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Morgan Stanley / Goldman Sachs / Ted Pick / David Solomon

Morgan Stanley et Goldman Sachs au seuil d’un nouveau cycle / Une lecture croisée des résultats

Les chiffres du quatrième trimestre 2025 confirment que la reprise des marchés de capitaux ne profite pas seulement aux volumes, mais aussi aux modèles. Morgan Stanley s’appuie sur la complémentarité entre banque d’investissement et gestion de patrimoine, tandis que Goldman Sachs souligne l’élévation durable de son plancher de performance, dans un cycle qui commence à se reconfigurer.
Morgan Stanley et Goldman Sachs livrent une lecture convergente d’un cycle des marchés de capitaux en voie de normalisation - AFP
Morgan Stanley et Goldman Sachs livrent une lecture convergente d’un cycle des marchés de capitaux en voie de normalisation - AFP

"Nous monétisons enfin la concrétisation tant attendue des signaux de reprise des marchés de capitaux dans nos activités de banque d’investissement et de marchés."

"Je pense que l’environnement actuel est particulièrement propice à une année 2026 extrêmement constructive pour les activités de fusions-acquisitions et de marchés de capitaux."

Que ce soit Ted Pick côté Morgan Stanley ou David Solomon côté Goldman Sachs, tous deux ont ainsi planté le décor, à l’occasion de la présentation des chiffres du quatrième trimestre 2025, d’une inflexion plus profonde qu’un simple rebond de fin d’année.
De part et d’autre, le quatrième trimestre 2025 n’a pas seulement marqué un regain d’activité, mais la mise en mouvement concrète de moteurs longtemps restés en veille.

Chez Morgan Stanley, le trimestre écoulé confirme d’abord le rôle moteur retrouvé de la banque d’investissement. Les revenus du pôle Institutional Securities ont atteint 7,9 milliards de dollars sur le trimestre, en progression sur un an, portés par une hausse marquée des commissions de conseil et par la reprise des introductions en Bourse et des opérations de dette liées à des événements stratégiques. Dans le même temps, les revenus d’Investment Banking ont progressé de 47 % sur le trimestre, reflet d’un redémarrage simultané du M & A, des IPO et de la dette corporate, tandis que les activités actions ont continué de bénéficier d’une forte demande de financement en prime brokerage et d’un environnement de marchés plus porteur.

 

L’"entonnoir" de Morgan Stanley fonctionne

 

Ted Pick situe ce redémarrage dans une phase encore précoce du cycle. "Si l’on considère l’ensemble de l’activité des marchés de capitaux, je dirais que nous sommes plutôt dans le troisième inning." Une référence au baseball qui, pour le lecteur européen sans doute peu coutumier de ses règles, signifie que le cycle est encore loin de son point culminant. Pour le dirigeant, la dynamique observée au quatrième trimestre ne correspondrait donc pas à un pic, mais à une phase d’accélération intermédiaire.

Cette reprise des marchés de capitaux s’articule avec un second pilier devenu central dans le modèle du groupe : la gestion de patrimoine. Sur le trimestre, Wealth Management affiche 8,4 milliards de dollars de revenus, en hausse de 13 % sur un an, avec une marge avant impôt supérieure à 31 %. Les encours continuent de progresser, soutenus par des flux nets positifs et par la hausse des revenus d’intérêts liée à la croissance des encours de crédit. "L’entonnoir fonctionne", résume Ted Pick, insistant sur la capacité du modèle intégré à capter les besoins croisés des clients, tant sur leurs opérations professionnelles que sur la structuration de leur patrimoine. Cette complémentarité contribue à lisser la cyclicité de la banque d’investissement et à stabiliser la performance globale du groupe, dont les revenus trimestriels atteignent 17,9 milliards de dollars et le bénéfice net 4,4 milliards de dollars.

 

Le plancher de performance de Goldman Sachs désormais plus élevé

 

Goldman Sachs présente un profil différent mais une lecture convergente. Le quatrième trimestre est marqué par une baisse apparente de certains revenus, liée à un effet exceptionnel : la cession du programme de cartes Apple à JPMorgan, qui pèse mécaniquement sur les revenus de Platform Solutions. Hors cet élément non récurrent, la trajectoire opérationnelle reste robuste. Les revenus de la banque d’investissement progressent de 25 % sur le trimestre, tirés par le conseil en fusions-acquisitions et par la souscription de dette, tandis que les activités de marchés bénéficient pleinement du redémarrage du levier financier. Les revenus de trading augmentent de 19 %, avec des niveaux record dans le financement actions et dans le FICC financing, segment clé pour les hedge funds, les fonds de private equity et les investisseurs en infrastructures.

David Solomon insiste sur le caractère structurel de cette inflexion. "Je pense que nous avons relevé de manière significative le point bas de notre performance, compte tenu du travail accompli et de la croissance réalisée." Comprendre : le niveau minimal de résultats que Goldman Sachs est désormais capable d’atteindre au creux du cycle est sensiblement plus élevé qu’auparavant.

La diversification accrue des revenus et le poids croissant d’activités moins volatiles renforcent, selon lui, la résilience du modèle face aux retournements de cycle. "Le groupe est plus grand, plus diversifié, beaucoup plus résilient, et mieux positionné dans ce type d’environnement que par le passé." Cette robustesse se lit aussi dans la capacité de Goldman à capter la réaccélération du financement, qu’il s’agisse d’opérations de M & A, de refinancements ou d’investissements lourds liés à l’intelligence artificielle et aux infrastructures.

 

Quand le crédit entraîne l’ensemble de la machine

 

Un élément structurant ressort ainsi de part et d’autre : le retour du crédit comme moteur clé du système. La reprise des opérations entraîne mécaniquement une hausse de la demande de financement, qu’il s’agisse de dette d’acquisition, de financements relais ou de solutions structurées. Dans ce contexte, l’activité mondiale de debt underwriting a atteint en 2025 un niveau record, dépassant le pic observé en 2020, selon les données de Dealogic, illustrant un redémarrage plus large que le seul M & A. Les volumes globaux de dette levée auraient ainsi avoisiné 9 500 milliards de dollars, portés notamment par des mégadeals, des financements de LBO et une forte activité sur les marchés investment grade, en particulier dans la technologie. "Les opérations de fusions-acquisitions déclenchent souvent un effet de levier sur l’ensemble de notre franchise. Il existe un effet multiplicateur significatif", observe David Solomon. Il faut qu’on attribue la réflexion sur le fait que l’activité de debt underwriting en 2025 a dépassé le pic observé en 2020.

Cette lecture nourrit logiquement des anticipations élevées pour 2026, notamment sur le front des introductions en Bourse. Les dirigeants évoquent un pipeline en constitution, porté par des groupes technologiques et des acteurs de l’IA encore restés en marge des marchés cotés. Cette perspective s’inscrit dans un mouvement plus large de normalisation des marchés de capitaux, auquel participe également la reprise progressive de l’activité sponsor.

"Je pense que nous ne sommes pas encore au cœur de ce qui pourrait devenir un véritable cycle de fusions-acquisitions et d’activité sponsor", souligne David Solomon. Ted Pick insiste, de son côté, sur le caractère encore embryonnaire de cette reprise. "Les sponsors ne font que commencer", estime-t-il.

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