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Morgan Stanley / Ted Pick

Morgan Stanley, du retour des IPO au record de collecte / La gestion de fortune accélère

Morgan Stanley a franchi le cap des 10 000 milliards de dollars d’actifs clients à la faveur d’un deuxième trimestre record. Le retour des IPO a pleinement activé la mécanique qui relie sa banque d’affaires aux 20 millions de clients potentiels de sa gestion de fortune.
Morgan Stanley European Headquarters At 20 Bank Street In Canary Wharf In London (Photo by Michael Nguyen/NurPhoto) (Photo by Michael Nguyen / NurPhoto / NurPhoto via AFP)
Morgan Stanley European Headquarters At 20 Bank Street In Canary Wharf In London (Photo by Michael Nguyen/NurPhoto) (Photo by Michael Nguyen / NurPhoto / NurPhoto via AFP)

« Des sommets plus hauts et, surtout, des creux plus hauts. » La formule que Ted Pick répète aux analystes depuis des trimestres a rarement trouvé meilleure illustration. Morgan Stanley a publié le 15 juillet un deuxième trimestre 2026 record sur toute la ligne : 21,3 milliards de dollars de revenus, en hausse de 27 % sur un an, un bénéfice net de 5,6 milliards, un bénéfice par action de 3,46 dollars contre 2,13 dollars un an plus tôt, et une rentabilité des fonds propres tangibles de 26,6 %. La banque franchit surtout un cap qu'elle avait érigé en jalon stratégique : 10 000 milliards de dollars d'actifs clients cumulés entre gestion de fortune et gestion d'actifs.

Comme JPMorgan et Goldman Sachs la veille, Morgan Stanley a profité à plein de marchés en effervescence et du redémarrage simultané du trading, du M&A et des introductions en Bourse. Mais la lecture qu'elle propose de son trimestre lui est propre : chaque opération institutionnelle a vocation à alimenter la gestion de fortune, et le retour des IPO fait précisément tourner ce moteur intégré à plein régime.

 

Un contexte très favorable au M&A

 

Côté institutionnel, le pôle de banque de financement et de marchés signe un record à 11 milliards de dollars de revenus. Les actions, à 6,3 milliards (+69 %), réalisent leur meilleur trimestre historique, avec une vigueur particulière en Asie. La banque d'investissement progresse de 58 % à 2,4 milliards, portée par le conseil, un marché des IPO retrouvé et un record en émissions obligataires. « Je pense que c'est un contexte très favorable au M&A et aux levées de fonds propres via des IPO », a estimé Ted Pick, invoquant une « normalisation de la réglementation », une économie américaine solide et un effet de rattrapage après des années de volumes déprimés.

 

Des IPO à la gestion de fortune

 

La mécanique intégrée se lit ensuite dans la gestion de fortune, qui affiche des revenus record de 8,9 milliards de dollars et une marge avant impôt de 30,5 %. La collecte nette atteint un niveau jamais vu de 148 milliards de dollars, dont un peu plus de la moitié provient d'introductions en Bourse de clients du canal Workplace, ces plans d'actionnariat salarié administrés par la banque. « Nous avons environ 70 % des 100 premières licornes par capitalisation boursière dans notre pipeline workplace », a détaillé la directrice financière Sharon Yeshaya, avant de rappeler l'ampleur du vivier : « Nous avons 20 millions de points de contact. Cela fait beaucoup de personnes et beaucoup d'affaires à potentiellement développer au fil du temps. »

Ces chiffres spectaculaires doivent toutefois beaucoup à un environnement exceptionnellement porteur et à la concentration de plusieurs grosses IPO sur le trimestre. « Bien sûr, cela connaîtra des flux et des reflux », a reconnu Sharon Yeshaya à propos de la collecte. Ted Pick refuse d'ailleurs d'ériger la rentabilité du métier en cible : « La réalité est que 30 est désormais une référence. Nous l'avons atteint plusieurs fois, mais ce n'est pas un chiffre que nous cherchons à atteindre. »

 

Financer le supercycle de l'IA

 

Au-delà du trimestre, le dirigeant a esquissé la perspective pluriannuelle qui doit prolonger le cycle : le financement de l'intelligence artificielle. Les dépenses en centres de données attendues à 575 milliards de dollars pour 2026 atterriraient vers 850 milliards, la projection pour 2027 est passée de 700 milliards à 1 300 milliards, et chaque grand cycle technologique ayant décuplé la capacité de calcul, la recherche de la banque évoque quelque 10 000 milliards de dollars de calcul IA. « Nous en sommes en gros à environ 10 à 15 % du cycle d'investissement », a jaugé Ted Pick, pour qui « le marché de l'intelligence, de la boucle entre le numérique et l'humain, du véritable gain de productivité est absolument là ». Un capital à lever, structurer et allouer, cœur de métier revendiqué de la maison.

 

Un matelas de capital

 

La banque aborde cette séquence avec 18 milliards de dollars de capital CET1 accumulés en dix trimestres et un coussin d'au moins 300 points de base. Elle relève son dividende trimestriel de 15 % à 1,15 dollar et réactive un programme de rachats d'actions pouvant atteindre 20 milliards. Les acquisitions ciblées restent à l'étude, mais « les opportunités de croissance organique juste devant nous sont convaincantes et méritent le premier dollar de réinvestissement », a tranché Ted Pick, qui n'oublie pas les précédents de la bulle internet : « Nous gardons les yeux sur tout », y compris sur les périodes où le marché peut donner le sentiment de s'emballer.

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