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Atos attaque le sommet de sa pile de dette / Le groupe profite d’une rare fenêtre de marché
Moins de dix-huit mois après la finalisation de son plan de sauvegarde accéléré, Atos commence à desserrer l’architecture financière construite dans l’urgence. En mars, lors de la publication de ses résultats annuels 2025, le groupe avait déjà laissé entendre qu’il pourrait racheter une partie de sa dette sur le marché. Il passe désormais à l’action. A la veille du long week-end du 8 mai, Atos a annoncé le lancement d’une offre d’obligations senior garanties à taux fixe et à taux variable à échéance 2031, accompagnée d’une nouvelle ligne de crédit renouvelable de 110 millions d’euros. L’opération vise à rembourser intégralement le term loan 1L ainsi que les obligations 1L, deux des instruments les plus emblématiques de la restructuration financière bouclée fin 2024.
Une dette structurée selon une logique typique des financements de crise. Homologué par le Tribunal de commerce spécialisé de Nanterre en octobre 2024 et finalisé en décembre de la même année, le plan de sauvegarde accéléré avait conduit à une réduction de la dette brute de 2,1 milliards d’euros par conversion en capital, et à l’installation de plus de 3 milliards d’euros de dette nouvelle sur plusieurs étages. Le dispositif reposant alors sur une superposition de dettes 1L, 1.5L et 2L, combinant obligations garanties, prêts à terme, facilité de crédit renouvelable et lignes de garanties bancaires. Une architecture typique des restructurations lourdes, pensée pour sécuriser au maximum les nouveaux créanciers et repousser toute échéance significative au-delà de 2029.
La facture du sauvetage financier
Le coût de cette stabilisation financière est toutefois considérable. Les obligations 1L affichent un coupon en cash de 9 %, auquel s’ajoute une prime de rachat ajustée de 4 %. Le prêt à terme 1L repose lui aussi sur une combinaison de 9 % d’intérêts cash et de 4 % d’intérêts PIK, ces intérêts capitalisés dans la dette elle-même au lieu d’être versés immédiatement. En 2025, le résultat financier est ressorti à -437 millions d’euros, tandis que le coût de l’endettement financier net a atteint 333 millions d’euros, tandis que les intérêts décaissés ont représenté 160 millions d’euros de sorties de trésorerie.
Depuis la restructuration financière, plusieurs paramètres ont toutefois commencé à évoluer, même si la situation opérationnelle reste fragile. L’activité continue de reculer, avec une baisse organique de 11 % du chiffre d’affaires au premier trimestre 2026, et le redressement commercial demeure progressif. Mais la liquidité s’est stabilisée autour de 1,7 milliard d’euros, largement au-dessus du seuil minimal prévu par la documentation de crédit.
Le plan Genesis, lancé en mai 2025, avance plus rapidement qu’attendu. Le groupe affirme avoir atteint dès la première année ses objectifs initiaux de réduction de coûts prévus sur trois ans, au point d’avoir étendu le programme. La marge opérationnelle a doublé en un an, passant de 1,9 % à 4,4 % en 2025. Dans le même temps, Atos a commencé à racheter une partie de sa dette sur le marché, avec 62 millions d’euros d’obligations rachetés au premier trimestre 2026. La cession des activités Advanced Computing, finalisée fin mars, a également apporté environ 252 millions d’euros de trésorerie supplémentaire.
Une opération ciblée sur la dette 1L
Avec l’opération annoncée le 6 mai, Atos commence progressivement à sortir de la logique de survie qui avait prévalu lors de son sauvetage pour entrer dans une phase d’optimisation financière. Le groupe ne cherche pas à refinancer l’ensemble de sa dette restructurée, mais s’attaque d’abord au sommet de la pile, c’est-à-dire aux instruments les plus senior et les plus coûteux mis en place au plus fort de la crise de liquidité.
Atos utilise « une rare fenêtre de tir pour se présenter au marché, avec des ambitions revues à la baisse », observent les analystes d’Oddo BHF. Le groupe envisageait initialement un refinancement plus large de sa dette, mais l’objectif est désormais plus ciblé. Selon Bloomberg, Atos chercherait à lever 1,2 milliard d’euros avec un coupon situé dans le haut de la fourchette des 8 %, afin de refinancer les obligations 1L, soit environ 802 millions d’euros hors PIK, ainsi que le term loan 1L, d’environ 302 millions d’euros hors PIK.
Une normalisation encore partielle
Selon les estimations d’Oddo BHF, une dette refinancée autour de 8,5 % permettrait au groupe de réaliser « une économie annuelle de frais financiers d’environ 40 millions d’euros », susceptible d’augmenter de 12 % le résultat avant impôts attendu en 2027. L’opération permettrait également « d’allonger ses maturités », en repoussant une partie des échéances de 2029 à 2031.
Cette normalisation reste toutefois partielle. La dette 1.5L et la dette 2L demeurent en place, tandis que les contraintes imposées par les créanciers continuent d’encadrer étroitement le groupe, notamment à travers les obligations de liquidité minimale et les futurs covenants de levier financier qui entreront progressivement en vigueur à partir de 2027. D’autre part, le refinancement efface avant tout des intérêts PIK, dont l’impact sur les flux de trésorerie visibles restait limité à court terme. Mais derrière l’amélioration progressive du bilan, le véritable enjeu reste celui du redressement de l’activité. Comme le résume la banque privée, « la trajectoire de recovery de la croissance reste à prouver ».
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