Macro-économie / Taux / Moyen-Orient / pétrole / croissance
Macro-économie / Taux
Moyen-Orient / pétrole / croissance
La croissance mondiale ne fait pas encore les frais du conflit au Moyen-Orient / Elle ne sortira indemne d’une prolongation des affrontements
Tous ne sont pas logés à la même enseigne. Les flux transitant par le détroit d’Ormuz ne se dirigent pas à parts égales entre les différentes zones géographiques. Les premiers importateurs du pétrole passant par ce détroit se trouvant être la Chine, l’Inde et d’autres économies asiatiques telles que le Japon ou bien la Corée du Sud. L’Europe et les États-Unis en sont également destinataires mais dans une moindre mesure. Un constat qui vaut également pour le gaz naturel liquéfié. De quoi pousser le ministère de l’économie de Taïwan à déclarer ce matin qu’une entraide avec le Japon et la Corée du Sud était désormais à l’ordre du jour.
Pour autant, si les écueils pour la bonne marche de l’économie mondiale sont réels, les observateurs ne sont pas inquiets outre mesure pour l’heure à l’instar de Sonal Desai, Chief Investment Officer chez Franklin Templeton Fixed Income. Ce dernier arguant que « certes les risques pesant sur la croissance mondiale s’intensifieront à mesure que le conflit se prolonge ; néanmoins, selon moi, il faudrait un choc substantiel et prolongé sur l’offre et les prix du pétrole pour déclencher une récession mondiale, les États-Unis demeurant moins vulnérables que le reste du monde ». L’exposition des différentes économies se fait principalement par leur dépendance aux hydrocarbures provenant du Golfe.
Échapper
Dans ce véritable jeu de dominos, les équipes de Coface expliquent que l’Europe est assez peu touchée directement en ce qui concerne le gaz naturel liquéfié (GNL) puisque ce sont seulement 6 % de ses importations qui proviennent du Qatar et également parce que le GNL ne pèse plus que la moitié des importations européennes de gaz. Le véritable risque serait de déclencher des enchères poussant les Etats à surpayer pour accaparer les cargaisons de gaz disponibles, ce qui aurait des répercussions pour le Vieux continent.
Le risque est plutôt présent pour les industries locales selon les experts de Coface, lesquels considèrent par exemple que les producteurs d’aluminium tels que le Bahreïn vont doublement être pénalisés par une prolongation du conflit. Ce sont tant leurs exportations qui pourraient être perturbées, que leurs importations de matières premières notamment en provenance d’Australie. De quoi peut-être bénéficier aux acteurs européens qui verraient être affaibli un concurrent dont le coût de l’énergie est particulièrement faible.
Réorganiser
De la même façon, le marché pétrolier pourrait se réorganiser si le cinquième des barils mondiaux transitant par le détroit d’Ormuz étaient durablement perturbés. Ruben Nizard, responsable de la recherche sectorielle de Coface, mettant cependant en garde puisque bien que l’essentiel des capacités excédentaires disponibles immédiatement soit situé dans le Golfe, il n’est pas non plus chose aisée que de relancer des forages notamment aux États-Unis et ce puisque la temporalité d’une telle opération est chiffrée par ses soins comme prenant 6 à 18 mois.
Les conséquences les plus lourdes d’une crise qui n’en finirait plus seraient indéniablement pour les différents pays du Golfe. Bruno de Moura Fernandes, responsable de la recherche macroéconomique chez Coface, rappelle « qu’on sait que ce sont des économies qui ont essayé de se diversifier » tout en dépendant encore largement de la manne des énergies fossiles – dans des proportions d’a minima 20 à 30 % suivant les Etats. Le passé récent ayant montré que les dirigeants notamment saoudiens ont su revoir à la baisse leurs ambitions sur certains projets, l’économiste considère que si la crise venait à durer il est probable que les projets envisagés soient à nouveau retardés et que ces pays ne vont pas se lancer sur les marchés pour compenser la perte de leurs revenus.
L’une des conséquences à craindre pour les monarchies pétrolières d’un conflit prolongé serait de voir « les investisseurs demander une prime de risque plus importante ou bien de voir un appétit moindre pour la dette souveraine de ces économies ». Ce qui serait loin d’être indolore lorsqu’on sait que les capitaux étrangers sont importants pour les économies de la région. A titre d’exemple, l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes figurent parmi les vingt pays au monde attirant le plus d’investissements directs étrangers.
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