WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / Bull

Entreprises / Actions
Bull

Le calcul haute performance d’Atos bientôt nationalisé / Une valorisation modeste mais un apport financier crucial

L’histoire a parfois des allures de déjà-vu. Les activités Advanced Computing d’Atos, lointaines héritières de Bull, retrouvent le giron de l’État dans une transaction mêlant enjeux de souveraineté et financiers. L’offre ferme reçue par l’entreprise constitue en tout cas une étape majeure dans une négociation qui s’étire depuis plus d’un an. L’opération, excluant désormais la division Vision AI, valorise l’activité à 410 millions d’euros, un chiffre modeste face au chiffre d’affaires qu’elle représente. Si cette cession permet à l’État de sécuriser un secteur stratégique, elle offre surtout à Atos un apport financier essentiel pour accompagner sa restructuration.
Le laboratoire mondial de test de calcul haute performance (HPC) d'Atos - Photo by ERIC PIERMONT / AFP
Le laboratoire mondial de test de calcul haute performance (HPC) d'Atos - Photo by ERIC PIERMONT / AFP

Chacun sécurise l’essentiel : la France une technologie sensible, Atos une valorisation acceptable, bien que loin d’être mirobolante. En recevant ce lundi une offre ferme de l’État pour son activité "Advanced Computing" — à l’exclusion des activités Vision AI désormais séparées — l’entreprise dirigée par Philippe Salle vient de faire un pas décisif vers une transaction pour laquelle les discussions avaient été engagées il y a plus d’un an.

Les deux parties envisagent désormais de signer une offre engageante "dans les prochaines semaines", en vue d’une clôture de la transaction prévue pour 2026. Pour mémoire, c’est fin d’avril 2024 que le ministère de l’Économie et des Finances, alors sous la direction de Bruno Le Maire, avait transmis à Atos une lettre d’intention non contraignante. Celle-ci concernait l’acquisition potentielle des activités de Calcul Avancé, des Systèmes Critiques et des Produits de Cybersécurité relevant de la division BDS (Big Data & Sécurité), avec une valorisation indicative située entre 700 millions et 1 milliard d’euros. Cette première proposition avait expiré le 4 octobre 2024, faute d’accord.

Après ce premier échec, Atos, souhaitant poursuivre les discussions, avait soumis à l’État une nouvelle proposition, conforme à son plan de restructuration financière. Le 25 novembre 2024, une nouvelle offre non engageante avait ainsi été présentée, cette fois limitée aux activités de Calcul Avancé, pour une valorisation de 500 millions d’euros, pouvant atteindre 625 millions avec des compléments de prix.

 

Un périmètre à 800 millions d’euros de chiffre d’affaires

 

Ce lundi, Atos franchit une étape clé en recevant une offre ferme, mais sur un périmètre une nouvelle fois réduit. Les activités "Vision AI", incluant notamment la filiale britannique Ipsotek, spécialisée en intelligence artificielle appliquée à la vision et à la sécurité vidéo et acquise en 2021, sont donc exclues de la cession. Cette décision était attendue : lors du dernier Capital Markets Day, Atos avait confirmé que la marque Eviden regrouperait désormais les offres logicielles et matérielles, dont une ligne de produits Vision AI, tandis que la marque Atos resterait dédiée aux services, avec la disparition de la division Tech Foundations dans le cadre d’une organisation unifiée.

Reste donc à céder les activités de Calcul Haute Performance (HPC) & Quantique ainsi que les divisions Business Computing & Intelligence Artificielle, soit un périmètre représentant un chiffre d’affaires d’environ 0,8 milliard d’euros en 2025. De fait, le prix de vente envisagé se retrouve lui aussi réduit : l’offre valorise l’activité à 410 millions d’euros, incluant 110 millions d’euros de compléments de prix conditionnés à des indicateurs de rentabilité, soit 50 millions attendus à la clôture de la transaction pour l’exercice 2025, et 60 millions pour 2026. Une baisse compréhensible lorsque l’on sait que les activités Vision AI constituaient environ un tiers des bénéfices ou de la rentabilité totale générée par l’ensemble des activités Advanced Computing initialement mises en vente.

Mais avec une offre de 410 millions d’euros pour un chiffre d’affaires proche du double, l’activité est valorisée à seulement environ 0,5 fois ses ventes, ce qui, selon les analystes d’Oddo BHF, "suggère soit un renoncement [de l’État, ndlr] à restaurer une rentabilité opérationnelle moyenne à moyen terme (autour de 10 %), soit une acceptation [d’Atos, ndlr] d’un multiple structurellement faible de valeur d’entreprise". Probablement un peu des deux.

Pour Atos, cette somme, reconnue comme une "juste valeur de marché" par le rapport de l’expert indépendant mandaté par son conseil d’administration, constitue en tout cas un apport de liquidités crucial, devant soutenir la continuité financière de l’entreprise durant sa phase de transformation et de redressement. Si Atos a finalisé en décembre 2024 une restructuration financière majeure, réduisant sa dette brute de 2,1 milliards d’euros grâce à une conversion de dettes en capital et de nouveaux financements, son chiffre d’affaires continue de reculer et la génération de cash-flow opérationnel reste sous pression, avec une consommation de trésorerie prévue négative de 350 millions d’euros en 2025.

 

Bull, un précédent historique

 

Quant à l’Etat, il a salué par la voix d’Eric Lombard, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, une "avancée importante pour la sécurisation de l’activité stratégique des supercalculateurs ", rappelant qu’il était de son rôle "lorsque cela se justifie, d’assurer la pérennité et le développement des activités industrielles les plus stratégiques". Reste à espérer que cette opération ne reproduise pas les erreurs du passé.

Les activités Advanced Computing, aujourd’hui cédée à l’État par Atos, proviennent en grande partie des anciens savoir-faire de Bull, entreprise ayant longtemps incarné la volonté de souveraineté technologique française, et dont la nationalisation en 1982 avait marqué le début d’une longue période de difficultés. Presque un cas emblématique des problèmes rencontrées sous gestion publique d’une entreprise soumise à des rigidités administratives et un manque de réactivité commerciale face à une concurrence internationale plus agile. Ce n’est qu’avec une ouverture au capital privé et une restructuration en profondeur dans les années 1990 que Bull avait pu amorcer son redressement, se repositionnant avec succès dans le domaine des supercalculateurs (HPC) à partir des années 2000, jusqu’à son rachat en 2014 par Atos, piloté par Thierry Breton.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article