Macro-économie / Taux / CyclOpe / métaux / Moyen-Orient
Macro-économie / Taux
CyclOpe / métaux / Moyen-Orient
Le conflit au Moyen-Orient bouleverse les matières premières bien au-delà de leurs cours / Le quarantième rapport CyclOpe raconte l’histoire d’un monde qui se reconfigure
Un bouleversement pour le moins immédiat. Le rapport CyclOpe porte les stigmates immédiats des affrontements au Moyen-Orient, son président et fondateur Philippe Chalmin évoquant « une troisième guerre du Golfe ». Le professeur émérite à l’université Paris-Dauphine tissant une certaine symétrie avec les années 1970 et la période actuelle. Un choc pétrolier qui survenait alors que ce qui allait devenir la bible des matières premières se structurait, celui qui enseignait au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) allait d’abord monter une émission sur RFI sur le sujet et ce avant qu’un ouvrage ne soit publié quelques années après. Aujourd’hui ce sont près de 65 auteurs qui ont écrit les plus de 800 pages d’une édition 2026 de tous les records.
Un ouvrage déjà bien étoffé qui a donc dû s’adapter aux turbulences du conflit, un rajout de 50 pages qui tranche avec la place accordée à l’OMC. Celle-ci étant qualifiée « en état de mort clinique » par Philippe Chalmin. Lequel a vu les prévisions d’un baril à 58 dollars en fin d’année être balayée et ce en raison « de toute les trumperies que nous avons eu ». Ce féru de poésie, qui adjoint depuis une vingtaine d’éditions un extrait de poème comme sous-titre de chaque édition, ne sombre pas pour autant dans la fatalité et convoque fréquemment des exemples historiques pour commenter l’actualité.
Or noir
La mise en place d’un péage par l’Iran pour franchir le détroit d’Ormuz est ainsi commentée par ses soins tant sur le plan technique que chronologique. Sur le premier, il considère qu’il « n’est pas dramatique qu’Ormuz devienne un détroit péage », rapportant les échos d’un tarif de l’ordre d’un dollar par baril et sur le second, il se remémore que tant le détroit du Sund que celui du Bosphore ont par le passé été des péages. L’économiste n’exclut pas que le marché pétrolier redevienne excédentaire dans un monde post-crise, une temporalité difficile à établir admet-il. Lui qui a cherché à repousser le plus tardivement possible l’envoi du bon à tirer du rapport, espérant en vain que le conflit ne s’arrête.
Sollicitant l’auteur des pages consacrées au pétrole et autres produits associés qu’est Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), ils ont partagé le constat d’une « Opep qui était de toute façon quasiment morte. Ce cartel était offensif jusqu’en 1985 avant de devenir un cartel défensif, lequel a marché parfois ». Son dernier coup de génie était l’élargissement de l’alliance avec six autres pays en 2016, dont la Russie ou encore le Mexique et le Bahreïn, avant de voir l’unité se fissurer autour de la frustration des quotas de production instaurés et de leur non-respect par certains membres. Jusqu’à ce que récemment les Émirats arabes unis claquent la porte du cartel. Le chercheur de l’IRIS expliquant qu’actuellement le marché est privé de près 13 millions de barils chaque jour, ce qui représente près de 12 % de sa consommation journalière en 2025 et « incite à la plus grande prudence sur les conséquents à moyen et long terme de cette guerre ».
Température
Cette édition tâche de permettre de comprendre le coup de chaud subi par l’économie mondiale, l’indice CyclOpe relatant que la hausse moyenne des prix de mars 2026 par rapport à février 2026 en pourcentage est de l’ordre de 22,2 % entre février et mars 2026. Le Brent augmentant de 43,2 % et le gaz progressant de la même ampleur, là où les métaux non ferreux se sont repliés sur la même période à l’instar des métaux précieux. Les sources de tension futures et actuelles apparaissent également aux yeux des auteurs, notamment sur la question du riz. Le spécialiste de la question expliquant « que le coût des engrais est un des facteurs qui va déterminer la prochaine récolte asiatique », laquelle est en train d’être semée alors même que les flux en provenance du Golfe sont considérablement perturbés.
Une région qui est friande de cette denrée alimentaire, tout comme elle absorbe une grande quantité des exportations de thé. Laissant aujourd’hui les entrepôts de Mombasa remplis et sans débouchés de substitution. Le sujet des métaux est également plus important que les variations des cours laissent apparaître. Le codirecteur de l’ouvrage qu’est Yves Jégourel, professeur du Conservatoire national minerais et métaux, des arts et métiers (Paris) et titulaire de la chaire d’économie des matières et des transitions durables, expliquant qu’il n’y a pas de déconnexion entre le marché physique et papier pour les métaux et que les cours sont bien plus ancrés dans le physique. Il rappelle également qu’il s’agit bien souvent de métaux où on regarde avant tout l’offre plutôt que la demande, tant celle-ci est souvent difficilement extensible. Les sujets clés à ses yeux seront ceux de l’aluminium et de l’étain, le premier nommé pouvant passer d’une situation de surabondance à une certaine rareté.
Une des relations clés pour le futur de l’économie serait l’interdépendance entre les marchés de métaux et celui de l’électron. Le nickel pourrait en faire les frais, certains États choisissant de réallouer l’électricité nécessaire en direction de l’aluminium. Le professeur du Cnam a également expliqué que la stratégie des États-Unis sur la transition énergétique, semblait vraisemblablement de promouvoir le fossile dans l’immédiat pour gagner le temps nécessaire au sujet des ressources minérales. Un dossier sur lequel il constate une forte militarisation.
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