôt. Elle a également consacré près d’un milliard de dollars à la constitution de nouvelles réserves, en anticipant un taux de chômage qui pourrait grimper jusqu’à 5,8 % (contre 4,2 % actuellement). "Nous continuons de penser qu’il est prudent de maintenir des capitaux excédentaires et des liquidités abondantes dans cet environnement", a souligné Jamie Dimon.

La banque observe d’ores et déjà une hausse des créances irrécouvrables – notamment dans le crédit à la consommation – qui atteignent 2,3 milliards de dollars, un niveau très supérieur aux 376 millions enregistrés un an plus tôt.

Morgan Stanley, elle aussi, a augmenté ses provisions pour pertes sur crédit, en raison d’un environnement macroéconomique plus incertain. Le total des provisions s’est élevé à 135 millions de dollars au premier trimestre, contre une reprise nette de 6 millions un an plus tôt, notamment en raison d’une révision à la hausse des risques sur les prêts résidentiels en Californie.

 

Entre vigilance et opportunités

 

Malgré les vents contraires, JPMorgan reste confiante dans sa capacité à tirer parti des déséquilibres du marché. La banque a relevé légèrement sa prévision de revenus nets d’intérêts pour l’année, désormais attendus à environ 94,5 milliards de dollars (contre environ 94 milliards de dollars prévus auparavant). Elle anticipe par ailleurs des gains de parts de marché dans un environnement qu’elle reconnaît plus difficile.

Jamie Dimon, qui se veut à la fois pragmatique et prudent, résume la stratégie de la banque : "Comme toujours, nous espérons le meilleur, mais nous préparons la firme à un large éventail de scénarios."

Du côté de Morgan Stanley, la stratégie d’ensemble reste également inchangée. "Ces résultats illustrent l’exécution régulière de notre stratégie claire, qui vise à générer une croissance durable à l’échelle mondiale", a insisté Ted Pick. En gestion d’actifs et de fortune, la banque a enregistré une collecte nette de 94 milliards de dollars, portant les encours totaux à 7.700 milliards. Un signal de résilience dans un marché volatil.

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