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Bull et l’État, l’histoire reprend / Une cession clé dans la transformation d’Atos
Tout un symbole. L’État et Atos Group ont annoncé mardi la finalisation de l’acquisition de Bull, qui retrouve ainsi un statut public, vingt ans après sa sortie du giron étatique. Remis en avant quelques semaines plus tôt comme marque de référence dans le calcul avancé et l’intelligence artificielle, le nom recouvre en réalité les activités « Advanced Computing » d’Eviden, la branche produits et systèmes d’Atos. Signée le 31 juillet 2025, l’opération visait une réalisation au premier semestre 2026 et a donc été menée à son terme dans ce calendrier, sous la conduite de l’Agence des participations de l’État.
Elle aboutit finalement à une valeur d’entreprise pouvant atteindre 404 millions d’euros, après un léger ajustement de périmètre. L’exclusion de l’activité zData, spécialisée dans le conseil et les solutions Big Data, a conduit à réduire les compléments de prix de 110 à 104 millions d’euros, ajustement qui ramène mécaniquement la valorisation totale de 410 à 404 millions d’euros. Le cœur industriel reste inchangé : calcul haute performance, quantique, serveurs d’entreprise et briques d’intelligence artificielle, pour un chiffre d’affaires d’environ 700 millions d’euros en 2025.
Une cession au service du recentrage stratégique
Pour Atos, si le prix de vente peut certes paraître modeste rapporté au chiffre d'affaires de l'activité cédée, l'opération apporte plusieurs bénéfices cumulés : un encaissement immédiat contribuant à la stabilisation de la trésorerie, un allègement des besoins en investissements d'une activité capitalistique et gourmande en R&D, et un recentrage sur des segments structurellement plus margés. Atos conserve la cybersécurité, les systèmes critiques et les services numériques, qu'il présente comme ses marchés stratégiques à long terme.
La trésorerie du groupe s’établissait à 1 245 millions d’euros à fin 2025, à laquelle s’ajoutait une facilité de crédit renouvelable de 440 millions d’euros. Une marge de manœuvre toutefois encadrée par la structure de la dette : les obligations dites « 1.5 lien », de rang intermédiaire entre dette senior et dette subordonnée, autorisent un remboursement anticipé à partir des produits de cession, « sous réserve du maintien d'un solde de trésorerie de 1,1 milliard d'euros », rappelle le cabinet Octo Finances.
Le lancement de la marque Bull, annoncé fin janvier comme référence dans le calcul avancé et l’intelligence artificielle, ne relevait donc pas seulement de la communication. Il marque un retour aux origines. Racheté par Atos en 2014 pour environ 620 millions d’euros afin de renforcer ses positions dans le cloud, la cybersécurité, le big data et les services, le groupe voit aujourd’hui son cœur industriel - le calcul intensif et l’IA - redevenir une entité publique autonome, pour la première fois depuis 2004. Une évolution que l’État actionnaire présente comme le franchissement d’« une étape décisive pour la souveraineté technologique de la France », selon les mots de Roland Lescure.
Un retour public chargé d’histoire
Un nouveau chapitre s’ouvre, porteur d’ambitions élevées. « Le renouveau de Bull, que nous allons accompagner activement, marquera le début d’une nouvelle ère pour la filière stratégique du calcul haute performance et de l’intelligence artificielle », insiste le ministre. Bercy inscrit l’opération dans un contexte marqué par la montée en puissance des capacités européennes de calcul. Le ministère évoque la livraison du supercalculateur exascale JUPITER à Jülich, dans le cadre du programme EuroHPC, ainsi que le lancement de la construction d’Alice Recoque, futur supercalculateur français destiné à renforcer les capacités nationales en simulation et en intelligence artificielle.
Reste à l’État de démontrer sa capacité à inscrire l’entreprise dans une trajectoire de gestion durable. Car le retour de Bull dans le périmètre public renvoie à une histoire industrielle heurtée. Nationalisé au début des années 1980, le groupe a traversé une décennie marquée par des pertes massives et des restructurations profondes, avant une privatisation progressive au milieu des années 1990.
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